Entre déni et autosatisfaction, Netanyahu esquive le 7-Octobre et accuse Biden
Lors d’une conférence de presse, le Premier ministre revendique le retour des otages, rejette une commission d’enquête et accuse l’administration Biden d’un embargo meurtrier
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David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Sous couvert d’une conférence de presse fleuve, Benjamin Netanyahu a livré mardi soir un exercice de communication familier, mêlant autosatisfaction, déni de responsabilité et accusations incendiaires, tout en esquivant une fois de plus la question centrale d’une commission d’enquête nationale sur le 7-Octobre.
La conférence de presse donnée mardi soir par le Premier ministre comportait en effet de nombreux éléments déjà vus lors de ses précédentes interventions.
Alors même qu’il s’est attribué l’essentiel du mérite du retour du dernier otage, Ran Gvili, le policier parti combattre héroïquement avec une épaule cassée le 7 octobre 2023, tué en défendant le kibboutz Alumim, et dont le corps a été retrouvé lundi par Tsahal dans un cimetière musulman de Gaza City, Netanyahu a, comme à son habitude, refusé de reconnaître toute responsabilité directe.
Il n’a rien concédé sur le péché originel : l’incapacité à empêcher l’invasion du Hamas, les massacres et les enlèvements de masse perpétrés par le groupe terroriste palestinien.
Il a salué l’accomplissement de l’un des objectifs premiers et sacrés de la guerre, à savoir le retour de tous les otages, répétant à plusieurs reprises que, face au scepticisme et au défaitisme, il avait toujours cru cette mission possible. Mais il n’a fait aucune mention des plus de quarante otages tués en captivité, ceux-là mêmes qu’il a échoué à ramener vivants.
Il a balayé les inquiétudes selon lesquelles le Qatar et la Turquie, soutiens du Hamas, seraient en passe de jouer un rôle important à Gaza.
Il a tourné en dérision l’idée de créer une commission d’enquête nationale sur la catastrophe, préférant promouvoir son projet de panel nommé et mandaté politiquement – « une véritable commission d’enquête », a-t-il affirmé, « qui vous révélera – à vous tous – la vérité sur ce qui s’est réellement passé ».
Il a fustigé les médias, qu’il accuse (pour la énième fois) de colporter des mensonges à son sujet.
Il a présenté de manière trompeuse la législation qu’il fait adopter par la Knesset comme destinée à assurer une hausse massive de la conscription des hommes ultra-orthodoxes, afin de répondre aux besoins urgents de Tsahal en effectifs et d’alléger la pression devenue intenable sur les réservistes. En réalité, ce texte vise à préserver l’exemption généralisée du service militaire dont bénéficie cette communauté en pleine expansion, et à sauver (à tout prix) son alliance avec les partis politiques ultra-orthodoxes.
Il a nié toute implication dans le scandale du Qatargate et a affirmé, à tort, qu’un juge avait récemment déclaré infondées les accusations visant son proche conseiller de longue date, Jonatan Urich.
Il a continué à évoquer la guerre contre le Hamas, déclenchée par l’invasion de ce groupe terroriste au pouvoir, comme une « guerre de rédemption », une expression forgée pour éviter toute référence au massacre horrible et sans précédent d’Israéliens qui en est à l’origine et, par extension, à sa responsabilité ultime en tant que Premier ministre ce jour-là, ainsi que durant quelque treize des quatorze années qui l’ont précédé.
La conférence de presse était relativement longue pour ce type d’exercice.
Netanyahu a répondu à de nombreuses questions, y compris celles de journalistes dont il savait qu’elles seraient particulièrement incisives.
Il a notamment expliqué les modalités prévues pour la réouverture imminente du poste-frontière de Rafah entre Gaza et l’Égypte, indiquant que le nombre de Gazaouis autorisés à rentrer chaque jour serait limité, via un passage géré par l’Europe, avec une présence de l’Autorité palestinienne, tout en affirmant qu’Israël continuerait à contrôler et vérifier l’identité des personnes autorisées à entrer. (Tsahal dispose en effet d’un poste de contrôle adjacent au passage et entend procéder à des vérifications de sécurité avant d’autoriser le court trajet entre la zone de Rafah sous contrôle israélien, au-delà de la Ligne jaune, et l’autre moitié de Gaza contrôlée par le Hamas.)
Puis, tout à la fin de son intervention, Netanyahu a choisi, de sa propre initiative, de la prolonger par une série de remarques supplémentaires, au cours desquelles il a formulé une accusation pour le moins incendiaire : l’embargo sur les armes instauré par l’administration Biden aurait directement causé la mort de héros israéliens, des soldats tombés sur le champ de bataille à Gaza parce qu’à un « certain stade » de la guerre, Tsahal se serait retrouvé à court de munitions nécessaires.
Il n’a pas précisé combien de soldats auraient été tués, ni quand et où exactement, mais a indiqué que cela se serait produit dans des situations où, après les frappes de l’armée de l’air et de l’artillerie, les troupes affrontaient les terroristes restants dans et autour de bâtiments piégés.
Cette accusation a aussitôt suscité l’indignation prévisible d’anciens responsables de l’administration Biden, dont Amos Hochstein, qui a qualifié Netanyahu de menteur et d’ingrat. Joe Biden « a littéralement sauvé Israël à son moment de plus grande vulnérabilité », a écrit Hochstein, rappelant que l’administration avait fourni un « soutien militaire sans précédent de plus de 20 milliards de dollars », dissuadé « une guerre régionale massive » et sauvé « d’innombrables vies israéliennes ».
Netanyahu a accusé à maintes reprises l’administration Biden d’avoir instauré un embargo, ce que Biden a démenti, à l’exception d’un lot de bombes « bunker buster » de 2 000 livres, retenu en raison de préoccupations liées à leur utilisation potentielle dans des zones densément peuplées. Le Premier ministre n’avait toutefois jamais affirmé auparavant que cet embargo supposé incluait des munitions vitales pour les troupes terrestres, dont l’absence aurait entraîné la mort directe de soldats israéliens.
Pendant la guerre, des rumeurs ont circulé sur des pénuries de munitions pour les chars et l’artillerie, mais Tsahal en a systématiquement minimisé l’importance.
Lors de briefings avec les correspondants militaires, les responsables ont assuré à plusieurs reprises que les opérations n’étaient pas affectées et que les soldats ne seraient jamais envoyés en mission sans les moyens adéquats pour les mener à bien. À ce jour, aucune enquête militaire n’a conclu qu’un soldat avait été tué faute de munitions disponibles.
Alors que les spéculations se multiplient sur les motivations qui ont conduit Netanyahu à formuler cette accusation spontanée – il a notamment rappelé que l’embargo présumé avait pris fin dès l’entrée en fonction du président américain Donald Trump –, ces questions relèvent clairement de la compétence d’une commission d’enquête nationale.
Une telle commission, dotée du pouvoir de délivrer des citations à comparaître, est indispensable pour examiner tout ce qui a failli autour du 7-Octobre et pour garantir que cela ne se reproduise pas.
Or c’est précisément cette enquête indépendante que Netanyahu, redoutant à juste titre ses conclusions sur sa responsabilité première, refuse obstinément depuis plus de 27 mois, depuis la catastrophe la plus grave qu’ait connue l’État d’Israël depuis sa création.
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