Otages, élections, Qatargate, Rafah, arsenal du Hamas, Iran : ce qu’a dit Netanyahu
Lors d'une conférence de presse, le Premier ministre a aussi abordé l'indépendance d'Israël en termes d'armement, ses conseillers interrogés par la police ; certaines déclarations ont aussitôt suscité des tollés en Israël et aux US

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a commencé sa conférence de presse, ce mardi soir, en affirmant avoir toujours cru que tous les otages pourraient être rapatriés depuis Gaza, « même face aux pressions intérieures et extérieures ».
« Hier, nous avons accompli notre mission sacrée qui consistait à ramener tous nos otages », a-il dit au lendemain du rapatriement du dernier otage, Ran Gvili.
« J’étais vraiment convaincu que grâce à la combinaison des pressions militaires et diplomatiques, nous allions pouvoir — et que nous allions — ramener tous nos otages chez eux », a-t-il déclaré.
« Ce qui est plus important que tout dans la guerre, c’est d’ignorer le bruit de fond, de garder la tête froide face aux pressions internes et externes, de comprendre ce qui doit être fait et de s’y atteler de toutes ses forces — pour atteindre l’objectif, » a-t-il ajouté.
Le chef de l’opposition Yair Lapid a critiqué Netanyahu pour s’être « attribué le mérite » du rapatriement des derniers des 251 otages qui avaient été emmenés à Gaza, le 7 octobre 2023.
« C’est impossible de célébrer le retour des otages sans se souvenir des circonstances dans lesquelles ils ont été enlevés », a écrit Lapid sur le réseau social X.
« Ceux qui veulent s’attribuer le mérite du retour des otages doivent également assumer la responsabilité des morts, des personnes assassinées et ils doivent assumer la responsabilité de la plus grande catastrophe qui ait frappé le peuple juif depuis la Shoah », a ajouté Lapid.
Le chef de l’opposition a estimé que Netanyahu ne devait pas se vanter du retour de « tous les otages » dans la mesure où « 46 otages qui avaient été enlevés vivants ont été assassinés pendant leur captivité par le Hamas, alors qu’ils attendaient en vain leur libération ».
Lors de la conférence de presse, Netanyahu a répondu aux inquiétudes concernant la deuxième phase du plan de paix pour Gaza du président américain Donald Trump, affirmant que les intérêts politiques et sécuritaires d’Israël seront respectés.
« Nous nous focalisons désormais sur la nécessité de mener à bien deux missions : le démantèlement des armes du Hamas et la démilitarisation de Gaza, en faisant disparaître les armes et les tunnels », a dit le Premier ministre.
« Comme j’en ai convenu avec le président Trump… il n’y a que deux possibilités : soit les choses se feront de manière facile, soit elles se feront de manière difficile, mais dans tous les cas, elles se feront », a-t-il assuré. « J’entends déjà des déclarations qui laissent entendre que nous allons autoriser la reconstruction de Gaza avant sa démilitarisation. Cela n’arrivera pas ».
« J’entends dire que nous allons faire entrer des soldats turcs et qataris à Gaza. Cela n’arrivera pas non plus », a-t-il poursuivi.
« J’entends aussi dire que je vais autoriser la création d’un État palestinien à Gaza. Cela ne s’est pas produit et cela ne se produira pas », a martelé Netanyahu. « Je pense que vous savez tous que c’est moi, avec mes collègues des gouvernements que j’ai dirigés, qui ai empêché à plusieurs reprises la création d’un État palestinien. Aujourd’hui encore, et demain encore, nous ne le permettrons pas ».
Israël conservera son contrôle sécuritaire sur toute la zone allant du Jourdain à la mer, y compris sur la bande de Gaza », a-t-il insisté.
Netanyahu a aussi affirmé que ni le Hamas ni l’Autorité palestinienne ne sont satisfaits de la composition du Comité national pour l’administration de Gaza, composé de 12 membres.
« Ils ont choisi des familles anciennes, pas tout le monde, ceux qui ne sont pas réfugiés, et surtout des hommes d’affaires », a-t-il affirmé à propos des efforts déployés pour trouver des membres au sein du comité.
« Il y a une vérité simple à Gaza », a déclaré Netanyahu. « Soit ils travaillaient pour le Hamas, soit pour l’Autorité palestinienne. Si vous cherchez un ingénieur des eaux qui n’ait appartenu à aucun des deux, vous n’en trouverez pas. »
Netanyahu a souligné qu’Israël vérifie les antécédents des fonctionnaires afin de s’assurer que les membres de la branche armée du Hamas n’y figurent pas.
« L’important, c’est de savoir qui paiera leurs salaires, et surtout, c’est de démanteler le Hamas et d’empêcher l’Autorité palestinienne de s’y infiltrer », a-t-il ajouté, alors qu’il a été accusé d’avoir laissé le Qatar payer le Hamas.
Le point de passage de Rafah « sera ouvert dans les deux sens » lors de sa réouverture prochaine, a ensuite confirmé Netanyahu, ajoutant ne pas connaître le nombre exact de piétons autorisés à entrer à Gaza chaque jour, tout en l’estimant à « 50 personnes, plus les membres de leur famille ».
« Nous n’empêcherons personne de sortir », a-t-il souligné. « Il n’y aura pas de libre accès – le point de passage ne sera pas ouvert aux marchandises. Les gens pourront y circuler librement – oui, des gens entrent et sortent – mais ils seront contrôlés, minutieusement contrôlés. »
Une loi pour limiter le prix payé par Israël pour des otages ?
Netanyahu a affirmé être en pourparlers au sujet de l’adoption d’une loi, inspirée des recommandations du Comité Shamgar de 2008, visant à limiter drastiquement le prix payé par Israël pour des otages.
« Je n’en ai pas encore parlé au cabinet », a-t-il dit. « Je veux y réfléchir. C’est une question très complexe, très difficile. Rien n’est joué d’avance. » « La loi doit être au service de la réalité, et non l’inverse », a-t-il insisté. « Mon premier réflexe serait de dire oui, mais je veux examiner attentivement les différents aspects de la question, de manière réaliste et responsable », a-t-il noté.
En échange des otages enlevés par le Hamas et ses alliés, Israël a relâché quelque 4 000 terroristes palestiniens emprisonnés : des prisonniers de sécurité, des Gazaouis détenus pendant la guerre et suspectés de terrorisme, ainsi que les dépouilles de terroristes palestiniens.
Netanyahu a remercié l’armée israélienne, le Shin Bet, la police israélienne, le président américain Donald Trump et les membres de son gouvernement pour leur aide dans le rapatriement des otages, citant en particulier l’ancien ministre des Affaires stratégiques Ron Dermer et le responsable des otages Gal Hirsch, qui s’est tenu à ses côtés lors de la conférence de presse.
Hirsch, en charge de la question des otages pour le gouvernement israélien, a déclaré, visiblement ému, lors de la conférence de presse aux côtés de Netanyahu, que le rapatriement de tous les otages de Gaza avait été « la mission la plus difficile » de sa vie.
« Ce fut la mission la plus difficile de ma vie », a affirmé M. Hirsch.
« Je tiens à exprimer, avec humilité et une profonde gratitude, mes remerciements à toute l’équipe, à l’équipe de soutien, en ce jour […] qui est à la fois un jour de grande émotion, de douleur et de joie », a-t-il déclaré.
Il a remercié les équipes de sécurité et diplomatiques du monde entier pour leur aide précieuse dans cette mission, et a tenu à souligner tout particulièrement le rôle du président américain Trump, de ses principaux conseillers et de ses envoyés, qui ont contribué à la libération de tous les otages.
Netanyahu a par ailleurs affirmé que « la dernière chose » dont Israël avait besoin actuellement était d’organiser des élections alors qu’il répondait à une question sur la tenue des prochaines élections nationales lors de sa conférence de presse.
Lorsqu’un journaliste lui a demandé s’il pensait que le projet de loi sur la conscription des Haredim et que le projet de loi sur le budget de l’État seraient bien adoptés en deuxième et en troisième lectures, et s’il pensait que les élections se tiendront comme prévu, Netanyahu a rétorqué : « C’est à la fois mon désir et mon espoir. Et je pense que tout le monde sait à quel point la situation dans laquelle nous nous trouvons est délicate et inhabituelle. La dernière chose dont Israël a besoin dans cette situation, c’est d’élections ».
« Nous avons besoin de stabilité, et je n’ai pas besoin de le préciser, cela va de soi. J’espère que tout le monde comprendra la responsabilité nationale qui nous incombe en ce moment. C’est tout ce que je peux vous dire », a-t-il déclaré.
En vertu de la loi, des élections nationales doivent être organisées avant la fin du mois d’octobre 2026. Si le budget n’est pas adopté ou si la Knesset est dissoute, un scrutin aurait lieu plus tôt.
Au sujet de l’affaire Qatargate, Netanyahu a de nouveau clamé son innocence face aux soupçons pesant sur son conseiller Jonatan Urich.
Interrogé sur les raisons pour lesquelles il n’a pas désavoué M. Urich, accusé d’avoir accepté de l’argent du Qatar pour mener une campagne de relations publiques en faveur de Doha alors qu’il travaillait au cabinet du Premier ministre, M. Netanyahu a affirmé : « Jonatan Urich ne m’a pas adressé un seul mot au sujet du Qatar, pas même une syllabe.»
« Mais j’ai parlé du Qatar. J’ai critiqué le Qatar, à plusieurs reprises, pendant la guerre. Je l’ai attaqué verbalement car mes critiques étaient sévères », a-t-il dit.
« Je ne sais pas ce qui est arrivé à Jonatan Urich. Je sais ce qu’a dit le juge », a poursuivi le Premier ministre, réaffirmant que le juge Menachem Mizrahi du tribunal de première instance de Rishon Lezion — qui a statué à plusieurs reprises en faveur des collaborateurs du Premier ministre, avant que ses décisions ne soient infirmées par une juridiction supérieure — « a déclaré que c’était du vent. Il n’y a rien à voir. »
Netanyahu a dénoncé les soupçons d’activités illégales visant son chef de cabinet, Tzachi Braverman, comme étant « une énorme supercherie ».
« C’est une énorme supercherie », a déclaré le Premier ministre en réponse à une question sur l’enquête concernant une réunion présumée au cours de laquelle, selon son ancien conseiller Eli Feldstein, Braverman aurait affirmé pouvoir « faire capoter » une enquête militaire sur la fuite de documents classifiés par Feldstein au tabloïd allemand Bild.
« Laissez tomber, c’est du pipeau », a-t-il poursuivi, estimant que l’enquête s’inscrit dans une tendance plus large, où « on a fait ça à maintes reprises à de hauts responsables de l’État. Et au final, tout s’est avéré totalement infondé », faisant apparemment référence au système judiciaire.
« Il s’agit ni plus ni moins d’une terrible chasse aux sorcières. Je pense que c’est non seulement préjudiciable aux êtres humains et aux familles des personnes visées par l’enquête, mais aussi à la démocratie. Si vous voulez destituer le Premier ministre, allez aux urnes. C’est là qu’on le fait tomber, pas par des méthodes secrètes, par des moyens terribles – criminels – utilisés constamment, des méthodes qui sont dénoncées devant les tribunaux », a-t-il déclaré, sans préciser quels crimes ont été révélés.
Il affirme que si ses procès étaient retransmis en direct, « alors les gens verraient ce qu’on fait aux témoins, ce qu’on fait aux gens », là encore sans donner plus de détails. Son procès pour corruption n’est pas retransmis en direct, mais il est ouvert aux journalistes qui couvrent les débats.
Interrogé sur la possibilité d’une normalisation des relations avec l’Arabie saoudite dans un avenir proche, compte tenu du rapprochement de Ryad avec la Turquie et le Qatar et de son éloignement des Émirats arabes unis, Netanyahu a déclaré ne pas souhaiter se faire l’analyste des Saoudiens, mais suivre de près l’évolution de la situation.
« Nous attendons de quiconque souhaite une normalisation ou la paix avec nous qu’il ne participe pas à des initiatives menées par des forces ou des idéologies qui prônent le contraire de la paix », a-t-il affirmé.
De telles initiatives « rejettent la légitimité de l’État d’Israël et alimentent toutes sortes de forces qui s’attaquent à Israël ».
Il a ajouté qu’il serait « heureux de conclure un accord de normalisation avec l’Arabie saoudite », à condition « qu’elle souhaite une normalisation et la paix avec un Israël sûr et fort ».
Netanyahu a par ailleurs réitéré l’avertissement qu’il avait lancé la semaine dernière à l’encontre de l’Iran : si ce pays attaque Israël, Jérusalem ripostera avec force.
« Il est vrai que l’axe iranien tente de se reconstituer, mais nous ne le laisserons pas faire. Si l’Iran commet la grave erreur d’attaquer Israël, nous répondrons avec une force qu’il n’a jamais vue », a-t-il prévenu.
Dans un entretien accordé lundi à Axios, le président américain Donald Trump a affirmé avoir empêché une attaque iranienne contre Israël en donnant à Jérusalem le feu vert pour lancer une frappe préventive lors de la guerre de douze jours en juin dernier.
L’Iran considérera les pays voisins comme « hostiles » si « leurs sol, ciel ou eaux sont utilisés » pour des frappes contre le pays, a averti pour sa part mardi un haut responsable des forces navales des Gardiens de la Révolution, cité par l’agence iranienne Fars.
« Ce message a été transmis » aux pays de la région, a ajouté Mohammad Akbarzadeh, menaçant en cas d’attaque de bloquer le détroit d’Ormuz, passage clé pour le transport énergétique.
Washington et ses alliés devraient savoir que « si la sécurité de leur alimentation, énergie et commerce a été assurée par ce passage (…) nous pouvons transformer cette même sécurité en insécurité », a-t-il ajouté.
Le président iranien Masoud Pezeshkian s’est de son côté entretenu mardi au téléphone avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, allié clé des Etats-Unis, après que Donald Trump s’est prévalu de l’envoi d’une « armada » dans le Golfe.
« Les menaces (…) des Américains visent à perturber la sécurité de la région et n’auront d’autre résultat que de l’instabilité pour eux », a averti M. Pezeshkian, selon le bureau de la présidence iranienne.
Donald Trump a en effet menacé à de nombreuses reprises d’intervenir militairement lors de la violente répression du récent mouvement de contestation en Iran, et une force navale américaine a été déployée lundi dans la région.
Netanyahu a pour sa part refusé de commenter mardi soir directement les informations selon lesquelles les États-Unis seraient en contact indirect avec l’Iran, par l’intermédiaire de médiateurs arabes, afin de trouver une solution diplomatique à son programme nucléaire.
« Les États-Unis sont en contact permanent avec nous », a-t-il souligné. « Je ne souhaite pas influencer les décisions du président Trump, ni décider s’il prend la parole ou non. Ce sont ses choix. »
« Nous sommes parfaitement informés », a ajouté Netanyahu.
Des soldats tués à cause du manque de munitions ?
Le Premier ministre a affirmé que des soldats israéliens étaient morts durant la guerre contre le Hamas à cause d’un « embargo » qui, selon lui, a provoqué une pénurie de munitions en Israël.
Il n’a précisé ni le nombre de soldats décédés pour cette raison, ni la date exacte de cet embargo.
Le Premier ministre n’a pas non plus directement nommé l’administration Biden, mais il a affirmé que l’embargo a pris fin dès l’entrée en fonction du président américain Donald Trump.
Netanyahu a accusé à plusieurs reprises l’administration Biden d’avoir instauré un embargo sur les livraisons d’armes à Israël, notamment en juin 2024. Biden a nié avoir retenu des armes à Israël, à l’exception d’un lot de bombes anti-bunker de 900 kg, en raison d’inquiétudes quant à leur utilisation lors des opérations de Tsahal à Rafah à cette époque.
Lors de sa conférence de presse, Netanyahu a déclaré qu’Israël avait payé un « très lourd tribut » dans cette guerre en termes de pertes humaines. Bien que « cela fasse partie des aléas de la guerre », a-t-il dit, cela s’explique aussi par le fait qu’ « à un certain moment, nous manquions de munitions ».
À l’époque, les soldats combattaient dans des zones où l’artillerie et l’aviation avaient été utilisées, mais les terroristes étaient restés retranchés dans des maisons piégées, a-t-il détaillé.
« Des héros sont tombés » faute de munitions, a-t-il accusé. Et « cette pénurie de munitions était en partie due à l’embargo ».
Netanyahu a affirmé avoir pris la résolution de ne plus jamais laisser cela se reproduire, et c’est pourquoi il souhaite garantir à Israël une industrie d’armement forte et indépendante – une priorité « pour une indépendance maximale », « afin de ne pas manquer d’armes ou de munitions, et dans l’espoir de ne pas avoir à les utiliser ». À cette fin, il a dit souhaité faire évoluer la relation israélo-américaine en matière d’armement « d’aide à partenariat », avec un développement israélien et une production conjointe, et un tel partenariat pourrait s’étendre aux alliés, notamment l’Inde et l’Allemagne.
De graves accusations aussitôt rejetées par des proches conseillers de Biden.
« Netanyahu ment et fait preuve d’ingratitude envers un président qui a littéralement sauvé Israël à son moment le plus critique », a déclaré Amos Hochstein au site d’information Axios.
Brett McGurk, autre proche conseiller de Biden, a rejoint Hochstein, déclarant à Axios : « Cette affirmation de Netanyahu est catégoriquement fausse. »
« Biden a quitté ses fonctions avec un cessez-le-feu à Gaza et le retour des otages, un cessez-le-feu au Liban et la défaite du Hezbollah, et l’Iran dans sa position la plus fragile depuis 1979 après deux attaques de missiles manquées grâce au déploiement des forces militaires américaines et à une riposte coordonnée qui a détruit la défense aérienne iranienne. Son engagement envers la sécurité d’Israël, notamment par l’assistance militaire américaine, est resté inébranlable tout au long de la crise », a déclaré McGurk à propos de Biden.
Netanyahu aurait formulé cette accusation dans le but d’expliquer des propos tenus lors d’un entretien accordé à The Economist, au cours duquel il affirmait qu’Israël avait perdu des soldats à Gaza en raison de son « refus » de bombarder massivement les villes avant l’incursion terrestre lancée par Tsahal.
Les détracteurs du Premier ministre ont souligné que son parti, le Likud, avait critiqué à plusieurs reprises son rival politique et ancien chef d’état-major de Tsahal, Benny Gantz, pour des propos similaires tenus dans la presse étrangère, alors qu’il expliquait les efforts de l’armée israélienne pour éviter les pertes civiles.







