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Excuses d’un responsable russe après que son adjoint a qualifié le Habad de secte

Le porte-parole de la communauté juive russe a apprécié la rétractation et a noté la rareté historique d'un général russe présentant des excuses au peuple juif

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Le secrétaire du conseil à la sécurité russe Nikolai Patrushev lors d'un sommet trilatéral avec Israël et les Etats-Unis, à l'Orient Hotel de Jérusalem, le 25 juin 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton\Flash90)
Le secrétaire du conseil à la sécurité russe Nikolai Patrushev lors d'un sommet trilatéral avec Israël et les Etats-Unis, à l'Orient Hotel de Jérusalem, le 25 juin 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton\Flash90)

Le chef du Conseil de sécurité russe s’est excusé vendredi pour les commentaires de son adjoint à l’encontre du Habad-Loubavitch plus tôt dans la semaine, dans lesquels il avait qualifié le mouvement hassidique de secte suprématiste, s’attirant une vive condamnation du grand rabbin du pays et suscitant l’inquiétude des Juifs russes quant à un antisémitisme institutionnel.

Dans un article de l’hebdomadaire gouvernemental Argumenty i Fakty appelant à la « désatanisation » de l’Ukraine, le vice-secrétaire du Conseil de sécurité nationale russe Aleksey Pavlov avait écrit mardi que le pays abritait des centaines de cultes néo-païens, dont « la secte Habad-Loubavitch ».

Habad a été fondé au XVIIIe siècle dans ce qui était alors l’Empire russe et est aujourd’hui une force religieuse majeure dans toute l’ex-Union soviétique – en Russie et en Ukraine en particulier. Le grand rabbin de Russie, Berel Lazar, est membre de ce mouvement, comme la grande majorité des chefs religieux du pays.

Lazar a immédiatement condamné les affirmations de Pavlov en les qualifiant de « vulgaire antisémitisme » et a demandé aux responsables russes d’en faire de même.

Un porte-parole de la communauté juive russe, Baruch Gorin, a déclaré que les remarques indiquaient potentiellement un retour de l’antisémitisme institutionnalisé et officiel en Russie, qui était répandu en Union soviétique et avant elle, dans l’Empire russe.

S’adressant à la chaîne publique israélienne Kan, Gorin a déclaré qu’un retour de cet antisémitisme « serait la fin de la présence juive en Russie ».

Le grand rabbin russe Berel Lazar s’adressant lors d’un rassemblement de rabbins russes, à Moscou, le 5 septembre 2022. (Crédit : Fédération des communautés juives de Russie)

En réponse à cette vague de critiques contre Pavlov, son supérieur, le secrétaire du Conseil de sécurité Nikolai Patrushev, a publié une déclaration dans Argumenty i Fakty, qualifiant de « faux » les commentaires de son adjoint.

« L’article du vice-secrétaire du Conseil de sécurité de Russie, A.A. Pavlov, qui a été publié comprenait des lignes erronées sur le mouvement Habad-Loubavitch », a-t-il écrit.

« Je présente mes excuses à ceux qui ont lu l’article et je tiens à préciser que cette analyse ne reflète pas les opinions personnelles d’A.A. Pavlov et ne représente en aucun cas la position officielle du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie », a-t-il ajouté.

« Un redressement approprié a été effectué avec l’auteur de l’article », a déclaré Patrushev, un ancien chef du FSB, le successeur du KGB soviétique.

Depuis que la Russie a déclenché sa guerre contre l’Ukraine en février, le mouvement Habad en Russie a tenté de se tenir à l’écart de la mire de tous les côtés.

Ses rabbins en Russie ont dénoncé la guerre et les effusions de sang, appelant à leur fin, mais se sont abstenus d’accuser directement Moscou, laissant dans le vague la question de la culpabilité dans ce conflit.

Les affirmations de Pavlov ont démontré la précarité du statut du mouvement Habad en Russie, et remettent en question le succès de son numéro d’équilibriste en ce qui concerne cette guerre.

Lorsqu’on lui a demandé s’il était convaincu par les excuses de Patrushev, à savoir que l’article ne reflétait pas les opinions de Pavlov, et s’il était moins préoccupé par le sort des Juifs de Russie, Gorin a répondu au Times of Israel qu’il l’était, mais seulement dans une certaine mesure.

« S’agissant de la première partie de la question [de savoir s’il était convaincu], ma réponse est non. Concernant la deuxième partie [de savoir s’il est moins préoccupé], ma réponse est oui. »

« Ce sont de sincères excuses. C’est la première fois de ma vie et je pense la première fois dans la vie de plusieurs générations qu’un général [russe] présente des excuses aux Juifs. Mais ce ne sont que des excuses partielles. Pavlov va rester à son poste. Je ne suis donc pas totalement convaincu. Mais il s’est excusé, je suis donc moins inquiet », a déclaré Gorin.

En réponse à l’article de Pavlov, ainsi qu’à d’autres mesures prises récemment contre des groupes juifs russes, l’ancien grand rabbin de Moscou, Pinchas Goldschmidt, a appelé jeudi les Juifs russes à quitter le pays.

« Une attaque du gouvernement russe contre le mouvement Habad, ainsi que les attaques contre l’Agence juive pour Israël, sont des actes antisémites contre nous tous », a déclaré Goldschmidt, qui a fui la Russie au début de cette année après avoir travaillé dans le pays pendant des décennies.

Goldschmidt faisait référence à une bataille juridique, toujours en cours, que les autorités russes ont lancée contre l’Agence juive, un groupe qui encourage l’immigration juive en Israël et organise également des activités culturelles et éducatives juives en Russie.

« Nous réitérons notre appel à tous nos frères et sœurs qui se trouvent encore en Russie et qui sont en mesure de quitter le pays de le faire », a déclaré Goldschmidt, qui est également président de la Conférence des rabbins européens.

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