Gabbay affirme pouvoir vaincre Netanyahu et se fait huer
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Gabbay affirme pouvoir vaincre Netanyahu et se fait huer

Les activistes ont hué et sifflé leur chef, montrant leur mécontentement et reflétant les querelles internes du parti qui s'est effondré dans les sondages

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Avi Gabbay, chef du parti Travailliste, lors d'un discours prononcé sous les huées et les sifflets à une conférence du parti à Tel Aviv, le 10 janvier 2019 (Crédit :  Hadas Parush/Flash90)
Avi Gabbay, chef du parti Travailliste, lors d'un discours prononcé sous les huées et les sifflets à une conférence du parti à Tel Aviv, le 10 janvier 2019 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le chef du parti travailliste Avi Gabbay a été hué et sifflé lors d’une conférence qui s’annonçait pourtant festive mercredi soir. Il s’est néanmoins efforcé de persuader sa formation, amère et divisée, qu’il sera en mesure de battre le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors des élections d’avril.

Dans un contexte d’appels à la démission – le parti, une force politique puissante dans le passé, connaissant de forts revers dans les sondages – Gabbay a tenté d’ignorer le chahut et il s’est présenté comme une alternative crédible à Netanyahu, dont la formation du Likud semble sur le point d’être réélue.

S’exprimant devant environ 2 000 membres du comité central du parti travailliste, Gabbay a vivement recommandé aux leaders de deux autres partis rivaux de s’unir à ses forces pour essayer de détrôner Netanyahu, déclarant que les Israéliens souhaitent vivre « dans un pays normal ».

Mais Gabbay, qui a vu son parti tomber au-dessous des 10 % d’intentions de vote dans de récents sondages, a été accueilli avec une certaine hargne lorsqu’il est monté à la tribune à l’occasion d’une conférence intitulée « Engagé en faveur du changement en Israël » qui a eu lieu au centre des expositions de Tel Aviv.

Alors que la formation est divisée sur les potentiels résultats de Gabbay lors du scrutin et sur son avenir à la barre du parti, les activistes se sont affrontés dans la salle et ont fustigé les intervenants variés à coups de huées et de sifflets qui ont presque recouvert les discours des critiques et des partisans du leader contesté – et Gabbay lui-même.

Gabbay qui, la semaine dernière, a rompu l’alliance politique de l’Union sioniste des Travaillistes avec Hatnua, ne s’est pas laissé impressionner par les perturbateurs, déclarant au contraire que ces critiques étaient la démonstration d’un processus démocratique sain. « Je veux saluer les opinions qui s’expriment ici, les points de vue différents et même les cris des critiques », a-t-il lancé.

‘Ils sont la preuve ultime que nous sommes un véritable parti démocratique et je vous le dis : ne cessez jamais d’exprimer vos positionnements et vos opinions ».

Il a cependant ajouté que « ceux qui sifflent ne feront qu’alimenter les Unes des journaux ».

Le député travailliste Eitan Cabel, à droite, face à Avi Gabbay (assis, avec une cravate rouge), le chef du parti lors d’une conférence des Travaillistes à Tel Aviv, le 10 janvier 2019 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Gabbay s’est exprimé d’une voix forte pour couvrir le brouhaha, répétant le message que « seul le parti travailliste pourra apporter du changement » et appelant l’ex-chef d’Etat-major Benny Gantz — qui a récemment fondé la formation Hossen LeYisrael – et le député Yair Lapid, dirigeant de Yesh Atid, à former un front uni contre le Likud au pouvoir de Netanyahu. Gantz et Lapid seraient opposés à toute idée d’alliance avec Gabbay et avec le parti travailliste de centre-gauche, qui tente d’obtenir les votes de la gauche et de la droite. Il a indiqué qu’il pousserait néanmoins à la mise en place d’un tel partenariat.

« Vous avez vu cette semaine les horreurs du Premier ministre », a dit Gabbay, se référant à la retransmission télévisée en direct d’une allocution de Netanyahu dans laquelle le Premier ministre a clamé qu’il n’était pas traité de manière juste dans des affaires de corruption l’impliquant et dans lesquelles la police a recommandé son inculpation.

« Dans un pays normal, le Premier ministre n’attaque pas les autorités de la loi », a dit Gabbay, dirigeant ses commentaires à Gantz et à Lapid. « Je sais, et vous savez, que des millions d’Israéliens regrettent de ne pas avoir de pays normal. Nous sommes les seuls engagés en faveur du changement en Israël et je vous le dis – rejoignez le changement et ne rejoignez pas le gouvernement de Netanyahu. Ils ne nous prendront pas la victoire ».

Sous les huées – provenant majoritairement des plus jeunes au sein du parti – Gabbay, de manière assez ironique, s’est étonné que Gantz n’ait pas encore prononcé un discours public et s’efforce encore de voler des voix aux travaillistes.

« Des voix qui nous ont quittées aujourd’hui se trouvent au sein de différentes formations en vogue et à l’ambiance mystérieuse, qui se cachent derrière le silence et les sourires séducteurs – mais nous allons faire revenir tout le monde, puis attirer plus de gens, encore plus de gens, toujours plus de gens ! », s’est-il exclamé.

« La majorité des électeurs de Lapid et Gantz ne veulent pas que leurs voix aillent à une coalition dirigée par Netanyahu », a ajouté Gabbay. « Nous sommes les seuls à promettre une coalition de changement. Au lieu de nous battre ici », a-t-il plaidé, « expliquons cela aux électeurs ».

Le brouhaha n’a pas cessé après le discours de Gabbay, lorsque le député vétéran Eitan Cabel est monté à la tribune et a expliqué que le chef du parti n’avait pas la capacité de vaincre et n’aurait jamais dû être élu à sa fonction.

Le député travailliste Eitan Cabel lors d’une conférence à Tel Aviv de lancement de la campagne électorale de la formation, le 10 juillet 2019 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Je l’admets, j’ai fait une erreur. Nous avons tous fait une erreur. J’ai fait une erreur en vous soutenant », a déclaré Cabel devant la salle chauffée à vif, soulevant un vrombissement de désapprobation parmi ce qui a semblé être une légère majorité d’activistes.

« Vous avez rompu l’Union sioniste sans consultations préalables. Vous avez navigué à vue. Cet échec est exclusivement celui de Gabbay », s’est emporté Cabel. « Nous pouvons encore sauver ces élections. C’est un moment formidable pour créer un front contre Netanyahu dont le parti travailliste serait l’axe central ».

Cabel a également brandi au-dessus de sa tête ce qu’il a affirmé être les résultats d’un test au détecteur de mensonges, accusant Gabbay d’être « un menteur » : le député aurait récemment clamé que le leader du parti avait menacé d’abattre sa formation si ses responsables ne le soutenaient pas, des propos réfutés par Gabbay. Cabel a indiqué qu’il avait utilisé un détecteur de mensonges pour prouver qu’il disait la vérité et que les résultats qu’il avait entre les mains étaient sans appel, prouvant que Gabbay avait en effet fait cette menace.

Cabel, entré à la Knesset sous l’étiquette travailliste en 1996 et qui n’a jamais quitté ses rangs depuis, a promis toutefois de ne pas abandonner le navire. « Personne ne me fera quitter mon chez-moi », a-t-il dit.

Gabbay a brisé l’Union sioniste, humiliant Tzipi Livni du parti Hatnua en annonçant ce départ à la télévision en direct, en sa présence, sans l’en avoir informée au préalable.

Plutôt que de renforcer le parti Travailliste dans les sondages, cette scission a réduit les prédictions des instituts d’enquête à seulement sept ou huit sièges lors du scrutin du 9 avril. Dans la Knesset sortante de 120 sièges, l’Union sioniste en détient actuellement 24.

Malgré cette réception moins que chaleureuse, Gabbay a expliqué au Times of Israel , alors qu’il quittait la salle de conférence, qu’il n’était pas déçu. « Pourquoi devrais-je l’être ? Le soutien pour moi est formidable et il y a – c’est plus important encore – un soutien formidable apporté au parti », a-t-il dit.

Et même dans cette ambiance de désunion, Gabbay est parvenu à faire adopter sa proposition d’une nouvelle constitution du parti, lui accordant un pouvoir considérable dans ses institutions. Il a également réussi à faire passer une motion séparée lui permettant de réserver trois places – la deux, la 10 et la 16 – sur la liste électorale pour ses candidats préférés qui n’auront pas à se présenter aux Primaires.

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