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Hantée par la Shoah, une Israélienne aide des Afghans fuyant les talibans

En tant que "descendante de juifs persécutés et assassinés par les nazis", Inbar Nacht n'a pas pu "rester indifférente à ces images de gens tentant de fuir avec leurs enfants"

Inbar Nacht, fondatrice et présidente de la fondation israélienne Nacht Philanthropic Ventures, donne une interview à l'AFP à son domicile de Tel Aviv, le 12 janvier 2022. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
Inbar Nacht, fondatrice et présidente de la fondation israélienne Nacht Philanthropic Ventures, donne une interview à l'AFP à son domicile de Tel Aviv, le 12 janvier 2022. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Quand Inbar Nacht a vu l’été dernier les images de familles afghanes tentant désespérément de fuir leur pays, elle a pensé à ses proches assassinés pendant la Shoah et s’est mobilisée pour aider des centaines de personnes à quitter l’Afghanistan des talibans.

Il y a deux ans, Mme Nacht, une avocate israélienne, et son mari Marius qui a fait fortune dans la high-tech ont créé une ONG, Nacht Philanthropic Ventures, afin d’aider les personnes âgées ou handicapées en Israël mis en difficulté par la pandémie et soutenir des projets artistiques.

Evacuer des familles d’Afghanistan, un pays qui n’a pas de relations diplomatiques avec Israël, ne faisait évidemment pas partie des objectifs de leur association.

Mais lors d’un entretien dans sa maison de Tel-Aviv, Mme Nacht explique à l’AFP qu’en tant que descendante de juifs persécutés et assassinés par les nazis, elle ne pouvait pas « rester indifférente à ces images de gens tentant de fuir avec leurs enfants ».

Des Afghans se sont rassemblés sur le bord d’une route près de la partie militaire de l’aéroport de Kaboul, le 20 août 2021, dans l’espoir de fuir le pays après la prise de contrôle militaire de l’Afghanistan par les talibans. (Crédit : photo de Wakil KOHSAR / AFP)

« Ça a fait profondément vibrer en moi mon identité juive », dit-elle à la veille de la Journée internationale du souvenir de la Shoah marquée ce jeudi.

« J’ai essayé d’imaginer mes ancêtres dans cette situation, et (ce qu’il seraient devenus) si des gens d’autres pays avaient aidé à les sauver ».

« Ça fait partie de notre histoire en tant que juifs (…) Peu importe que les gens viennent d’Afghanistan ou d’ailleurs, ce sont des civils innocents qui se sont retrouvés dans une situation impossible (…) Nous avons essayé de voir comment leur venir en aide », explique-t-elle, sans exclure d’aider d’autres personnes ailleurs qui seraient dans des situations similaires.

L’aéroport de Kaboul a été pris d’assaut en août 2021 par des dizaines de milliers d’Afghans cherchant à fuir la capitale afghane après la prise de contrôle des talibans, se remémorant leur régime cruel dans les années 1990.

Des talibans montent la garde à l’intérieur de l’aéroport international Hamid Karzai à Kaboul, en Afghanistan, le 31 août 2021, après le retrait des États-Unis. (Crédit : AP Photo/Kathy Gannon, Archives)

Nacht Philanthropic Ventures s’est alors immédiatement mobilisée.

Elle a contacté un ancien soldat américain ayant servi en Afghanistan, qui aidait des gens à gagner l’aéroport, et Stacia George, une ancienne employée d’USAID, l’agence américaine pour le développement, qui avait une liste de près de 300 personnes menacées à évacuer, parmi lesquels des défenseurs des droits humains, des scientifiques, des membres de minorités ethniques…

Mais le 26 août, le jour où ils devaient partir, un attentat suicide revendiqué par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) a tué près de 200 personnes à l’aéroport.

Stacie George et le vétéran ont alors organisé un transport en bus vers Mazar-i-Sharif, une ville au nord-ouest de Kaboul. L’ONG a aidé à financer le voyage, l’hébergement et la sécurité.

Inbar Nacht, fondatrice et présidente de la fondation israélienne Nacht Philanthropic Ventures, donne une interview à l’AFP à son domicile dans la ville côtière israélienne de Tel Aviv, le 12 janvier 2022. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

« La fondation a été incroyable (…) en fournissant si rapidement des moyens nous permettant de sauver des vies », a déclaré Mme George à l’AFP.

En janvier 2022, les 278 personnes emmenées à Mazar-i-Sharif avaient été mises à l’abri à travers le monde, selon l’ONG.

En dehors des employés de la compagnie de bus, nul ne savait sur place que l’opération avait été financée par des juifs israéliens.

Parmi les personnes évacuées, Hamid, un ingénieur de 33 ans qui travaillait pour l’armée américaine, disait être menacé par les talibans. Il a été hébergé avec sa famille 23 jours à Mazar-i-Sharif avant de s’envoler vers les Emirats arabes unis puis le Rwanda, pays ayant accepté de les accueillir.

« Pure humanité »

Pour cet Afghan, qui a appris plus tard que l’opération avait été financée par une organisation israélienne, ce qu’ont fait les Nacht est un acte « de pure humanité ».

Inbar, qui a mené le projet, « ne connaissait aucun d’entre nous, ne savait rien sur nous », dit-il à l’AFP depuis Kigali.

« Tout ce que nous pouvons dire c’est que nous ressentons une immense gratitude pour ce geste de bonté et espérons que les Nacht puissent encore aider d’autres personnes ».

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