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Herzog en Turquie: une visite « sans illusions », mais reflet des intérêts bilatéraux

Le président espère que son voyage en Turquie permettra de meilleures relations entre les deux pays ; il a visité la synagogue Neve Shalom, avant de retourner en Israël

Le président Isaac Herzog s'exprime lors d'une cérémonie à la synagogue Neve Shalom, à Istanbul, en Turquie, le 10 mars 2022. (Crédit : Emrah Gurel/AP)
Le président Isaac Herzog s'exprime lors d'une cérémonie à la synagogue Neve Shalom, à Istanbul, en Turquie, le 10 mars 2022. (Crédit : Emrah Gurel/AP)

ISTANBUL, Turquie – Lors d’une visite officielle, le président Isaac Herzog a déclaré que son homologue turc Recep Tayyip Erdogan s’était montré disposé à aborder une série de problèmes malgré de nombreuses failles dans les relations existantes entre les deux pays.

Erdogan, a-t-il déclaré lors d’un briefing aux journalistes israéliens, a été « ouvert à un véritable dialogue sur des questions nombreuses et variées, et nous sommes entrés dans les détails sur des questions importantes pour les deux parties ».

« Le processus [la visite et les discussions avec M. Erdogan, NDLR] est sans illusions, mais il reflète nos intérêts stratégiques et bilatéraux », a glissé Herzog à des journalistes.

Exprimant l’espoir d’avoir entamé un développement des relations bilatérales, Herzog a déclaré qu’il s’était engagé avec Erdogan « les yeux grands ouverts et en pleine coordination avec tous les ministères et les autres parties ».

Herzog a noté que les discussions avec Erdogan sur l’établissement d’un mécanisme pour prévenir toute crise future qui pourrait survenir entre les deux pays étaient une mesure qui « reflète une corrélation d’intérêts bilatéraux ».

Il a également souligné qu’il y a beaucoup de questions d’intérêt pour les deux pays qui ne sont pas forcément politiques, telles que le commerce mutuel, les accords énergétiques et la question Ukraine-Russie, « dans laquelle Israël et la Turquie essaient tous les deux d’aider et de servir de médiateur entre les parties. »

Herzog s’est ensuite rendu à la synagogue Neve Shalom au cœur d’Istanbul, dans le quartier historique de Galata, qui abrite aussi un musée du patrimoine juif, est un lieu symbolique fort pour la communauté juive qui y célèbre les mariages et tous les événements marquants.

Une « synagogue particulière qui a souffert par le passé », a remarqué le président Herzog.

En effet, le lieu saint a été la cible à trois reprises d’attentats terroristes, dont une fusillade meurtrière en 1986 au cours de laquelle 22 personnes ont été tuées et des attentats à la bombe en 1992 et en 2003.

Le 15 novembre 2003, des véhicules remplis d’explosifs ont visé deux synagogues d’Istanbul, Neve Shalom et Beth Israel, faisant 30 morts et plus de 300 blessés. Les attentats avaient été revendiqués par une cellule turque d’Al-Qaïda.

Sous l’Empire ottoman, Istanbul, alors Constantinople, avait accueilli de nombreux Juifs chassés d’Espagne en 1492 qui y avaient trouvé un refuge paisible et y fondèrent parfois de prospères dynasties, jusqu’aux années 1930 où ils furent victimes de lois discriminatoires et de pogroms.

Le président a été accueilli par les responsables de la synagogue et la communauté avec des applaudissements joyeux et au son du shofar – une corne de bélier.

Herzog a a participé à une prière avec les représentants de la communauté pour notamment « la Turquie et le président Erdogan » mais aussi pour « nos frères et sœurs juifs de la communauté juive d’Ukraine ».

Il a déclaré que les Juifs turcs « ont joué un rôle énorme dans l’écriture de l’histoire du peuple juif », avec « une longue lignée de rabbins, de poètes, de sages, de commerçants, d’entrepreneurs et de dirigeants » venant du pays.

Ces « 500 Ans » de vie commune sont souvent mis en avant par les autorités turques, bien que le statut des Juifs turcs ait été parfois moins égalitaire que vanté.

15 000 juifs environ vivent aujourd’hui en Turquie, la plupart à Istanbul, contre 200 000 au début du 20e siècle.

Dans un communiqué, l’Alliance des Rabbins de pays musulmans s’est félicitée de la venue du président Herzog en Turquie et de sa rencontre la veille avec le président Erdogan, un « moyen de préserver la paix régionale, de promouvoir la tolérance et la compréhension mutuelle ».

« Vous êtes un symbole de solidarité, de tradition, de communauté qui fait face à tous les défis », a déclaré Herzog dans le lieu saint. « Je sais que la communauté juive ici en Turquie et aussi cette synagogue, Neve Shalom, ont subi de graves attaques terroristes. À mon grand regret, dans le monde entier, les écoles juives, les synagogues, les supermarchés et les commerces juifs étaient et sont toujours la cible des haineux. »

Le président a déclaré à l’assemblée que lors de leur rencontre de la veille, Erdogan lui avait dit qu’il croyait en « la nécessité de renforcer ce qui nous lie, toutes nations et religions confondues ».

« Plus encore en ces jours de guerre et de terrible tragédie en Ukraine, nous devons marcher sur le chemin des fils d’Abraham, un héritage de respect, d’acceptation et d’amitié », a déclaré Herzog.

Plus tard dans la journée, le président et son épouse, la Première Dame Michal Herzog, sont montés à bord d’un avion pour Israël.

Le président Isaac Herzog et son épouse Michal montent dans un avion à destination d’Israël après avoir terminé une visite d’État en Turquie, le 10 mars 2022. (Crédit : GPO)

Rencontre entre le Hamas et le Jihad islamique

Le groupe terroriste du Hamas a condamné la rencontre d’Erdogan avec Herzog, mais sans les citer nommément.

« Nous exprimons notre chagrin face à ces visites à nos frères des pays arabes et islamiques, que nous considérons comme la profondeur stratégique de notre peuple palestinien et leur juste cause nationale », a déclaré jeudi le groupe terroriste.

Le groupe terroriste du Jihad islamique – dont le principal mécène régional est l’Iran – a publié une dénonciation plus virulente du voyage de Herzog en Turquie.

« Ce voyage néglige le sang des martyrs turcs qui sont morts pour Gaza », a déclaré le Jihad islamique, une référence aux 10 citoyens turcs morts lors de l’incident du Mavi Marmara en 2010.

Dans le cadre des efforts de rapprochement, Israël aurait demandé à la Turquie d’expulser des responsables du Hamas.

S’exprimant de manière anonyme, une source de l’entourage du président a déclaré que des questions telles que l’activité du Hamas en Turquie, les relations avec les Palestiniens et d’autres questions politiques ont été abordées lors de la réunion entre Herzog et Erdogan mercredi.

La source a ajouté qu’il est naturel qu’il y ait des « délibérations » en Israël sur la manière de traiter « l’opportunité qui s’est présentée », ajoutant que « la question est de savoir si nous devons tourner le dos ou faire tout notre possible et profiter [de cette opportunité ] pour les deux peuples ».

En ce qui concerne le mécanisme de prévention des crises entre les deux pays, la source a déclaré que l’idée est d’examiner la résolution du cas de Mordy et Natali Oknin, un couple israélien, tous deux chauffeurs de bus, qui ont été arrêtés en novembre pour espionnage présumé après avoir photographié le palais d’Erdogan lors de vacances à Istanbul.

Natali et Mordy Oknin, qui ont été détenus en Turquie pendant une semaine parce qu’ils étaient soupçonnés d’espionnage, parlent aux journalistes quelques heures après avoir été libérés à leur domicile de Modiin, le 18 novembre 2021. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Herzog a participé aux efforts diplomatiques pour obtenir leur libération et après l’intervention d’Erdogan, ils ont été libérés. Israël a publiquement remercié le président turc pour ses actions.

La source a déclaré que l’affaire montrait comment des canaux de communication directs et un désir des deux côtés d’empêcher l’incident de monter en flèche dû à des « erreurs de calcul » y avait mis un terme. « Le mécanisme prévu devrait permettre l’examen des événements en temps réel avant que le récit ne soit amplifié par les médias », a expliqué la source.

Lors d’un incident qui a semé la confusion, Herzog et Erdogan ont annoncé que le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu se rendrait en Israël le mois prochain – mais cela a apparemment pris le ministère israélien des Affaires étrangères au dépourvu.

Le président Isaac Herzog à gauche, et le président turc Recep Tayyip Erdoğan au complexe présidentiel d’Ankara le 9 mars 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Le voyage de Herzog marque la première visite d’un responsable israélien depuis que la visite de l’ancien Premier ministre Ehud Olmert en 2008, et est considéré comme une étape importante vers la relance des relations de longue date entre les deux pays.

L’AFP a contribué à cet article.

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