Incendies à Gaza: après les cerfs-volants, les « ballons incendiaires »
Rechercher

Incendies à Gaza: après les cerfs-volants, les « ballons incendiaires »

Près de 1 750 hectares de terres ont brûlé alors que les Palestiniens lancent de manière répétée des dispositifs aériens chargés de combustible de l'autre côté de la frontière

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

بالونات حارقة من غزة

أسلوب جديد.. شاهد | شبان من غزة يطلقون بالونات حارقة وتتسبب في حرق أحراش داخل الأراضي المحتلة

Posted by ‎شبكة قدس الإخبارية‎ on Wednesday, 30 May 2018

Depuis les toutes premières semaines de la « marche du retour » à Gaza, les jeunes Palestiniens ont lancé des « cerfs-volants incendiaires » sur le territoire israélien, mettant le feu à de vastes pans de terrains, de champs agricoles et de réserves naturelles.

Plus récemment néanmoins, une nouvelle tactique de mise à feu a gagné en popularité le long de la clôture de sécurité. A la place de cerfs-volants, c’est un autre jeu d’enfant qui est maintenant lancé vers Israël : des ballons gonflés à l’hélium.

Le concept est le même : envoyer le dispositif aérien et laisser le vent de la côte le faire glisser sur le territoire israélien – où il pourra déclencher un incendie.

Cette tactique du ballon est utilisée depuis au moins un mois et demi mais elle a gagné en ampleur ces dernières semaines.

Au total, ce sont approximativement 1 750 hectares de terres variées qui ont brûlé au cours de plus de 250 feux ces deux derniers mois – plus de la moitié sur des réserves naturelles, selon les évaluations initiales.

Les pompiers éteignent un feu dans un champ de blé qui avait été allumé par des cerfs-volants incendiaires depuis la bande de Gaza en Israël, le 30 mai 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les autorités doivent encore déterminer combien de départs de feux ont été causés par des cerfs-volants et combien ont été déclenchés par des ballons. « Le terrorisme du cerf-volant » est devenu un terme fourre-tout pour définir le phénomène.

Lundi, il n’y avait pas de blessés à déplorer en raison des incendies. Mais le coût des dégâts est élevé et il devrait encore augmenter dans la mesure où rien ne semble indiquer que les Palestiniens de Gaza soient désireux de renoncer à cette tactique.

Les incendies – et, de manière spécifique, ceux qui éclatent dans les réserves naturelles – ont également fait des ravages dans la faune et la flore sauvages, selon les écologistes. Et de nouveaux feux sont déclenchés tous les jours.

Les ballons en eux-mêmes ne sont pas à l’origine des flammes destructrices – l’hélium est un gaz inerte – mais ils transportent des matériaux combustibles attachés à une longue corde. Dans certains cas, seulement quelques ballons sont utilisés. Dans d’autres, il s’agit d’un assemblage de nombreux ballons en latex, capables de transporter des dispositifs incendiaires bien plus significatifs.

Comme pour les cerfs-volants, l’armée israélienne doit encore trouver une réponse à cette menace. Un programme pilote utilisant des drones pour abattre les cerfs-volants et les ballons qui entrent sur le territoire s’est avéré être un échec, a commenté samedi soir la chaîne israélienne Kan.

أحراق الاحتلال تحترق مجددا شرق غزة

#خاص_صفا| مشاهد حصرية لحرق أحراش الاحتلال شرق مدينة #غزة بفعل طائرة ورقية أطلقها الشبان أمس

Posted by ‎وكالة صفا‎ on Sunday, 6 May 2018

Pour le moment, les moyens qu’Israël a à sa disposition pour combattre ces bombes artisanales aériennes restent la vigilance et la rapidité à réagir lors du déclenchement d’un incendie.

Les autorités, comme les agriculteurs, contrôlent le secteur et lorsqu’un cerf-volant ou un ballon est repéré, ils se précipitent sur les lieux afin d’éteindre les première flammes avant qu’elles ne puissent se propager.

Les agriculteurs creusent la terre autour des feux afin de l’empêcher de s’étendre jusqu’à l’arrivée des pompiers, chargés de l’éteindre entièrement.

Ce qui ne réussit pas toujours.

Les images de drone montrent les destructions massives causées par les cerfs-volants incendiaires dans la réserve naturelle de Beeri, adjacente à Gaza. (Crédit : DRONEIMAGEBANK)

Environ 1 000 hectares de réserves naturelles et de parc ont brûlé ces dernières semaines, selon un porte-parole de l’Autorité de la nature et des parcs qui a souligné que l’instance n’avait pas encore de preuve définitive à sa disposition de ce que tous ces incendies aient eu pour origine un cerf-volant ou un ballon.

Samedi encore, environ 30 hectares de la réserve naturelle de Carmia – approximativement un tiers du total du parc – ont été anéantis par les flammes, faisant de ce brasier l’un des plus importants depuis le début du phénomène des « cerfs-volants incendiaires ». La chaîne Hadashot a fait savoir qu’il y avait des soupçons que l’incendie de Carmia ait été allumé par un « ballon incendiaire » qui aurait permis aux flammes de se disperser en traversant la zone mais cette information n’a pas été confirmée. Les autorités ont fait savoir qu’elles enquêtaient encore sur ce départ de feu.

Plus de 500 hectares de terres agricoles ont été détruites, en majorité des champs de blé, selon l’Autorité fiscale, qui est en train de traiter les demandes d’indemnisation des cultivateurs de la zone.

En circulant dans le secteur, il est rare d’apercevoir un champ ou un bosquet d’arbres qui ne présente pas au moins une tache de terre roussie témoignant d’un feu allumé par un cerf-volant ou par un ballon.

Illustration : Un agriculteur israélien éteint un incendie dans son champ qui a été allumé par un cerf-volant incendiaire envoyé de Gaza aux abords du kibboutz de Nahal Oz, dans le sud d’Israël, le 14 mai 2018 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

En plus, environ 250 hectares de forêts du KKL ont brûlé, selon un porte-parole de l’organisation qui a ajouté que cette dernière procéderait à une évaluation finale des dégâts mardi.

L’Autorité fiscale a déclaré qu’aucune demande d’indemnisation n’avait été soumise par le KKL ou l’Autorité de la Nature et des parcs pour le moment.

Les pompiers éteignent un feu dans un champ de blé qui avait été allumé par des cerfs-volants incendiaires depuis la bande de Gaza en Israël, le 30 mai 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’Autorité fiscale a estimé que les dégâts commis aux terres agricoles seulement coûteront au moins cinq millions de shekels, qui devront être payés par le biais du fonds gouvernemental de compensation aux dégâts causés par une activité terroriste.

Dimanche, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé qu’afin de couvrir les coûts, le gouvernement retiendrait des fonds destinés à l’Autorité palestinienne.

Cette décision a entraîné une certaine perplexité chez les analystes israéliens qui ont souligné que l’AP ne contrôle pas la bande de Gaza. En effet, c’est le premier adversaire de l’Autorité, le groupe terroriste du Hamas, qui se trouve à la tête de l’enclave côtière depuis son coup d’état violent contre l’Autorité palestinienne, en 2007.

Sanctionner l’AP pour les actions du Hamas n’encouragera pas le groupe terroriste à mettre un terme à ses tactiques incendiaires. Cela pourrait même probablement entraîner l’effet opposé.

Une arme de la Seconde guerre mondiale

La tactique de l’utilisation des ballons incendiaires peut être une nouveauté à Gaza, mais son histoire remonte à des décennies.

Au cours de la Seconde guerre mondiale, le Japon a utilisé ce type de ballons contre les Etats-Unis, lançant 9 000 ballons remplis d’hydrogène, de taille immense, dans le jet-stream du Pacifique où les courants aériens les dirigeaient vers le territoire américain.

Approximativement 300 dispositifs de ce type avaient atteint les côtes d’Amérique du nord, causant relativement peu de dégâts. L’un d’entre eux aura été néanmoins responsable des décès des seuls victimes de la Seconde guerre mondiale sur les terres des Etats-Unis.

Le 5 mai 1945, une bombe incendiaire qui avait été lancée vers l’Amérique par un ballon japonais avait explosé dans la ville rurale de Bly, dans l’Oregon, tuant six personnes.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...