Isaac Mizrahi décrit, à sa façon, son enfance de juif syrien gay
Rechercher

Isaac Mizrahi décrit, à sa façon, son enfance de juif syrien gay

Le célèbre fashionista est au bord des larmes en lisant un extrait de ses mémoires "I.M." au Film Forum de Manhattan dans le cadre de la projection de son film à succès "Unzipped"

Le couturier Isaac Mizrahi est applaudi après avoir présenté sa collection printemps 2011, le jeudi 16 septembre 2010, lors de la Fashion Week à New York. (AP Photo/Bebeto Matthews)
Le couturier Isaac Mizrahi est applaudi après avoir présenté sa collection printemps 2011, le jeudi 16 septembre 2010, lors de la Fashion Week à New York. (AP Photo/Bebeto Matthews)

NEW YORK – On aurait pu penser que voir défiler sous ses yeux ses 25 années de métier et son passage du statut d’anonyme à celui de célébrité lui aurait inspiré une réaction poignante. Pourtant, quand Isaac Mizrahi est monté sur scène jeudi après la projection spéciale de « Unzipped », son premier commentaire concernait le nombre de restaurants chinois à emporter dans le quartier de Greenwich Village : « Je ne sais plus ce que mangent les Juifs ! »

« Unzipped » [sorti en 1998 en France sous le titre « Dégrafées, déboutonnées, dézippées », ndlr], un documentaire auto-produit, tiré des coulisses de la conception et la mise en scène par Isaac Mizrahi de sa ligne de vêtements pour la saison 1994, a fait fureur en 1995, année de sa sortie réussie aux États-Unis. (C’est jusqu’à ce jour, le 91e documentaire le plus lucratif jamais réalisé). Il n’est pas nécessaire d’avoir des connaissances en haute couture pour l’aimer (je m’offre un schlump de bonne foi comme preuve), mais le film primé, réalisé par Douglas Keeve (un débutant et petit ami du créateur à l’époque) figure parmi les meilleurs portraits jamais réalisés d’un artiste en train de s’émouvoir de son métier.

Cela ne dérange personne qu’à chaque fois que le couturier ouvre la bouche, c’est comme si Dorothy Parker lui glissait une réplique à l’écran. L’ancien élève de yeshiva de la communauté juive syrienne de Brooklyn a suivi des cours pour devenir acteur, tout en tombant amoureux de la création de vêtements, alors devenir « Isaac Mizrahi », le personnage à la langue bien pendue occupant le paysage télévisé américain depuis des décennies, était une évolution naturelle.

Le Manhattan’s Film Forum accueille le créateur, et lui donne un petit moment pour présenter ses nouvelles mémoires, « I.M ». L’événement principal, « Unzipped », dure 73 minutes. Isaac Mizrahi et Bruce Goldstein, le légendaire programmeur de répertoire du Film Forum, se sont mis d’accord pour un total de 46 films après la projection.

« Allez sur ma chaîne YouTube et suivez-moi sur ce putain d’Instagram, vous voulez bien ? » a-t-il crié de façon ludique quand un membre du public a dit qu’elle adorait regarder ses interviews. « Et pas l’Instagram professionnel, même si c’est bien aussi. C’est juste pour la vente de robes. Suivez-moi pour voir des photos de mon chien et de mes hamburgers ! »

Être honnête à 100 % en tout temps est au cœur de son succès en tant qu’artiste de divertissement. (En plus de dessiner des vêtements, il organise des soirées cabaret – « Je suis le Bobby Short des Juifs ! ») Il ne s’est pas retenu pendant la discussion. « Les acheteurs sont les gens les plus stupides de la planète ! » a-t-il gloussé, suivi d’un « désolé s’il y a des acheteurs dans le public, mais vous êtes tous stupides. »

Cette remarque a été inspirée par l’aveu que l’arc narratif de « Unzipped » – ayant reçu de mauvaises critiques, ce qui l’a poussé à tenter de séduire les critiques de mode en 1994 – a été un peu exagéré. « Je me fiche de la critique. Je veux juste vendre des vêtements. Et si vous avez de mauvaises critiques, les acheteurs ne les regarderont pas. »

Sa cible suivante est le Council of Fashion Designers of America [conseil des créateurs de mode américains – CFDA]. « Je ne supporte pas le CFDA », soupira-t-il. Plus tôt dans sa carrière, il a été en mesure de rendre ses défilés peu coûteux en donnant aux mannequins stars des vêtements de valeur plutôt que de les payer. « Le CFDA en a eu vent ». Heureusement, « Unzipped » a été tourné avant que cette règle ne soit appliquée, il y a donc de grandes scènes avec Naomi Campbell, Cindy Crawford, Kate Moss, Linda Evangelista et tous les autres top models du milieu des années 1990.

Isaac Mizrahi, (à gauche), avec Bruce Goldstein, programmateur du Film Forum, le jeudi 13 juin 2019. (Autorisation)

Il y a aussi, bien sûr, la vraie star, Sarah, la mère juive d’Isaac Mizrahi, qui adore la première tenue qu’Isaac a conçue pour qu’elle la porte durant les grandes fêtes. La scène la plus drôle dans tout le film est quand elle commence à donner des conseils alors qu’il panique avant le spectacle. « J’ai un très bon œil ! » lui rappelle-t-elle alors qu’il se plonge dans une baignoire, comme s’il voulait se noyer.

Sarah Mizrahi est toujours parmi nous à l’âge de 92 ans, et a été l’une des sources d’inspiration d’Isaac pour écrire « I.M. ».

Il y avait un grand conflit entre le fait d’être homosexuel et le fait d’appartenir à cette communauté juive, et quand j’ai accepté d’écrire le livre, ma mère m’a dit : « Tu dois être honnête », a-t-il raconté. « Elle m’a donné carte blanche pour dire la vérité. Puis je l’appelais pour lui demander des détails sur les choses. ‘Tu te souviens de l’époque où…’ et elle disait : ‘Oh, tu ne peux pas raconter cette histoire !' »

« Puis je lui demandais : ‘Tu te souviens de cette fois où…’ et elle disait : ‘Isaac, chéri, c’est ton livre, fais-le toi-même !' »

Le couturier a lu des passages touchants de « I.M. », sur son désir de jouer avec Barbie, mais de recevoir à la place le G.I. Joe plus masculins pour Hanoukka. (« La première chose que j’ai faite a été de perdre le petit Uzi, mais je n’ai fait aucun effort pour le retrouver, car je n’avais aucune intention de l’envoyer au combat. »)

Isaac Mizrahi, (à gauche), s’entretient avec Bruce Goldstein, programmateur du Film Forum, lors de la projection de « Unzipped » et de la lecture de ses mémoires, « I.M », au Manhattan’s Film Forum, jeudi 13 juin 2019. (Jordan Hoffman/Times of Israel)

Il a aussi lu l’histoire de la façon dont il est sorti du placard avec sa mère, « qui a pleuré, plus par obligation mélodramatique que pour toute autre raison ».

Les moments de la vie amoureuse et de l’éducation d’Isaac Mizrahi ne sont pas inclus dans « Unzipped », qui se veut un film à l’improviste et propulsif. On peut vraiment le classer dans la catégorie des films à suspense, le final passant du noir et blanc à la couleur comme une séquence action-aventure. Cela fait du caractère confessionnel de « I.M. » un excellent complément.

Le parcours du documentaire de la production maison à la réussite cinématographique est aussi amusant. Il a remporté le prix du public à Sundance, et une compagnie de distribution était prête à le récupérer. Comme Mizrahi l’avait financé lui-même (« J’allais finir en prison s’il ne se vendait pas »), c’était un soulagement – jusqu’à ce que cette compagnie commence à parler de le rééditer. « J’ai dit, stop, stop, je ne peux plus regarder ce film une seconde de plus ! Je préfère aller en prison », se rappelle Mizrahi.

Une photo du film d’Isaac Mizrahi, « Unzipped ». (Capture d’écran YouTube)

Harvey Weinstein l’a acheté par la suite, convenant que le film était bien comme il était. Mizrahi a fait une grimace à la mention du nom de Weinstein (« C’est comme voir un mot sale ! » la femme derrière moi a sifflé en voyant le logo Miramax dans le générique d’ouverture) et ne s’est pas trop attardé sur cet ancien magnat tombé en disgrâce. Il a ajouté qu’au fil des ans, chaque fois qu’il rencontrait Weinstein, ce dernier disait « Oh, c’était un grand film que nous avions fait ensemble », et Mizrahi se disait : « Que voulez-vous dire par nous ? Je l’ai fait, tout ce que tu as fait, c’est le mettre dans les cinémas ! »

Il vaut la peine de revoir « Unzipped » (ne serait-ce que pour voir à quoi ressemblaient les documentaires quand ils étaient tournés sur pellicule, pas en vidéo), et « I.M. » est à la fois drôle et touchant. Pour en savoir encore plus sur Isaac, eh bien, comme le dit l’homme – allez sur sa chaîne YouTube et suivez-le sur Instagram.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...