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Israël s’abstient de signer une déclaration de l’ONU sur les Ouïghours

Le ministère des Affaires étrangères déclare avoir exprimé sa préoccupation sur le sujet dans le passé ; il faut équilibrer les intérêts variés du pays, explique un diplomate

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Zhang Jun, représentant permanent de la chine aux Nations unies, pendant une réunion du Conseil de sécurité, au cours de la 76è Assemblée générale de l'instance à New York, le 23 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/John Minchillo, Pool)
Zhang Jun, représentant permanent de la chine aux Nations unies, pendant une réunion du Conseil de sécurité, au cours de la 76è Assemblée générale de l'instance à New York, le 23 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/John Minchillo, Pool)

Dans un effort visant à apaiser la Chine, l’État d’Israël s’est abstenu de signer une déclaration conjointe des Nations unies, la semaine dernière, qui exprimait l’inquiétude de l’instance concernant le traitement réservé par Pékin à sa communauté musulmane Ouïghour, a déclaré dimanche un responsable israélien de la diplomatie au Times of Israel .

Quarante-trois pays ont signé cette déclaration initialement voulue par la France qui a appelé la Chine à « garantir le plein respect de l’État de droit » dans la région du Xinjiang. Des « informations crédibles » indiquent l’existence d’un large réseau de camps « de rééducation politique » où plus d’un million de personnes ont été « arbitrairement placées en détention ».

Parmi les pays signataires, l’Australie, le Canada, l’Allemagne, le Japon, la Pologne, la Turquie, le Royaume-Uni et les États-Unis.

La mission israélienne a bien reçu le texte dans un premier temps mais a décidé de ne pas apporter son soutien à l’initiative, a confirmé un diplomate européen.

Interrogé sur le sujet, le ministère des Affaires étrangères a déclaré dans un communiqué que « Israël a exprimé son inquiétude concernant les Ouïghours par le biais de tribunes diplomatiques variées. Un exemple en est la signature de la déclaration canadienne [sur les Ouïghours] au mois de juin au Conseil des droits de l’Homme. Notre positionnement sur cette question n’a pas changé ».

Détaillant le processus décisionnaire sous couvert d’anonymat, un responsable israélien de la diplomatie a déclaré que Jérusalem avait « d’autres intérêts à mettre dans la balance » en plus de sa préoccupation sur les droits de l’Homme dans la région du Xinjiang.

Sur cette photo d’archive du 20 septembre 2018, un enfant ouïghour joue seul dans la cour d’une maison du Unitiy New Village à Hotan, dans la région du Xinjiang, dans l’ouest de la Chine. (Photo AP / Andy Wong, File)

Selon un diplomate occidental, la Chine renforce chaque année ses pressions de manière à dissuader les membres de l’ONU d’apposer leur signature sur de telles déclarations – notamment en menaçant de ne pas renouveler une mission de paix dans un pays donné ou en empêchant d’autres États d’ouvrir une nouvelle ambassade en Chine.

L’ambassadeur chinois aux Nations unies, Zhang Jun, a dénoncé la dernière déclaration de jeudi en évoquant « des mensonges » et « un complot visant à porter préjudice à la Chine ».

Alors qu’il lui était demandé s’il avait été en contact avec ses homologues israéliens concernant le texte de la France, un porte-parole de la mission chinoise aux Nations unies n’a pas répondu au Times of Israel.

L’État juif avait signé une déclaration presque identique contre la Chine suite aux « encouragements » de l’administration Biden, a confié un officiel israélien qui a néanmoins clairement établi que Jérusalem soutenait, quoi qu’il en soit, le texte le plus récent.

Mais le gouvernement israélien a aussi rejeté certaines initiatives prises par les États-Unis pour le convaincre de ne pas élargir les liens économiques tissés avec la Chine, qui a aussi figuré parmi les critiques les plus féroces de l’État juif aux Nations unies concernant son traitement des Palestiniens.

Un haut-responsable de la diplomatie qui s’adressait aux journalistes après la visite effectuée par le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, au début du mois, avait expliqué que « l’importance de la Chine pour l’économie israélienne est très significative et nous devons trouver un moyen de parler [de la question des Ouïghours] d’une manière qui ne porte pas préjudice aux intérêts d’Israël ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le président chinois Xi Jinping, à Pékin, le 21 mars 2017. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Avant la visite de Lapid, un haut-responsable du département américain avait déclaré au cours d’un point-presse que le secrétaire d’État Anthony Blinken aurait un dialogue « franc » avec son homologue israélien « s’agissant des risques pour nos intérêts sécuritaires nationaux mutuels résultant d’une étroite coopération avec la Chine ».

Au début du mois, un responsable israélien avait indiqué au ToI que Jérusalem souhaitait modifier ses relations avec la Chine et que l’État juif n’avait pas hésité à critiquer les antécédents de Pékin en termes de droits de l’Homme dans les forums internationaux. Toutefois, Israël, ainsi que d’autres alliés, a été rebuté par les demandes soumises par les Américains de rejeter des appels d’offres soumis par certaines firmes chinoises qui, par ailleurs, travaillent sur le territoire des États-Unis.

Dans un contexte de guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine qui s’est accrue et qui s’est tendue, ces dernières années, sous les administrations Trump et Biden, Israël et la Chine voient pour leur part leurs relations se réchauffer et Pékin s’intéresse de (très) près aux innovations de l’État juif, en particulier dans les secteurs des technologies médicales, de la robotique, des technologies alimentaires et de l’intelligence artificielle.

La principale préoccupation de Washington est un potentiel « double usage » des technologies variées – qui peuvent servir à des fins militaires ou civiles. En même temps, Israël a des régulations en place qui permettent d’empêcher la vente de technologies liées au domaine militaire à la Chine et à d’autres pays, suite à un accord conclu en 1990 dans lequel l’État juif avait renoncé à vendre des systèmes radar de pointe à Pékin face à l’opposition farouche des États-Unis.

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