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« La Belle de Jérusalem » rejoint les films et séries mettant en vedette le ladino

Le dialecte, parlé par les communautés juives de l’Empire ottoman et d’Afrique du Nord qui avaient fui l’Inquisition espagnole, retrouve un second souffle

Israel Ogalbo et Mali Levi dans "La Belle de Jérusalem" des Studios Yes  (Crédit : Autorisation de Nati Levi)
Israel Ogalbo et Mali Levi dans "La Belle de Jérusalem" des Studios Yes (Crédit : Autorisation de Nati Levi)

JTA – « La Belle de Jérusalem », visible sur Netflix depuis le week-end dernier, a fait la Une des journaux, vantant l’une des productions les plus élaborées et les plus coûteuses de l’industrie télévisuelle israélienne.

La série, qui suit une famille de Juifs séfarades espagnols vivant à Jérusalem au début du 20ème siècle, met également en vedette le ladino – ce dialecte séculaire parfois appelée judéo-espagnol qui combine l’espagnol médiéval, l’hébreu, l’araméen, le turc, le grec, l’arabe et d’autres influences encore.

Parlé par les communautés juives de l’Empire ottoman et d’Afrique du Nord qui avaient fui l’Inquisition espagnole en 1492, le ladino n’est aujourd’hui parlé que par quelques centaines de milliers de locuteurs, selon diverses estimations savantes. Ces dernières années, il a connu un certain regain grâce à des Juifs désireux de renouer avec la langue de leurs ancêtres.

Le ladino se fait particulièrement rare à la télévision et au cinéma. Mais les journalistes de la JTA sont parvenus à rassembler une liste de films et séries de 1973 à nos jours, comportant plus ou moins de ladino parlé, et disponibles à la location ou en diffusion gratuite en ligne.

Haberes buenos! (C’est une « bonne nouvelle », en Ladino.)

Une photo de groupe des personnages principaux du nouveau mélodrame « La Belle de Jérusalem », diffusé sur Netflix depuis le 20 mai 2022 (Crédit: Autorisation Yes Studios)

« La maison de la rue Chelouche », Israël (1973)

Le regretté réalisateur israélien Moshé Mizrahi, trois fois nominé pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, en a remporté un pour le film français, « Madame Rosa ». Pour « La maison de la rue Chelouche», il a exploité sa propre histoire et celle de sa famille pour raconter la saga d’une famille d’immigrants égyptiens séfarades installés dans un quartier ouvrier de Tel Aviv en 1947, en pleine tourmente avant la création de l’État d’Israël. Par son étude minutieuse de la manière dont tensions domestiques et intracommunautaires peuvent croiser les événements historiques, le film montre une époque révolue de la culture séfarade. Il est diffusé gratuitement sur Dailymotion en deux parties. – Asaf Shalev

« Every Time We Say Goodbye », États-Unis (1986)

Tom Hanks interprète dans ce film, également réalisé par Mizrahi, le rôle d’un pilote américain, enrôlé dans la Royal Air Force britannique avant la Seconde Guerre mondiale, forcé de se rétablir de ses blessures dans un hôpital de Jérusalem…où il tombe amoureux d’une beauté séfarade. Problème : il est fils d’un pasteur protestant, et sa famille n’approuve pas. Ce film a la particularité d’être la production avec Tom Hanks qui a eu le moins de succès au box-office, mais regardez-le tout de même pour les décors. Il est diffusé gratuitement sur Tubi, et le ladino y est crédité. – Ron Kampeas

« La troisième moitié », Macédoine du Nord (2013)

Ce film sur la Shoah raconte une autre histoire d’amour interdite, entre une star du football et une femme juive macédonienne, en plus de l’histoire d’une équipe macédonienne qui tente de sauver la vie de son entraîneur juif. Le film, qui s’inspire d’événements réels, dépeint la collaboration du régime pronazi bulgare dans la déportation des Juifs non bulgares – ce qui a provoqué l’ire de certains politiciens et intellectuels bulgares au moment de la sortie du film. On peut le trouver gratuitement sur YouTube avec des sous-titres en anglais. – Ron Kampeas

« Rhapsodie bulgare », Bulgarie (2014)

Ce point culminant d’une trilogie du réalisateur Ivan Nitchev sur les Juifs en Bulgarie et dans les pays voisins met en scène un triangle amoureux juif dans la période précédant la Shoah.

Coproduit avec Israël, il est interprété par des acteurs israéliens. Le film a permis à la Bulgarie d’entrer dans la course aux Oscars du meilleur film étranger, provoquant une certaine controverse au sein-même du pays. On peut le voir en streaming sur la plate-forme spécialisée dans les productions juives, Chai Flicks. –– Ron Kampeas

« Dimanche nuageux », Grèce (2015)

L’amour interdit est clairement un thème souvent associé au ladino. Dans le tumulte de l’année 1943 et Thessalonique occupé par les Allemands, une jeune fille juive et un garçon chrétien luttent pour surmonter les préjugés et la peur, alors qu’ils tombent amoureux et que les brutalités contre la communauté juive s’intensifient. Ce film est également diffusé gratuitement sur Tubi. – Cnaan Liphshiz

« Sefarad », Portugal (2019)

En 1496, le roi D. Manuel interdit le judaïsme au Portugal. À peine 400 ans plus tard, Barros Basto, un capitaine de l’armée portugaise, s’est converti au judaïsme et une vingtaine de marchands juifs ont fondé la communauté juive de Porto, dans le nord du pays. Grâce aux revenus tirés de l’examen par le groupe communautaire des demandes de citoyenneté portugaise, la communauté juive de Porto a réalisé un film à budget exceptionnellement élevé sur cette histoire. Il est diffusé sur Amazon Prime. – Cnaan Liphshiz

« Le Club », Turquie (2021)

Cette mini-série turque jette un regard sans fard sur la façon dont les nationalistes turcs ont maltraité et marginalisé les Juifs et d’autres minorités dans l’Istanbul des années 1950. Et à travers son évocation du judaïsme religieux – des règles du Shabbat à la tradition d’embrasser la mezouza en entrant dans une pièce en passant par des scènes tournées dans des synagogues turques – la série a été une révélation pour de nombreux Juifs turcs, habitués aux stéréotypes dans lesquels les productions turques enferment les personnages juifs. Le turc est la langue principale de la série, mais il y a un peu de ladino, en particulier dans l’envoûtante bande son. La série est diffusée sur Netflix. –– Ron Kampeas

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