La capitale européenne de la culture 2016 n’en a toujours pas fini avec l’antisémitisme
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La capitale européenne de la culture 2016 n’en a toujours pas fini avec l’antisémitisme

Des manifestants anti-réfugiés avaient brûlé l'effigie d'un Juif orthodoxe lors d'une manifestation le 18 novembre

Les manifestants anti-réfugiés brûlent l'effigie d'un Juif orthodoxe lors d'une manifestation à Wroclaw le 18 novembre 2015 (Crédit : Capture d'écran Gazeta Wyborcza)
Les manifestants anti-réfugiés brûlent l'effigie d'un Juif orthodoxe lors d'une manifestation à Wroclaw le 18 novembre 2015 (Crédit : Capture d'écran Gazeta Wyborcza)

Le Grand Réveil: c’est l’ambition de la ville polonaise de Wroclaw, ex-Breslau allemande, qui va devenir à partir de ce week-end la « capitale européenne de la culture » en 2016.

Cette désignation confirme également une nouvelle fois la réconciliation polono-allemande, au moment où les relations entre Varsovie et Berlin traversent une période de froid.

« Nous n’avons aucun problème avec les Allemands, nous avons plutôt de la sympathie pour eux, depuis qu’ils acceptent que ce qui est arrivé en 39-45, c’était de leur faute », estime Amanda Rozanska, sculpteur et céramiste qui vit à Wroclaw depuis plus de 60 ans.

Le Grand Réveil est le nom donné à un show de rue mis en scène par Chris Baldwin, l’ordonnateur des Jeux olympiques de Londres, avec l’aide du créateur français de spectacles visuels Philippe Geffroy.

Dimanche après-midi, quatre défilés de danseurs et musiciens, conduits par quatre Esprits – Multiples Confessions, Innovation, Reconstruction et Flux – convergeront vers la vieille place du Marché pour offrir un récit « polyphonique » de l’histoire de Wroclaw.

Plus de 100 événements, dont l’exposition du sculpteur espagnol Eduardo Chillida et une série de concerts dédiés au compositeur grec Iannis Xenakis, mais aussi un « festival de food trucks », petites camionnettes de restauration, accompagneront le lancement de la fête culturelle qui se déroule parallèlement dans l’autre « capitale européenne » 2016, San Sebastian en Espagne.

Deux moments forts similaires suivront le Grand Réveil : « Flux », le 11 juin et « Toile du Ciel », le 17 décembre, pour clore l’année.

Certes, la quatrième ville de Pologne, centre universitaire et industriel, particulièrement dynamique depuis la chute du communisme, sous la houlette de son maire Rafal Dutkiewicz, est loin d’être endormie : patrie de l’homme de théâtre célébrissime Jerzy Grotowski, elle accueille aussi entre autres le festival du film « Nowe Horyzonty », un grand rendez-vous baptisé « Jazz sur l’Oder ». Elle s’est en outre enrichie tout récemment d’une salle de concert, le Forum national de la musique, parmi les plus modernes du monde.

Sous le communisme, Wroclaw avait été le berceau du groupe d’opposition radical Solidarité combattante et d’un mouvement contestataire d’inspiration anarcho-surréaliste, Alternative Orange.

‘Acceptation totale du passé allemand’

Mais, peut-être en raison de son passé millénaire complexe – polonais, tchèque, intégrée à l’empire des Habsbourg, puis forteresse hitlérienne Festung Breslau – Wroclaw peinait à trouver son identité.

La ville fut rasée à 70 % par les bombardements soviétiques en 1945. Peuplée, après le départ des Allemands, par les Polonais venus notamment de Lwow, désormais Lviv en Ukraine, accueillant aussi d’importants groupes de Juifs et de Grecs immigrés, Wroclaw était une sorte de melting-pot est-européen, à l’identité floue mais à l’esprit pionnier.

Un Monument à la Mémoire Commune – un mur de granite formé de dalles provenant des cimetières allemands rasés sous le communisme – a été érigé, où les descendants d’anciens habitants allemands, venus visiter Wroclaw, peuvent se recueillir.

Un « pont littéraire » avec le passé a été jeté par un écrivain de Wroclaw, Marek Krajewski.

Dans une série de romans policiers noirs, traduits en allemand et 17 autres langues, dont le personnage central est le détective Eberhard Mock, il raconte avec une foule de détails précis la vie quotidienne de Breslau allemande d’entre-deux-guerres, ses rues, ses restaurants et ses bordels.

La communauté juive a vécu une renaissance et est aujourd’hui l’une des plus dynamiques de Pologne

Mais des traces de l’antisémitisme n’ont pas entièrement disparu : en novembre dernier la justice a ouvert une enquête après une manifestation anti-migrants, organisée par le groupuscule nationaliste ONR (Camp national-radical), sur la place du Marché de la ville au cours de laquelle un mannequin représentant un Juif avait été brûlé.

« Si Wroclaw aspire à porter le titre de la Capitale européenne de la Culture et non du Ku-Klux-Land, il doit vite faire face à sa honte », avait alors écrit le Pen Club dans une déclaration. « C’est un acte néo-nazi de l’exécution de la peine de mort in effigie, sur un coupable imaginaire », avait souligné le Pen Club polonais, demandant que « les plus hautes autorités du pays mettent fin le plus rapidement aux excès racistes de plus en plus audacieux en Pologne ».

Le parquet a été saisi par le maire de Wroclaw (sud-ouest) Rafal Dutkiewicz auquel il a transmis un enregistrement vidéo de la manifestation, en soulignant que « vraisemblablement, pendant que le feu était mis, on entendait des cris ‘Nous brûlons un mannequin de Juif' ».

Selon le parquet, cité par l’agence PAP, l’enquête a été ouverte pour « insulte publique à une partie de la population ou à une personne, en raison de leur appartenance nationale, ethnique, raciale ou religieuse », un délit qui entraîne une peine maximale de trois ans de prison.

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