La Haganah redoutait une infiltration d’Eichmann après la Deuxième Guerre mondiale
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La Haganah redoutait une infiltration d’Eichmann après la Deuxième Guerre mondiale

Des officiers du renseignement avant la formation de l’État avait des nazis sur une liste de surveillance en Palestine sous mandat britannique

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Détails d'une liste de la Haganah datant de 1947 décrivant Adolf Eichmann et l'avertissement de sa capacité à infiltrer la Palestine sous mandat britannique et de se faire passer pour un Juif. (Crédit : autorisation Kedem Auction House)
Détails d'une liste de la Haganah datant de 1947 décrivant Adolf Eichmann et l'avertissement de sa capacité à infiltrer la Palestine sous mandat britannique et de se faire passer pour un Juif. (Crédit : autorisation Kedem Auction House)

Un document récemment découvert montre qu’un réseau secret de chefs du renseignement juifs d’avant la création de l’État craignaient une fuite possible d’Adolf Eichmann vers la Palestine sous mandat britannique à la suite de la Deuxième Guerre mondiale.

Cela n’aurait pas été la première viste d’Eichmann en Terre Sainte.

En 1937, il avait fait le tour de la Palestine, avant d’être rapidement expulsé par les Britanniques, avec le but de discuter de l’immigration juive à grande échelle avec des dirigeants arabes.

Sur le document jaune datant du 20 octobre 1947, il est écrit qu’à cause de la « vaste expérience » d’Eichmann lorsqu’il travaillait dans le département juif des nazis, la division du renseignement militaire Shay de la Haganah, d’avant la formation de l’Etat, redoutait qu’il puisse tenter d’infiltrer Israël et de se faire passer pour Juif.

Eichmann, qui avait dirigé le Musée scientifique des affaires juives SD des nazis, était « l’expert juif » auto-proclamé de la Gestapo. Le document cite sa connaissance de l’hébreu et du yiddish, et ses compétences organisationnelles en tant qu’officier juif nazi de haut niveau.

Le « Pamphlet d’Alerte » de huit pages est une liste interne de criminels sous la surveillance de la Haganah. Chaque page est remplie de portrait de suspects, leur description physique, pourquoi ils sont sur la liste et ce qu’on devrait faire avec eux une fois arrêtés.

Le profil d’Eichmaan est présenté à la page 8 où il est âgé autour des 40 ans, d’une taille d’environ 1m76, des jambes tordues et un physique svelte. On le présente comme ayant des cheveux blonds, un front haut, des lèvres fines des yeux gris bleu, un grand nez fin et légèrement courbé avec des grandes narines. Un portrait d’un Eichmann plus jeune en vêtements civils est également inclus.

En 1947, lorsque le document a été publié, Eichmann, né Otto Adolf Eichmann, s’était déjà échappé d’un camp de détention de l’armée américaine sous le nom d’Otto Ackmann. Selon Yad Vashem, après son évasion en janvier 1946, « il s’est caché dans une ferme pendant quelques mois avant d’aller vivre dans la zone d’occupation britannique sous l’identité d’emprunt d’Otto Henninger ».

A l’insu de l’unité de renseignement du Shay, Eichmann a reçu en 1950 un « certificat d’indulgence » par l’Eglise catholique avec laquelle il ferait le passage de l’Italie à l’Argentine sous le nom de « Ricardo Klement ». Il a utilisé ce pseudonyme jusqu’à sa capture par le Mossad, service secret israélien, le 20 mai 1960.

L’agence de renseignement était pourtant certainement au courant du voyage en Palestine en 1937 d’Eichmann qui a conduit à son organisation du Bureau central de l’Emigration juive (Zentralstelle für jüdische Auswanderung) en 1938 à Vienne. Selon le Musée mémorial de l’Holocauste des Etats-Unis, « l’Office central ‘a facilité’ » l’émigration de 110 000 Juifs autrichiens entre août 1938 et juin 1939.

Le document du 1947 sera vendu aux enchères le 8 septembre par la maison de vente Kedem basée à Jérusalem à un prix de départ de 500 dollars. La maison de vente a déjà vendu de nombreux documents liés au procès d’Eichmann à 12 000 dollars.

Selon Meron Eren, le propriétaire de Kedem, le livret est extrêmement rare, et étant un document interne et secret d’une organisation secrète opérant sous le mandat britannique, il doute que plus que quelques dizaines d’exemplaires aient été imprimés.

« Ce document est l’objet le plus ancien connu de la relation émotionnelle et conséquente qu’ont entretenu Israël et les Israéliens avec Eichmann, » dit Eren.

Pour Eren, le document révèle « la peur de l’influence nazie même après la guerre » chez les dirigeants d’avant la création de l’État.

« Le document atteste également des compétences développées par les organes de sécurité du futur État, qui ne se basent pas sur l’espionnage britannique, mais ont tout de même réussi à faire face à la capacité géniale d’Eichmann à se dissimuler au fil des ans, » a-t-il dit.

Les caches d’Eichmann en Argentine ont finalement été pénétrées, et après sa capture en 1960, il a été transféré en Israël, où il a été jugé en 1961. Bien que déclaré non coupable d’avoir personnellement commis des meurtres, Eichmann a été reconnu coupable pour avoir joué un rôle clé dans le génocide du peuple juif et condamné à mort le 15 décembre 1961.

Après des appels et une visite de sa femme Vera, Eichmann a été pendu le 1er juin 1962, et incinéré quelques heures plus tard. Ses cendres ont été dispersées en mer Méditerranée en dehors des eaux territoriales de l’Etat d’Israël.

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