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La Haute Cour a confirmé l’acquittement des hommes qui ont lynché Haftom Zarhum

Un panel de trois juges ont rejeté l'appel des procureurs, estimant que les accusés n'ont pas agi par malveillance et qu'ils pensaient être face à un "dangereux terroriste"

Images d'une caméra de sécurité montrant un Erythréen essuyant des tirs dans la gare routière centrale de Beer Sheva soupçonné d'être un terroriste, le 18 octobre 2015. (Capture d'écran : Deuxième chaîne)
Images d'une caméra de sécurité montrant un Erythréen essuyant des tirs dans la gare routière centrale de Beer Sheva soupçonné d'être un terroriste, le 18 octobre 2015. (Capture d'écran : Deuxième chaîne)

La Cour suprême a confirmé jeudi l’acquittement par une juridiction inférieure de deux hommes pour leur rôle dans le lynchage en 2015 d’un migrant érythréen qui avait été pris pour un terroriste palestinien.

Les procureurs avaient fait appel de la décision de 2020 du tribunal de district de Beer Sheva concernant le doute raisonnable dans l’affaire contre Yaakov Shimba, à l’époque soldat de Tsahal, et Ronen Cohen, qui était un officier du service pénitentiaire israélien.

Cependant, les juges Yosef Elron, Alex Stein et Gila Kanfi-Steinitz ont déclaré qu’il n’y avait aucune raison d’intervenir.

« Nous devons être très prudents, comme nous sommes maintenant tenus de l’être, des années après les faits, en examinant les actions des personnes impliquées dans un tel incident », a déclaré le juge Elron, notant qu’il s’est produit au milieu d’une vague d’attaques terroristes.

Selon lui, les preuves indiquent que ce n’est pas « la soif de vengeance qui les a motivés dans leurs actions », mais plutôt le sentiment de réagir à une attaque terroriste. Elron a noté que la victime est décédée des suites de blessures par balle qu’elle avait déjà reçues d’autres personnes lorsque les deux hommes l’ont battu.

Dans les minutes qui ont suivi un attentat terroriste à la gare routière de Beer Sheva le 18 octobre 2015, Haftom Zarhum, 29 ans, un spectateur innocent, a été abattu par deux soldats et un agent de sécurité qui pensaient qu’il était l’auteur de l’attentat. Alors qu’il gisait en sang sur le sol, une foule de passants en colère – croyant qu’il était le terroriste responsable – l’a battu, certains d’entre eux lui assénant de puissants coups à la tête et le frappant avec un banc en métal. Il est mort quelques heures plus tard dans un hôpital, et une autopsie a conclu que la cause principale du décès était les blessures par balle.

L’attaque a été perpétrée par Muhanad Alukabi, 21 ans, originaire d’un village bédouin non reconnu du Néguev. Il a d’abord ouvert le feu avec un pistolet, tuant le soldat Omri Levi, dont il a pris l’arme de service pour blesser 11 autres personnes. Il a été tué lors d’une fusillade avec la police après s’être terré dans des toilettes.

Haftom Zarhum, 29 ans, a succombé à ses blessures le 19 octobre 2015, quelques heures après avoir été abattu et battu par une foule qui l’a pris pour un assaillant de l’attaque terroriste de Beer Sheva le 18 octobre 2015. (Crédit: Courtoisie)

Shimba, Cohen et deux autres hommes, qui ont été filmés par les caméras de vidéosurveillance en train de passer à tabac Haftom Zarhum, ont été accusés d’avoir « causé des blessures avec une intention grave », un délit passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 20 ans de prison. Contrairement aux deux autres accusés, ils n’ont pas accepté un accord qui réduirait l’accusation et donnerait lieu à une peine relativement clémente.

Selon l’acte d’accusation, à la suite de l’attaque, Shimba a donné de violents coups de pied à Haftom Zarhum à la tête et sur le haut du corps. Cohen lui a jeté un banc sur la tête, qu’il a repris après qu’un autre homme l’a éloigné pour de nouveau le faire tomber sur l’homme couché sur le ventre.

Cohen avait également bousculé un civil qui lui avait demandé d’arrêter son attaque, selon les accusations.

Malgré le fait que la victime était déjà gravement blessée, le juge Aharon Mishnayot a déclaré lundi que l’argument des deux hommes – qu’ils l’avaient roué de coups parce qu’ils pensaient sincèrement qu’il était le terroriste – était suffisant pour justifier un acquittement.

Les deux autres accusés du lynchage, Evyatar Dimri et David Muial, ont été condamnés en 2018 à l’issue d’une négociation de plaidoyer qui a rétrogradé leurs accusations au chef de « maltraitance sur une personne sans défense », un crime moins grave passible d’une peine de prison maximale de sept ans.

Dimri a été condamné à quatre mois de prison et Muial a reçu 100 jours de travaux d’intérêt général et huit mois de probation. Il a également été condamné à payer 2 000 shekels de dédommagement à la famille de la victime.

Allumage de bougies lors d’une cérémonie à la mémoire de Haftom Zarhum dans le sud de Tel Aviv, le 21 octobre 2015 (Crédit photo: Tomer Neuberg / Flash90)

La famille de Haftom Zarhum a poursuivi l’État en dommages et intérêts, alléguant que sa mort était due à une négligence et à un manquement à la procédure appropriée.

La plainte, déposée en 2017 devant le tribunal du district de Beer Sheba, réclamait 3 millions de shekels de compensation et que l’Agence nationale d’assurance reconnaisse que Haftom Zarhum était victime de terrorisme, donnant ainsi à sa famille le droit à des prestations supplémentaires de l’État.

L’Institut national d’assurance a refusé de le reconnaître comme victime de terrorisme parce que l’Érythréen était entré illégalement dans le pays.

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