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La Haute-cour accorde un nouveau délai dans la démolition de Khan al-Ahmar

Les juges évoquent le statut intérimaire du gouvernement pour justifier cette décision concernant la destruction du village bédouin de Cisjordanie ; un groupe de droite fulmine

Photo d'illustration - le village bédouin de  Khan al-Ahmar en Cisjordanie, le 21 mars 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Photo d'illustration - le village bédouin de Khan al-Ahmar en Cisjordanie, le 21 mars 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La Haute cour de justice a fait savoir, lundi, que le gouvernement aurait un nouveau délai de quatre mois pour répondre à la plainte déposée par un groupe du mouvement pro-implantation concernant la démolition prévue du village bédouin de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie, suite à une série de reports qui a empêché l’évacuation de cette petite communauté.

Les trois magistrats ont demandé que l’État réponde et explique la raison pour laquelle le hameau n’a pas été évacué avant le 1er février 2023 au plus tard, justifiant cette décision en notant le statut intérimaire du gouvernement et alors que des élections vont avoir lieu en date du 1er novembre.

« Nous n’avons pas d’autre choix que d’accéder à la demande malgré son anormalité », ont écrit les juges dans leur décision.

L’évacuation du village a été repoussée de manière répétée depuis quatre ans et pour plusieurs raisons. L’année dernière, la Cour avait accordé un report similaire après l’affirmation faite par le gouvernement qu’il avait progressé vers un plan d’évacuation, tout en insistant sur le fait qu’il avait besoin de plus de temps pour examiner le dossier.

En réponse au jugement de lundi, Meir Deutsch, président du groupe pro-implantation Regavim, a accusé le gouvernement de « ne pas savoir comment protéger les intérêts nationaux de l’État d’Israël ».

« Le gouvernement intérimaire est capable de signer un accord gazier historique et de nommer de hauts-responsables, mais il n’est pas en capacité de répondre à une question basique : Pourquoi un avant-poste illégal, dont la Haute-cour a jugé encore et encore qu’il devait être détruit, est-il encore debout ? », a dit Deutsch, faisant allusion à un accord maritime négocié entre Israël et le Liban sous l’égide des États-Unis.

Illustration : Les juges de la Cour suprême arrivant pour une audience à la Cour suprême, à Jérusalem, le 24 février 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ceux qui critiquent la prise en charge du dossier par l’État expliquent que cette démolition a été repoussée de manière répétée de façon à ne pas provoquer d’incident à l’international, le village ayant gagné le soutien public des activistes des droits de l’Homme, des groupes propalestiniens et de l’Union européenne.

La démolition du village, situé non loin de Maale Adumim et qui accueillerait environ 200 habitants bédouins, avait été approuvée en 2018.

Depuis, le gouvernement dirigé par le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, avait demandé une série de reports concernant sa destruction. Le dernier report avait eu lieu au mois de novembre 2020 en réponse à la plainte de Regavim.

Netanyahu avait été âprement critiqué dans le passé par les députés de droite – certains servent aujourd’hui au sein de la coalition – pour ne pas avoir mené à bien la démolition.

L’État affirme que les structures du village – majoritairement des cabanes artisanales et des tentes – ont été construites sans autorisation et qu’elles représentent une menace pour les habitants eux-mêmes en raison de leur proximité avec une autoroute.

Mais les habitants palestiniens de Khan al-Ahmar, membres de la tribu de Jahalin, disent être arrivés dans le secteur dans les années 1950 après avoir été déplacés pendant la guerre de 1948. Ils expliquent avoir adopté un mode de vie nomade pendant des années avant de s’implanter de manière permanente.

Les premières structures du hameau apparaissent sur des photographies aériennes datant de la fin des années 1970. C’est à la fin des années 1980 que la présence de cette communauté minuscule a été finalement enregistrée dans les récits académiques contemporains.

Ce camp s’est ensuite lentement développé jusque dans les années 1990, et il s’est ensuite élargi plus rapidement. La communauté reste de taille modeste aujourd’hui avec moins de 200 résidents.

Un bâtiment de « l’école en pneus » du village de Khan al-Ahmar, près de l’implantation de Kfar Adumim, le 7 février 2018. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Pour les groupes de droite, les photos aériennes sont la preuve de la construction récente du village, ce qui amoindrit les revendications des habitants sur les parcelles. Ils affirment également que l’Autorité palestinienne a délibérément envoyé les résidents là-bas pour prendre le contrôle stratégique du secteur.

De leur côté, les Palestiniens et les organisations de gauche rejettent cet argument, disant que la présence de la communauté à Khan al-Ahmar a précédé l’établissement de l’Autorité palestinienne.

Les villageois disent, pour leur part, qu’ils n’ont eu d’autre alternative que de construire sans permis de construire préalable, de telles autorisations n’étant presque jamais délivrées à des Palestiniens dans certaines zones de la Cisjordanie, comme Khan Al-Ahmar, où c’est Israël qui contrôle entièrement les affaires civiles.

Quand le village sera démoli, les habitants devraient être réinstallés à plusieurs kilomètres à l’Est, près de la ville palestinienne d’Abu Dis. Là-bas, ils seront raccordés au réseau de l’eau, à l’électricité ainsi qu’au système de traitement des eaux usées. Une école pourra également remplacer l’institution fréquentée par les enfants du village qui avait été financée par l’Italie et qui avait été construite à l’aide de pneus et de boue – et qui est devenue depuis un symbole du village.

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