Judaïsme réformé : L’envoyé d’Israël aux US dénonce des propos « ignobles » de May Golan
Yechiel Leiter a condamné la pique envoyée par la ministre au député Gilad Kariv - cette dernière ayant affirmé que les rabbins issus du mouvement réformé "mariaient des chiens"
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Pour la deuxième journée consécutive, l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, a condamné jeudi un membre du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu — dénonçant cette fois-ci la ministre de l’Égalité sociale, May Golan, pour avoir calomnié les juifs réformés, affirmant que leurs rabbins « mariaient des chiens ».
Alors que M. Leiter s’était engagé à présenter des excuses au nom d’Israël à la communauté réformée américaine, il a lui-même été la cible de critiques et il a été exhorté à retirer ses propos qualifiant le groupe de pression israélien de gauche J Street de « cancer ».
L’attaque de Mme Golan contre le judaïsme réformé est survenue alors que le rabbin réformé et député démocrate Gilad Kariv l’avait vivement critiquée mercredi en séance plénière de la Knesset, à la suite d’informations qui avaient laissé entendre que la ministre avait obtenu pour Rafi Kedoshim — un ancien détenu vivant à Herzliya Pituah et figure influente et controversée du Likud, le parti au pouvoir — un salaire de 22 000 NIS versé par le gouvernement, en vue des prochaines primaires du Likud. Rafi Kedoshim a récemment estimé à la Knesset que les meurtriers de Yemanu Zelka,’un jeune homme poignardé à mort par des mineurs à Yom HaAtsmaout, n’avaient pas l’intention de le tuer…
« Ce que Rafi Kedoshim a fait ces dernières années, vous ne le ferez pas en l’espace de 200 vies — alors que vous marchez avec les Femmes du Mur ou que vous mariez des chiens dans vos synagogues de fous », a déclaré Mme Golan lors d’une intervention en séance plénière de la Knesset mercredi.
Leiter a réagi jeudi en publiant un message sur X disant en substance : « Je condamne avec la plus grande fermeté l’attaque verbale de la ministre May Golan contre le député Gilad Kariv et contre le judaïsme réformé en général. »
« En tant que juif orthodoxe et en tant que représentant d’Israël aux États-Unis, je trouve ses propos ignobles et répréhensibles, dignes d’être fustigés et réprimandés », a expliqué Leiter.
« Les différences théologiques, politiques et idéologiques sont acceptables, voire nécessaires à la santé d’un peuple. Mais il existe une ligne à ne pas dépasser — celle qui sépare le débat de la haine et l’altruisme du populisme. Trop de gens franchissent cette ligne », a-t-il ajouté.
« La déclaration de May Golan en fait partie. Je rendrai bientôt visite aux dirigeants du mouvement réformiste, en personne, pour présenter des excuses au nom d’Israël », a-t-il conclu.
Sur les réseaux sociaux, Kariv a accusé Golan de « déverser des calomnies antisémites ignobles contre des millions de juifs réformés ».
« C’est le gouvernement le plus anti-sioniste et antisémite de toute l’histoire d’Israël », a-t-il déclaré. « Mais c’est leur chant du cygne — bientôt viendra un gouvernement qui respectera chaque juif… et chaque être humain. »
Ce n’est pas la première fois que des politiciens de droite et ultra-orthodoxes dénigrent ouvertement le mouvement réformiste, notamment en rabaissant Kariv.
Fondé en Allemagne au XIXe siècle comme une branche libérale du judaïsme, le mouvement réformiste n’a qu’une présence marginale en Israël, mais est le plus représenté en Amérique du Nord.
En Israël, le mouvement est marginalisé, sur les plans juridique et politique, par le Grand Rabbinat, lequel a le monopole des mariages, conversions et subventions religieuses. De nombreux Israéliens laïcs se méfient également du mouvement, en lequel ils voient une version importée du judaïsme.
C’est la deuxième fois en l’espace de quelques jours que Leiter critique ouvertement un ministre du gouvernement, chose rare de la part d’un ambassadeur.
Mercredi, il a ajouté sa voix au concert de condamnations contre le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, qui a publié une vidéo de lui en train d’humilier des activistes de la « flottille pour Gaza » détenus par Israël, ligotés pour l’occasion.
Alors que Leiter critiquait les politiciens de son pays, il était lui-même sous le feu des critiques aux États-Unis.
Plus de 500 rabbins, chantres et dirigeants communautaires juifs ont signé une lettre lui demandant de revenir sur ses propos de lundi dernier et de présenter des excuses pour avoir qualifié le lobby pacifiste J Street, actif au Moyen-Orient, de « cancer de la communauté juive ».
La lettre, que J Street a transmise jeudi à la Jewish Telegraphic Agency, reproche à l’ancien militant des implantations, nommé l’an dernier par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, d’employer des termes qui « déshumanisent ses coreligionnaires juifs ».
Si le judaïsme encourage les débats animés, les désaccords doivent être menés avec « humanité, humilité et le respect de la dignité de chaque Juif », ont écrit les signataires de la lettre.
« En cette période douloureuse et particulièrement polarisée de la vie juive, les dirigeants des deux côtés de l’océan ont plus que jamais la responsabilité d’apaiser les tensions, et non de les attiser », peut-on lire dans la lettre. « Nous vous demandons donc de retirer vos propos et de présenter des excuses publiques aux nombreux Juifs américains, rabbins, chantres et dirigeants communautaires qui en ont été blessés. »
Parmi les signataires de cette lettre figurent le représentant de New York Jerrold Nadler, les anciens ambassadeurs des États-Unis en Israël Daniel Kurtzer et Tom Nides, la PDG du Conseil national des femmes juives Jody Rabhan, le président de l’Union pour le judaïsme réformé, le rabbin Rick Jacobs, et le rabbin David Saperstein, directeur émérite du Centre d’action religieuse du judaïsme réformé.
J Street est le principal lobby libéral pro-Israël : ses positions ont eu tendance, au fil du temps, à s’écarter de celles des autres groupes pro-Israël traditionnels. Le mois dernier, le groupe a annoncé son opposition au maintien de l’aide militaire américaine à Israël, ce que Leiter a lui-même dénoncé.
S’adressant à la JTA, le président de J Street, Jeremy Ben-Ami, a déclaré que bien que le lobby ait longtemps été invité à rencontrer les anciens ambassadeurs israéliens, il avait été « mis sur liste noire par l’ambassade, et n’avait depuis plus aucun contact », depuis l’arrivée de Leiter.
Ce n’est pas la première fois que le lobby fait l’objet de critiques de la part de responsables pro-israéliens. Selon Ben-Ami, si cette dernière attaque en date n’a « rien de nouveau », il ne s’en est pas moins senti poussé à rédiger cette contestation collective car les propos de Leiter « entament » non seulement les relations entre les États-Unis et Israël, mais aussi celles entre « la communauté juive américaine et la communauté juive israélienne ».
« En moins de 24 heures, nous avons rassemblé des centaines et des centaines de signatures, ce qui montre à quel point l’ambassadeur Leiter a touché un point sensible, et à quel point c’est une grave erreur de la part du gouvernement israélien de rejeter la majorité des Juifs américains qui sont profondément critiques envers le gouvernement mais qui soutiennent l’État et le peuple », a déclaré Ben-Ami à propos du nombre de signataires.
Ben-Ami a déclaré à la JTA que sa première réaction aux propos de Leiter avait été « simplement de la consternation au nom d’Israël et de la communauté juive ».
« C’est dommage, car Israël, en ce moment, a bien besoin de tous ses amis et de diplomates qui lui ouvrent des portes, pas qui les claquent au nez des gens », a déclaré Ben-Ami.
L’ambassade d’Israël n’a pas répondu à la demande de commentaires de la JTA.
Zev Stub a contribué à cet article.
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