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Le centre d’Israël paralysé en préparation des funérailles du rabbin Kanievsky

Les autorités multiplient précautions et mises en garde, le spectre du tragique mouvement de foule de Meron étant encore présent dans les mémoires

Des gens se rassemblent devant la maison du rabbin Chaim Kanievsky, dans la ville de Bnei Brak, en Israel, le 18 mars 2022. (Crédit : Flash90)
Des gens se rassemblent devant la maison du rabbin Chaim Kanievsky, dans la ville de Bnei Brak, en Israel, le 18 mars 2022. (Crédit : Flash90)

Des centaines de milliers de juifs orthodoxes convergent dimanche aux funérailles de l’influent rabbin Chaïm Kanievsky, le « prince de la Torah » dans le centre d’Israël, où la police et les secouristes sont sur le qui-vive par crainte de débordements. Selon certaines estimations, un million de personnes pourraient converger vers la banlieue de Tel Aviv, qui compte un peu plus de 180 000 habitants.

Le Premier ministre Naftali Bennett lancé un avertissement dimanche et appelé à éviter tout mouvement de foule.

« Les funérailles sont un événement de masse, et nous devons nous assurer qu’il ne se termine pas – à Dieu ne plaise – par une catastrophe de masse », a déclaré Bennett au début de la réunion du cabinet. « J’appelle les personnes présentes à ne pas s’entasser et à ne pas se serrer les unes contre les autres ».

Bennett a ajouté que « le traumatisme de la catastrophe de Meron est encore frais pour nous tous. Cette tragédie ne doit pas se répéter ». Il demande que « chacun prenne ses responsabilités personnelles, pour s’occuper des enfants en particulier. »

La police avait prévenu samedi soir que l’affluence pourrait entraîner des pertes humaines tragiques. Les funérailles surviennent moins d’un an après la catastrophe du mont Meron, lorsque 45 personnes sont mortes et plus de 150 personnes ont été blessées, dont beaucoup grièvement, suite à un mouvement de foule survenu pendant un rassemblement de masse célébrant la fête de Lag BaOmer. A ce jour, cet événement est considéré comme la pire catastrophe civile de l’histoire d’Israël.

Outre le risque de bousculade, les toits des immeubles du quartier, sur lesquels certains grimpent pour avoir une meilleure vue, risquent également de s’effondrer, selon la police.

Les rues relativement étroites, typiques de Bnei Brak, constituent une autre source de préoccupation.

Pendant la nuit, de nombreux jeunes hommes arrivés tôt pour les funérailles ont été vus errant dans les rues de la ville, à la recherche d’endroits où dormir. Certains ont fini par dormir sur les bancs des synagogues dans le quartier de la maison de Kaniesvky, selon un reportage du site d’information Walla.

Des hommes juifs ultra orthodoxes prient et attendent devant la maison du Rabbin Chaim Kanievsky décédé, dans la ville de Bnei Brak, le 20 mars 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/ Flash90)

Environ 3 000 policiers, secouristes et soldats du Commandement du front intérieur de Tsahal devaient être déployés lors des funérailles et à aux alentours. Le cortège partira dès 11 heures du matin depuis la maison du rabbin à Bnei Brak vers le cimetière de la communauté de Ponevezh de la ville à prédominance ultra-orthodoxe.

Des unités supplémentaires ont été envoyées à Jérusalem, Beit Shemesh et Kiryat Yearim pour aider à diriger les milliers de personnes qui devraient se rendre de ces endroits à Bnei Brak en bus.

Dans un communiqué, la police a déclaré qu’elle s’attendait à ce que des centaines de bus transportant des milliers de personnes circulent sur les routes et que la force viserait « à maintenir l’ordre public, la sécurité publique et à diriger le mouvement de la circulation. »

Des hélicoptères de l’armée de l’air israélienne ainsi que des équipes de secours seront prêts à intervenir dans un stade de la ville voisine de Ramat Gan en cas de besoin, a rapporté la chaîne publique Kan.

Barrages routiers temporaires sur la route 1, près de la route 4, avant les funérailles du rabbin Chaim Kanievsky qui devraient attirer des centaines de milliers de personnes, dans la ville centrale israélienne de Bnei Brak. Le 20 mars 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Un forum de familles endeuillées par la catastrophe de Meron a appelé le public et la police à faire tout ce qui est possible pour empêcher une nouvelle tragédie.

« Un million de personnes à des funérailles dans un espace d’un seul kilomètre [carré] est une véritable menace pour la vie », a déclaré le forum dans un communiqué rapporté par Kan.

Le rabbin Avigdor Hayut, qui a survécu à Meron mais a perdu son fils dans la catastrophe, a appelé les gens à « prendre du recul et à ne pas répéter les scènes terribles de Meron », dans une vidéo.

Il a appelé les participants à « donner à chacun son espace, à laisser les autres bouger un peu, à respirer. »

Le chef de la division de la circulation de la police israélienne, Alon Arieh, a déclaré dimanche qu’il n’y avait pas d’accumulation significative d’embouteillages dans la région centrale de Gush Dan, indiquant que de nombreux conducteurs avaient tenu compte des avertissements de rester chez eux. Il a de nouveau exhorté toute personne n’ayant pas besoin d’entrer dans la zone à rester chez elle.

Les principales autoroutes ont été bloquées et une forte congestion du trafic est attendue dans tout le centre d’Israël.

Les perturbations du trafic devraient durer jusqu’à la tombée de la nuit et la route 4, une grande artère nord-sud qui passe par Bnei Brak, a été bloquée dans les deux sens pour permettre aux bus d’atteindre le secteur. De nombreuses autres routes ont également été fermées et la circulation dans Bnei Brak même a été interrompue.

Evoquant un des plus grands rassemblements de « l’histoire d’Israël », le directeur général de Magen David Adom a indiqué que des centaines de secouristes étaient déjà dimanche sur le qui-vive et appelé les participants aux funérailles « à ne pas monter sur des clôtures, des toitures ou les feux tricolores, et à garder les enfants sous supervision et boire de l’eau ».

Magen David Adom a également conseillé aux personnes susceptibles d’avoir besoin d’une assistance médicale, y compris les femmes en fin de grossesse, de ne pas se rendre dans les zones les plus fréquentées, de crainte que les ambulances n’aient du mal à circuler dans les rues.

Le ministère des Communications a demandé aux habitants du secteur de s’abstenir de passer des appels téléphoniques non urgents, de peur que le nombre de personnes rassemblées ne surcharge le système de téléphonie mobile.

Le chef de la police israélienne, Kobi Shabtai, a demandé aux forces de police d’utiliser un nouveau système de communication par satellite récemment acquis, selon les reportages des médias israéliens.

En raison des funérailles, 328 jardins d’enfants et 98 écoles du district de Tel Aviv donneront cours en distanciel, selon le reportage de Kan. 111 autres écoles et jardins d’enfants ont également déclaré qu’ils suivraient un enseignement à distance pendant une partie de la journée.

L’université Bar-Ilan, située à l’autre extrémité de Bnei Brak, a informé les étudiants qu’elles organiseraient les cours en distanciel dimanche.

Par ailleurs, l’armée israélienne a annulé l’initiation de routine des nouvelles recrues.

Israël Railways, la société de chemins de fer israélienne, a programmé des trains supplémentaires toute la nuit pour permettre aux passagers de se rendre de la capitale à Bnei Brak, où des navettes les ont conduits d’une gare locale à la rue Rabbi Akiva, une artère principale de la ville qui deviendra le point central du cortège funéraire.

La société a également lancé un appel pour que les gens évitent les déplacements inutiles, avertissant qu’une « affluence extrême » était attendue tout au long de la journée.

La police érige des barrages routiers temporaires sur la route 1, près de la route 4, avant les funérailles du Rabbin Chaim Kanievsky, qui devraient attirer des centaines de milliers de personnes à Bnei Brak, le 20 mars 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Les funérailles de midi partiront du domicile de Kanievsky, rue Rashbam, pour se rendre au cimetière de Zichron Meir, soit une distance d’environ un kilomètre. Il sera enterré aux côtés de sa femme, Batsheva.

L’entrée du cimetière sera bloquée jusqu’à la fin des funérailles, mais l’office sera retransmis sur des écrans géants installés dans les rues.

La police prévoit une reprise normale du trafic vers 20 heures.

Le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, a déclaré que les funérailles seraient « un événement d’une ampleur jamais vue auparavant ».

Le surintendant adjoint de la police de Tel Aviv, Shlomi Sagi, a déclaré samedi à la Douzième chaîne que « les embouteillages vont doubler ou tripler. Notre principal message est que demain, la zone métropolitaine de Tel Aviv sera à l’arrêt. »

Selon le site d’information Walla, les responsables de la police ont craint que l’événement ne se révèle très dangereux. En 2015, lors des funérailles du Rabbin Shmuel Wosner, une forte surpopulation a conduit à la mort de deux personnes écrasées.

 

Dès la nuit de samedi à dimanche, des milliers de personnes ont franchi les barrières installées autour de la maison des Kanivesky.

Dans un clip montrant la foule submergeant les organisateurs à une barrière, on peut entendre la voix d’un homme disant « ce qui se passe ici est absurde ».

Des gens se rassemblent devant la maison du défunt Rabbin Chaim Kanievsky, dans la ville de Bnei Brak, le 19 mars 2022. (Crédit: Avshalom Sassoni/ Flash90)

Le site d’information Walla a rapporté que le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu, venu rendre hommage avant les funérailles, a été piégé sur le site par la foule et n’a réussi à partir qu’après deux heures.

Au moins une tentative de quitter les lieux avec l’accompagnement de la police a semblé échouer et Netanyahu est retourné à l’intérieur avant de pouvoir finalement partir.

La municipalité de Bnei Brak a exhorté les gens à partir, affirmant que la maison est désormais fermée aux visiteurs.

Le nombre de participants devait être égal ou supérieur à celui des funérailles de 2013 de l’ancien grand rabbin séfarade Ovadia Yosef, où 850 000 personnes étaient présentes. S’il dépassait ce nombre, il deviendrait le plus grand enterrement de l’histoire d’Israël.

En 2015, lors des funérailles du rabbin Shmuel Wosner, une forte surpopulation a entraîné la mort de deux personnes écrasées.

Lors d’une évaluation de la situation samedi, le Premier ministre Naftali Bennett a ordonné aux ministères situés dans le centre du pays de n’autoriser que les employés « essentiels » à venir travailler.

« Prince de la Torah »

Le Rabbin Kanievsky, décédé vendredi après-midi à l’âge de 94 ans, était un leader extrêmement influent de la communauté ultra-orthodoxe lituanienne non hassidique d’Israël, qui compte des centaines de milliers de fidèles, était un descendant de dynasties rabbiniques et connu pour son étude élitaire du Talmud.

Barbe blanche vaporeuse et dos voûté, le rabbin Kanievsky, né en 1928 au Bélarus, était considéré comme un « maître » et parfois surnommé le « Prince de la Torah » par ses adeptes qui respectaient à la lettre ses consignes.

« Le rabbin veillait à toujours recevoir chaque personne avec un cœur ouvert. C’était un vrai leader public, qui depuis sa modeste maison de Bnei Brak a dirigé des dizaines de milliers de personnes en Israël, avec sagesse, bon sens et une compétence rare », a commenté le Premier ministre israélien Naftali Bennett dans un communiqué.

« Pendant environ 35 ans et même plus j’étais comme un fils chez lui », a déclaré dimanche à la télévision israélienne le leader de la formation orthodoxe séfarade Aryeh Déri. « Kanievsky n’appartenait à aucun courant en particulier, il était le leader de tout Israël (…) séfarade comme ashkénazes, orthodoxes, comme laïques, c’était à la fois une personne simple et prestigieuse ».

Le rabbin Kanievsky s’était toutefois attiré les foudres de nombreux Israéliens lorsqu’il avait minimisé le gravité du coronavirus, affirmant que la pandémie ne devait pas justifier la fermeture des écoles religieuses alors que les autorités avaient décrété un confinement strict.

Le rabbin avait en fait adapté certaines pratiques aux exigences de la lutte contre le Covid en fermant des synagogues et en autorisant l’utilisation exceptionnelle du téléphone portable lors du Shabbat pour partager des informations urgentes sur la pandémie, avait indiqué fin 2020 à l’AFP son petit-fil, Yaakov Kanievsky.

Mais la fermeture des yeshivot, les écoles talmudiques, pour tenter de minimiser les rassemblements et donc la propagation du virus, constituait une « ligne rouge » pour le rabbin. « Pour lui, la chose la plus importante au monde est l’étude de la Torah. Sans ça, plus rien n’a de sens », avait ajouté son petit-fils.

L’AFP  a contribué à cet article.

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