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Le courage d’un rabbin qui apporte des vivres pour Pourim à Kherson, ville assiégée

Yosef Wolff a franchi tous les barrages, arborant le drapeau israélien et évitant les balles, jusqu'à la frontière de la Crimée, pour pouvoir livrer nourriture et médicaments

Le grand rabbin de la région de Kherson, Yosef Wolff, avec les fournitures qu'il a réussi à apporter à la ville de Kherson depuis la Crimée, le 10 mars 2022. (Crédit : Capture d'écran)
Le grand rabbin de la région de Kherson, Yosef Wolff, avec les fournitures qu'il a réussi à apporter à la ville de Kherson depuis la Crimée, le 10 mars 2022. (Crédit : Capture d'écran)

La mission courageuse et dangereuse d’un rabbin pour apporter de la nourriture de la péninsule de Crimée sous contrôle russe jusqu’à la ville ukrainienne occupée de Kherson permettra à la communauté juive de Kherson d’avoir suffisamment à manger pendant la fête de Pourim la semaine prochaine.

Kherson, ville portuaire sur la mer Noire et le fleuve Dniepr, à un peu plus de 200 kilomètres à l’est d’Odessa, est la seule capitale régionale à être tombée aux mains des Russes depuis l’offensive lancée par Poutine le 24 février.

Selon Alexander Vainer, directeur du centre Hesed, qui fournit des services sociaux aux Juifs défavorisés, les Russes ont installé cinq postes militaires à la périphérie de Kherson et ne permettent à personne d’entrer ni de sortir.

La situation d’urgence humanitaire s’est aggravée, avec l’absence de nourriture et de médicaments dans les magasins, la pénurie de pain, la fermeture des banques et l’absence de transports publics.

Mercredi, le grand rabbin de la région de Kherson, Yosef Wolff, a demandé de l’aide à Vainer pour trouver un moyen de transport.

Le frère de M. Wolff, Benaya, originaire de Sébastopol, en Crimée sous contrôle russe, avait réussi à rassembler une tonne et demie de nourriture, de médicaments, de vêtements chauds, de cadeaux de Pourim et tout ce qu’il pouvait trouver dans un contexte de pénurie croissante dans cette région également, et il était en route dans une camionnette pour Armyansk, une ville située à la frontière entre la Crimée et le reste de l’Ukraine, à quelque 130 kilomètres de Kherson.

Déchargement de pommes de terre achetées en Crimée sous contrôle russe à la synagogue de Kherson, ville occupée par les Russes et située sur la mer Noire, le 10 mars 2022. (Crédit : autorisation)

Vainer et son équipe ont appelé une dizaine de sociétés de transport, mais aucune n’était disposée à traverser le pont Antonovskiy, gravement endommagé, qui enjambe le fleuve Dniepr, ni à traverser un territoire marqué par de multiples barrages où de violents combats font rage.

Faute de mieux, Vainer a proposé de mettre la camionnette de Hesed à sa disposition et d’en retirer tous les sièges.

M. Wolff a pris le volant et est parti pour Armyansk avec un drapeau israélien flottant sur le véhicule.

Il est revenu à Kherson à 8h30 le jeudi après un voyage en enfer.

Selon Vainer, Wolff semblait en état de choc. Sa voiture avait été la cible de tirs.

Il avait prévu de transférer les marchandises de la camionnette de son frère à Armyansk à 16 heures mercredi, mais en raison de retards, il n’a pu les charger avant 20 heures, heure à laquelle un couvre-feu est imposé jusqu’à 6 heures le lendemain matin.

Déchargement de marchandises achetées en Crimée sous contrôle russe à la synagogue de Kherson, ville occupée par les Russes et située sur la mer Noire, le 10 mars 2022. (Crédit : autorisation)

Malgré cela, il a repris la route peu après 20 heures, parcourant une courte distance jusqu’à un barrage près de Kalanchak.

« Ils se sont mis à tirer sur sa voiture », a déclaré Vainer. « Il en est sorti et ils l’ont fait s’allonger à plat sur le sol. Puis une sorte de commandant est arrivé et des discussions s’en sont suivies. Ils l’ont relevé et lui ont ordonné de garer la camionnette dans un village à une dizaine de kilomètres de la route jusqu’au matin. Le lendemain, à 6 heures du matin, il s’est remis en route, a passé tous les postes de contrôle et est arrivé à Kherson. »

« Il est arrivé épuisé, mais il a réussi, il a accompli la mission, en apportant de l’aide humanitaire et des cadeaux de Pourim à la communauté juive – environ 12 sacs de pommes de terre, différentes sortes de noix, quatre boîtes d’œufs et des médicaments – tout ce qui pouvait être acheté dans cette ville lointaine contrôlée par la Russie a été rapporté, afin que notre communauté puisse célébrer Pourim avec de vrais cadeaux, de la nourriture et des médicaments, comme il se doit. »

Pourim, qui se déroulera cette année du 16 au 17 mars, est censé être une occasion joyeuse pour commémorer le sauvetage du peuple juif de l’ancien Empire perse face à un complot visant à l’anéantir.

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