Le gouvernement de Bennett se met à l’œuvre, et la relève est bien là
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Le gouvernement de Bennett se met à l’œuvre, et la relève est bien là

Des décisions prises sur des sujets déterminants - une enquête sur le mont Meron, des règles sur le partage du pouvoir - soulignent un gouvernement qui se démarque du précédent

Le Premier ministre Naftali Bennett arrive à la première réunion de cabinet du nouveau gouvernement au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 20 juin 2021. (Crédit : Emmanuel Dunand/Pool Photo via AP)
Le Premier ministre Naftali Bennett arrive à la première réunion de cabinet du nouveau gouvernement au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 20 juin 2021. (Crédit : Emmanuel Dunand/Pool Photo via AP)

La plaque accrochée au mur, à l’extérieur de la salle qui accueille la réunion du cabinet au sein du bureau du Premier ministre, porte encore le nom du secrétaire de cabinet de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu : Tzachi Braverman.

Mais alors que les journalistes se tiennent dans le couloir, en ce dimanche matin – attendant la première rencontre de travail du nouveau cabinet – c’est bien le Premier ministre Naftali Bennett et ses proches qui font leur apparition dans le hall.

Et peu après, ce sont les ministres du 36e gouvernement d’Israël qui prennent place dans les sièges installés autour de la table, prêts pour la réunion.

La réunion est solennelle – contrairement à celle qui a eu lieu le 13 juin, dans le sillage immédiat de la prestation de serment du gouvernement à la Knesset. Le cabinet donne plutôt l’impression d’être prêt pour sa mission – et déterminé à s’attaquer aux sujets qui affectent le quotidien des Israéliens.

Ce moment ne va pas de soi – difficile de regarder ce groupe de ministres relativement jeunes entourant Bennett et qui proviennent de tout le spectre politique de la même manière qu’il a été possible d’observer les ministres réunis autour de Netanyahu au cours des douze dernières années.

Un moment qui marque donc un changement générationnel – une nouvelle ère dans la politique israélienne. L’autosatisfaction familière de Netanyahu au cours de ses déclarations, faites avec sa voix de baryton, qui ouvraient traditionnellement la réunion du dimanche matin appartiennent dorénavant au passé – pour le moment, en tout cas.

Le Premier ministre Naftali Bennett dirige sa première réunion de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 20 juin 2021. (Crédit : EMMANUEL DUNAND / AFP / POOL)

Toutes les personnes présentes doivent, au contraire, commencer à s’habituer au ton de la voix de Bennett, parfois hésitant mais semblant à tout instant conscient de l’importance du moment.

Braverman, ancien secrétaire de cabinet, un loyaliste de Netanyahu, n’a pas encore été remplacé. C’est donc le secrétaire par intérim Lior Nathan qui dirige la réunion.

Dans les couloirs du bureau du Premier ministre, la vieille garde de Netanyahu s’est volatilisée et ce sont des cadres politiques d’une jeunesse relative, dans l’incapacité de cacher leur enthousiasme ou peu désireux de le faire, qui arpentent dorénavant les lieux, affichant visiblement un taux d’adrénaline élevé au cours de ces premières journées de travail.

Shimrit Meir, 41 ans, est la nouvelle conseillère de Bennett en matière de diplomatie – et elle est la première femme à assumer ce poste. Elle traverse les bureaux, tenant habilement dans ses mains un (trop) grand nombre de documents et de dossiers.

Matan Sidi, 25 ans, qui est la porte-parole personnelle de Bennett, se tient à proximité de la salle où a lieu la réunion du cabinet. Elle a servi d’assistante au leader de Yamina pendant les quatre précédents cycles électoraux – et notamment aux élections de 2019, quand le parti Yamina HaHadash de Bennett et d’Ayelet Shaked avait échoué à franchir le seuil électoral.

Pour leur part, les conseillers du ministère des Affaires étrangères Yair Lapid – un groupe de jeunes cadres qui, ces dernières années, arpentaient sans relâche les couloirs de la Knesset – sont incontestablement passés à la vitesse supérieure.

Le Premier ministre d’alternance et ministre des Affaires étrangères Yair Lapid arrive à la première réunion du cabinet du nouveau gouvernement à Jérusalem, le 20 juin 2021. (Crédit : EMMANUEL DUNAN / AFP)

Ils ne sont plus de « simples » personnels au Parlement. En une soirée, ils sont devenus d’importants consultants au sein du ministère des Affaires étrangères et du bureau du Premier ministre d’alternance – il y a la cheffe de cabinet de Lapid, Gili Haushner, âgée de 40 ans ; son porte-parole, Roy Konkol, 42 ans et Dana Pitlis Kadouri, 42 ans, sa conseillère politique.

L’ancienne génération a quitté les lieux et la nouvelle a fait son entrée.

Le travail à effectuer

Sur l’un des murs de la salle de réunion se trouve un grand panneau : « Deuxième réunion du cabinet. »

La première, en date du 13 juin, a été majoritairement symbolique – elle a été organisée quelques heures seulement après la séance plénière bruyante au cours de laquelle des députés issus du parti du Likud de Netanyahu et de formations alliées ont hué Bennett pendant son discours d’investiture, et après le vote de confiance qui a confirmé le nouveau gouvernement grâce à une seule voix seulement – à 60 « pour » contre 59.

Toutefois, en cette matinée de dimanche, il a fallu prendre des décisions substantielles.

Le gouvernement a ainsi voté en faveur de la mise en place d’une commission d’enquête gouvernementale sur la catastrophe du mont Meron qui a eu lieu au mois d’avril et qui a fait 45 morts lors d’une bousculade géante – le pire désastre survenu en temps de paix de toute l’histoire du pays.

Des forces de secours et de police sur les lieux après une catastrophe mortelle lors des célébrations de la fête juive de Lag BaOmer au mont Meron, dans le nord d’Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Même si une commission d’enquête figurait à l’ordre du jour depuis la tragédie, survenue le 30 avril, Netanyahu et ses partenaires ultra-orthodoxes de coalition avaient continuellement suspendu son éventuelle formation. C’est la première commission de ce type à être établie depuis 2009, Netanyahu ayant bloqué toutes les requêtes concernant de telles investigations au cours des douze dernières années.

Dans un communiqué transmis aux journalistes peu après la réunion, le mérite de la formation de cette commission d’enquête a été attribué aux politiciens qui avaient souligné son importance au préalable – le ministre de la Défense Benny Gantz et le ministre des Finances Avigdor Liberman.

Mais, quand ils ont pris la parole à l’issue de la réunion du cabinet, d’autres politiciens ont aussi tenu à mettre en avant le rôle qu’ils ont joué dans cette décision.

Le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz (à droite) et le leader d’Yisrael Beytenu Avigdor Liberman s’adressent à la presse après leur rencontre à Ramat Gan, le 9 mars 2020. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le ministre de la Justice, Gideon Saar, a demandé que la formulation de l’ordonnance prévoyant l’établissement de la commission comprenne des recommandations portant sur les changements à faire dans les infrastructures présentes sur le mont Meron, insistant sur le fait qu’il veut avoir rapidement entre les mains un rapport écrit qui pourra avoir une influence sur la manière dont seront préparées les festivités de Lag BaOmer sur le site, l’année prochaine – dans dix mois très exactement.

Des règlements gouvernementaux ont aussi été approuvés par le cabinet, là même où Netanyahu avait traîné quand il était à la tête du précédent gouvernement.

Il y a un an, Zeev Elkin, qui est aujourd’hui ministre du Logement membre de Tikva Hadasha et qui était alors ministre Likud, et Avi Nissenkorn, qui était à l’époque ministre de la Justice sous l’étiquette Kakhol lavan, avaient été chargés de rédiger un document établissant le règlement du partage du pouvoir au sein de la coalition qui avait été formée par Gantz et par Netanyahu en 2020 – un document déterminant pour le fonctionnement quotidien du gouvernement.

Netanyahu avait néanmoins bloqué toutes les procédures qui pouvaient permettre le partage du pouvoir. Le gouvernement précédent avait ainsi fonctionné sur la base d’une règle de la majorité, nécessitant l’intervention, à plusieurs reprises, du procureur-général Avichai Mandelblit qui avait dû empêcher le Premier ministre d’alors de bafouer le cabinet – l’exemple le plus récent ayant été la nomination illégale (et pendant quelques heures) d’Ofir Akunis au poste de ministre de la Justice.

Le Premier ministre Naftali Bennett, face caméra, lors d’une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 20 juin 2021. (Crédit : Amit Shabi/POOL)

Dimanche, le nouveau règlement égalitaire de partage du pouvoir a été adopté sans difficulté et sans malaise.

Nominations et considérations

Contrairement aux États-Unis – où les nominations des personnels politiques sont modifiées lors de l’arrivée d’une nouvelle administration – Bennett est limité dans les nominations qu’il est en droit de faire.

Il peut personnellement choisir 35 chefs de département au sein du bureau du Premier ministre mais il continuera à s’appuyer sur des centaines de fonctionnaires, dont certains travaillent dans son bureau depuis 15 ou 20 ans.

Bennett peut aussi désigner des secrétaires, des chauffeurs ou le président du Conseil économique nationale ou celui du bureau de presse du gouvernement.

Le candidat favori au poste crucial de directeur-général du Bureau du Premier ministre serait Yair Pines, ancien directeur-général du ministère du Logement et ancien candidat à la fonction de ministre du Logement quand le portefeuille se trouvait entre les mains de Yahadout HaTorah, pendant le mandat agité et controversé de Yaakov Litzman.

Le ministre adjoint de la Santé, Yaakov Litzman, du parti Yahadout HaTorah, arrive pour la réunion hebdomadaire du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 2 juin 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des sources proches du gouvernement ont néanmoins confié au Times of Israël que Pines était resté proche d’éminentes personnalités du parti Yahadout HaTorah – qui siège aujourd’hui dans l’opposition – et de l’ancien ministre des Finances Moshe Kahlon. Des relations aussi étroites avec d’anciens membres des coalitions de Netanyahu pourraient s’avérer être problématiques pour Bennett.

Le Times of Israël a aussi appris que – en plus de Pines – Bennett réfléchissait à la candidature d’autres personnes pour ce poste, qui a été laissé vacant par Netanyahu pendant plus de trois ans malgré les critiques formulées par le procureur-général et par le commissaire au service civil.

Au lieu de nommer un directeur, Netanyahu s’était appuyé sur ses chefs de cabinet, qui témoignaient d’une loyauté féroce à son égard, Yoav Horowitz et Ronen Peretz — et sur le secrétaire de cabinet, Braverman — pour assumer les missions normalement attribuées au directeur-général.

Une autre nomination attend d’être décidée, comme le montre clairement la plaque posée à l’entrée de la salle de réunion : celle du remplaçant de Braverman au poste de secrétaire de cabinet.

De gauche à droite, le ministre des Finances Moshe Kahlon, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le secrétaire de cabinet Tzahi Braverman lors de la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 12 janvier 2020. (Crédit : Tsafrir Abayov / POOL / AFP)

Le favori est Shalom Shlomo – ancien conseiller politique de Netanyahu et chef de cabinet de Bennett lorsqu’il était à la barre du ministère de l’Économie. Shlomo a aussi été négociateur politique après le quatrième scrutin qui a eu lieu au début de l’année et il est très proche du nouveau chef de cabinet de Bennett, Tal Gan-Zvi, qui travaille dans la politique depuis longtemps et affiche une loyauté sans faille à l’égard du nouveau chef de gouvernement.

Les difficultés du démarrage (et de stationnement)

Les nouveaux conseillers doivent aussi s’adapter à l’une des difficultés pratiques posées par leur nouvelle carrière au sein du bureau du Premier ministre – le manque de places de stationnement.

À leur arrivée, dimanche, il est apparu clairement que l’un des principaux défis à relever serait de trouver – et de conserver – une place de parking. « On nous demande de quitter des réunions parce que notre voiture bloque un autre véhicule », a dit un conseiller au Times of Israël alors que les journalistes et les personnels attendaient le début de la réunion du cabinet.

Quand la réunion a commencé – à l’heure, ce qui est un changement aussi – la salle rénovée a pu être vue pour la première fois.

De nouveaux meubles ont été installés dans cette salle historique – de nouveaux fauteuils, et de nouvelles boiseries. Cette salle de conférence n’est pas encore particulièrement impressionnante et elle avait déjà été encore une fois rénovée assez récemment.

Mais le symbole est clair – le 36e gouvernement marque un nouveau départ pour l’État d’Israël.

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