Le ministère de la Justice disculpe le policier qui avait tué Munir Anabtawi
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Le ministère de la Justice disculpe le policier qui avait tué Munir Anabtawi

L'instance chargée des enquêtes internes a estimé que l'agent s'était senti en danger mortel face au jeune Arabe, qui souffrait d'une maladie mentale ; la famille va faire appel

La famille de Munir Anabtawi, tué par balle après avoir menacé un agent de police avec un couteau, à Haïfa, le 30 mars 2021. (Crédit : Roni Ofer/Flash90)
La famille de Munir Anabtawi, tué par balle après avoir menacé un agent de police avec un couteau, à Haïfa, le 30 mars 2021. (Crédit : Roni Ofer/Flash90)

Le ministère de la Justice a clos une enquête, dimanche, menée sur un agent de police qui avait ouvert le feu et abattu un homme arabe israélien, qui souffrait d’une maladie mentale, à Haïfa, au début du mois de février, affirmant que le policier avait « raisonnablement craint » pour sa vie.

« Malgré le résultat tragique de ce qu’il s’est passé, l’incident s’est déroulé conformément au droit et à la procédure », a commenté le département des enquêtes internes de la police (PIID), instance du ministère de la Justice chargée d’enquêter sur les accusations de violences policières, dans un communiqué.

Munir Anabtawi aurait été en proie à une crise psychotique au moment des faits, fin mars. Sa mère avait tenté d’appeler une ambulance mais elle avait accidentellement contacté la police, dont l’arrivée sur les lieux avait entraîné le drame.

Selon le département des enquêtes internes, le policier s’était adressé à Anabtawi, ignorant qu’il était l’homme qui avait été signalé lors de l’entretien téléphonique. Le trentenaire avait un couteau en sa possession, qu’il avait caché derrière son dos – et il avait pris en chasse l’agent, brandissant l’arme blanche dans sa direction, a fait savoir le PIID.

Munir Anabtawi (Crédit : autorisation)

Sur des images enregistrées par les caméras de surveillance, Anabtawi apparaît courant derrière le policier, semblant porter le couteau à la main.

« Véritablement inquiet pour sa vie, le policier a sorti son arme et a ouvert le feu à trois reprises vers le défunt. Deux balles ont touché le défunt, entraînant sa mort », a fait savoir le département des enquêtes internes.

La famille d’Anabtawi a accusé la police d’usage excessif de la force contre Munir qui, selon eux, aurait pu être maîtrisé sans être tué.

« Pourquoi cinq balles ? D’accord, parlons d’une. Il aurait été au sol. Mais une, et une autre, et une autre, et une autre ! Ils l’ont neutralisé », avait commenté, au mois de mars, Amir Anabtawi, frère de la victime, au mois de mars, ajoutant que la police avait « assassiné » son frère.

Suite à l’annonce faite par le ministère de la Justice, dimanche, la famille a promis de faire appel de cette décision. Les proches de Munir ont ajouté qu’ils réfléchissaient à porter plainte au civil contre l’agent.

La famille a refusé de rencontrer les membres de l’équipe du PIID qui ont pris la décision de fermer le dossier, a ajouté le ministère de la Justice.

Alors que le département des enquêtes internes a la charge de lancer des investigations sur d’éventuelles fautes policières, les politiciens de gauche et les Arabes israéliens ont de plus en plus critiqué cette division, ces derniers mois, mettant en cause des enquêtes qui n’entraînent que rarement des inculpations.

Le ministre de la Sécurité intérieure Amir Ohana, qui supervise la police israélienne, avait apporté ouvertement son soutien à l’agent qui avait ouvert le feu sur Anabtawi. Ohana avait déclaré, peu après la tragédie, qu’il avait la certitude que le policier avait « agi comme il le devait ».

Le ministre de la Sécurité publique Amir Ohana lors de la conférence annuelle de Jérusalem du groupe ‘Besheva’ à Jérusalem, le 15 mars 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

L’Association psychiatrique israélienne avait envoyé un communiqué, peu après la mort du trentenaire, au commissaire de la police israélienne Kobi Shabtai, disant qu’il devait « immédiatement mettre en place des formations et des équipes d’intervention pour prendre en charge les cas impliquant des individus présentant des troubles psychiatriques ».

L’année dernière, dans un incident similaire, la police avait ouvert le feu sur Shirel Habura, trente ans, le blessant mortellement. L’homme avait une maladie mentale. Les agents avaient déclaré que Habura avait tenté de poignarder l’un des leurs.

Les forces de l’ordre avaient tué de la même manière Iyad Halak, un Palestinien atteint de troubles du spectre autistique, dans la Vieille Ville de Jérusalem, l’année dernière. L’un des policiers impliqués dans cette mort devrait comparaître devant la justice sous réserve d’une audience.

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