Le niveau de la mer monte ? Laissez les villes gérer les côtes, disent les activistes
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Le niveau de la mer monte ? Laissez les villes gérer les côtes, disent les activistes

Une planification urbaine responsable des zones côtières, ça a l’air barbant, mais c’est capital pour se parer face à la montée du niveau de la mer à cause des changements climatiques

Des visiteurs admirent la vue depuis une partie récemment rénovée de la promenade de Tel Aviv, le 21 février 2012. (Crédit : Moshe Shai / Flash90)
Des visiteurs admirent la vue depuis une partie récemment rénovée de la promenade de Tel Aviv, le 21 février 2012. (Crédit : Moshe Shai / Flash90)

Lorsque le ministère de la protection de l’Environnement avertit que la rue Ibn Gvrirol à Tel Aviv pourrait bientôt devenir une plage, si la température grimpe d’1,5°Celsius, on tend l’oreille et on prend note. Mais derrière les titres tapageurs, ce sont les petits changements que le gouvernement local mettra en œuvre, pour gérer le bon développement et conserver les écosystèmes naturels, qui détermineront si les villes côtières le long de la méditerranées sombreront ou flotteront dans le siècle à venir.

Le secret pour permettre aux villes côtières de protéger efficacement et de développer le littoral repose dans le transfert aux autorités locales – plutôt que les ministères nationaux – et dans les liens établis entre les villes côtières de la région pour partager les ressources et les connaissances.

À Tel-Aviv, ceux qui fréquentent la plage ne l’ont peut-être pas remarqué cet été, mais pour la première fois depuis la création de la ville il y a de cela 107 ans, toutes les plages de la ville, entre Bat Yam et Herzliyya sont désormais gérées par une seule entité, la société Atarim, qui est partiellement sous l’égide de la municipalité.

Atarim œuvre en coulisses pour réunir toutes les plages sous une seule unité de gestion, à l’inverse de ce qui se faisait, à savoir, le Port de Jaffa, la marina de Tel Aviv et les autres plages, qui étaient gérées par différentes autorités. Il travaille pour inclure les travaux d’assainissement, de rénovation et de drainage.

Il y a certains à-côtés pour les plagistes, comme par exemple les efforts pour éviter le gonflement des prix. Atarim a régulé le prix des parasols et des transats de plage à de nombreux endroits, et a demandé aux restaurants et aux bars de vendre de l’eau, du café, de l’houmous, des glaces à l’eau et des sodas, ainsi que d’autres produits de base à des prix fixes.

Rassembler les plages de Tel Aviv fait partie d’une tendance internationale visant à donner aux villes la responsabilité de leurs zones côtières, afin de développer les bords de mer et les intégrer à la ville, tout en préservant le système écologique.

Il est essentiel de développer les villes côtières parce que le changement climatique pourrait engendrer une montée du niveau de la mer dans les années à venir. Selon le programme des Nations unies pour l’Environnement, près de la moitié de la population mondiale vit dans un rayon de 60 kilomètres de la mer, et trois quarts des grandes villes sont situées sur le littoral. En Israël, 2,5 millions de personnes vivent dans la plaine côtière ou le long des 196 kilomètres du littoral israélien.

Mais malgré l’importance de protéger et de développer la cote qui borde les eaux, les autorités compétentes sur les plages et les mers sont en général un méli-mélo confus d’organes locaux et gouvernementaux.

À titre d’exemple, en Israël, le ministère de l’Énergie exerce son autorité sur les cours d’eau, selon l’ancien ministre de l’Intérieur Ophir Pines-Paz, qui supervise désormais le Coastal Authorities Forum, qui demande que les municipalités côtières gèrent leurs plages. « Mais ils n’ont aucun intérêt à protéger les plages, donc ça devient impossible pour les autorités locales d’agir », explique-t-il.

« Pour nous, distinguer « plage » et « mer », c’est ridicule. »

Adam Teva V’Din et Zalul, deux groupes environnementaux locaux, proposent des lois similaires à la Knesset, pour conférer l’autorité aux 15 municipalités côtières sur le littoral israélien, afin de mettre en place des projets pour protéger et développer la côte en toute sécurité. Le projet de loi Adam Teva V’Din prévoit la création d’une autorité maritime et côtière indépendante.

Le Forum des autorités côtières de Pines-Pas organisera une conférence des « communautés bleues » pour les maires des villes situées le long de la Méditerranée en Israël. La conférence est prévue pour le mois de décembre et fait écho à la tendance internationale sur la coopération sur ce sujet.

« La coopération est extrêmement importante, et c’est une bonne chose qu’elle existe, et il y a beaucoup à faire », déclare Maya Jacobs, directrice générale de Zalul. « Israël a véritablement besoin d’apprendre de la communauté internationale, parce que nous faisons face aux mêmes problèmes.

Rachelle Alterman, professeure en développement urbain au Technion, était directrice de Mare Nostrum, un projet financé par l’Union européenne à hauteur de 4.8 millions de dollars pour créer des régulations internationales et gérer le littoral méditerranéen.

« Le long de la méditerranée, les gens sont moins dociles vis-à-vis de lois et moins respectueux des lois de planification urbaine «, dit-elle. « Chaque pays a des lois et ses agences de planification, cependant, la question qui se pose, c’est de savoir comment les mettre en place, quelles mesures d’incitation et de dissuasion légales appliquer. »

Elle a souligné que la mise en vigueur de la planification urbaine n’est pas « un sujet très sexy », et consiste en général en des « fonctionnaires assis dans des coins poussiéreux » des locaux de la municipalité. Mais Alterman
espère que proposer un forum international à ceux qui sont chargés de faire entrer en vigueur la planification urbaine responsable sur les littoraux permettra aux employés du gouvernement de ramener cette question au premier plan.

Promenade du port de Tel Aviv. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Promenade du port de Tel Aviv. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

“Chaque pays fait face à ces problèmes, mais légifère différemment”, dit Alterman. « La seule façon d’échanger des informations est de mettre en relation ceux qui gèrent la mise en application. » Alterman espère planifier la première opportunité de créer un réseau pour ces fonctionnaires responsables de la mise en vigueur. Cette rencontre devrait avoir lieu cet hiver à Barcelone, dans la continuité du projet Mare Nostrum.

Du côté des activistes et des chercheurs, il s’agit davantage d’une course contre la montre. Selon National Geographic, le niveau de la mer est monté de 3,5 millimètres par an depuis les années 90. Les océans pourraient monter de 0,8 à 2 mètres d’ici 2100, ce qui inonderait de nombreuses grandes villes dans le monde.

De nombreuses personnes qui ont participé à la conférence DLD ont cité Barcelone comme exemple de l’intégration ville/côte.

Depuis 1993, suite aux Jeux Olympiques d’été de 1992, la ville a vu son nombre de touristes tripler au point d’atteindre 8 millions de visiteurs par an, et le nombre de croisiéristes a été multiplié par 16, ce qui a fait de Barcelone la quatrième destination de croisière au monde, selon Marc Darder, Chef de l’unité chargée de l’exécution dans le ministère de la Territorialité et de la Durabilité dans le gouvernement Catalan.

Il a évoqué le projet de rénovation de fronts de mer, l’un des « développements urbains les plus ambitieux et les plus réussis de la ville ». Pour lui, c’est la raison pour laquelle la ville est devenue si populaire auprès des touristes. Avant le projet de rénovation, le front de mer était plein de dépôts de stockage, de voies ferrées et de cabanes illégales sur la plage. Mais tout ne s’est pas passé sereinement.

« Les intérêts économiques privées ont rempli les plages de casinos, d’hôtels, de marinas et de restaurants », raconte-t-il. « La plage a servi de champ de bataille entre différentes agences du gouvernement pour en avoir l’autorité. »

Darder explique que ce qui a fait de la plage de Barcelone un succès, ce sont les espaces verts et les bâtiments publics qui jouent le rôle de couloir pour accéder facilement à la mer, l’intégrant ainsi à la ville. Les parcs publics le long de l’eau profitent non seulement aux plagistes, mais forment également une barrière physique aux rues et aux immeubles au cas où le niveau de la mer venait à monter.

« La plage d’une ville ne doit pas ^^être un collier, un juste une fine ligne. Ça doit plutôt prendre la forme d’un peigne, d’une intensité forte qui est pleinement intégré à la ville. »

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