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Le Sierra Club reprogramme ses voyages en Israël après les avoir annulés

Le groupe américain a dit avoir pris la décision "hâtivement" sans avoir assez consulté les groupes extérieurs ; elle avait été accusée de blanchir les crimes d'Israël

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Photo d'illustration : Des randonneurs dans le nord d'Israël, le 22 février 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Photo d'illustration : Des randonneurs dans le nord d'Israël, le 22 février 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

L’organisation à but non-lucratif américaine Sierra Club a fait savoir, mardi, qu’elle allait à nouveau proposer des voyages en Israël, faisant volte-face après avoir annulé les séjours prévus suite aux pressions exercées par les groupes antisionistes et progressistes, et notamment par des activistes juifs d’extrême-gauche.

Cette volte-face a eu lieu dans le sillage d’une campagne menée par des organisations juives mainstream et alors que l’ONG, dont le siège est en Californie, tente d’inclure les thématiques contemporaines de justice raciale au sein de sa mission de défense de l’environnement, qu’elle mène depuis 130 ans.

« Récemment, Sierra Club a hâtivement pris la décision, sans consulter un nombre suffisamment important d’acteurs, de reporter deux voyages organisés en Israël », a dit l’organisation dans une déclaration qui a été attribuée à son directeur-général, Dan Chu. « Le processus ayant entraîné cette prise de décision s’est déroulé dans des circonstances qui ont porté à la confusion, la colère et à la frustration. »

« Nous n’adoptons pas de positionnement au-delà d’une certaine portée en matière de politique étrangères. Nous n’avons pas les connaissances nécessaires pour le faire, et ce n’est pas notre rôle », a ajouté la déclaration. Le groupe est aussi engagé dans la lutte contre l’antisémitisme.

La déclaration a ajouté que Sierra Club proposait des séjours au sein de l’État juif depuis presque une décennie et « nous avons l’intention de réactualiser bientôt notre programme de manière à offrir de nouveaux voyages en Israël à la fin de l’année ».

Lors de futurs voyages au sein de l’État juif, l’organisation Sierra Club s’est engagée « à consulter pour avis un large éventail de partenaires » pour permettre aux participants de mieux comprendre la région.

« En échouant à dialoguer avec tous les acteurs, qu’il s’agisse de nos membres ou de nos partisans ou de nos nombreux alliés – traditionnels ou plus récents – nous avons causé une souffrance profonde aux niveaux personnel et spirituel », a continué le communiqué.

Un grand nombre de groupes juifs avaient dénoncé la décision prise par Sierra Club d’annuler les voyages, la semaine dernière.

Les Conseils juifs des relations communautaires de San Francisco et de la Silicon Valley, les Fédérations juives d’Amérique du nord, le Centre Simon Wiesenthal, le groupe environnemental Hazon et le Caucus législatif juif de Californie avaient appelé Sierra Club à revenir sur cette annulation.

Ils ont applaudi l’annonce faite par l’ONG, mardi.

Le Conseil juif des relations communautaires de San Francisco a expliqué être « satisfait de voir que Sierra Club a pris en compte les inquiétudes de la communauté juive concernant le report de ses voyages en Israël et ses dirigeants travaillent aujourd’hui avec les organisations juives sur une mission de sensibilisation et d’approfondissement des connaissances sur le sujet ».

Le directeur du groupe, Tyler Gregory, a expliqué « qu’il est déterminant de ne pas permettre les tentatives cyniques de certains qui s’efforcent d’ôter sa légitimité à l’État d’Israël en poussant ainsi les Juifs et les personnes entretenant des liens avec Israël hors de la sphère de la justice sociale ».

« Et, ce qui est tout aussi important, nous ne pouvons pas tolérer qu’une problématique aussi importante que la lutte contre le changement climatique soit compromise en raison de querelles internes toxiques », a-t-il ajouté.

Ross Macfarlane, vice-président du Sierra Club, a téléphoné au rabbin Abraham Cooper du centre Simon Wiesenthal pour l’informer de sa décision, a fait savoir le centre dans la journée de mardi.

Macfarlane a présenté ses excuses pour les annulations soudaines des séjours au sein de l’État juif, affirmant que les voyages continueraient à l’avenir. Il a aussi dénoncé le mouvement anti-israélien BDS (Boycott, Divestment and Sanctions), a affirmé le centre Simon Wiesenthal.

Des activistes de BDS à New York City, le 15 mai 2021. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

« Nous apprécions ce passage à l’action rapide qui a permis à Sierra Club de revenir sur l’annonce de l’annulation des voyages en Israël, une annulation qui plaçait cette célèbre organisation de défense de l’environnement directement dans la ligne de mire de BDS et des fanatiques anti-Israël et anti-paix », a dit Cooper.

Sierra Club est une organisation nationale à but non-lucratif américaine dont le siège est en Californie. L’ONG avait annoncé l’annulation de ses séjours en Israël après que les activistes ont accusé le Sierra Club « d’écoblanchiment » – ou greenwashing – du conflit israélo-palestinien. Le greenwashing, comme le pinkwashing (qui renvoie aux droits des membres de la communauté LGBTQ), est un terme utilisé par les critiques d’Israël qui se réfère au fait de se focaliser sur une valeur ou une politique libérale de l’État juif pour mieux détourner le regard du traitement présumé des Palestiniens par Israël.

Cette décision avait été prise alors que le Sierra Club, l’une des organisations de défense de l’environnement les plus anciennes et les plus influentes aux États-Unis, a pris une initiative visant à promouvoir plus ouvertement dans ses missions les valeurs et le langage progressistes, notamment la rhétorique utilisée dans les luttes en faveur de la justice sociale et de l’antiracisme. Le groupe avait été vivement critiqué en 2020 pour les propos racistes qui auraient été tenus par son fondateur John Muir, un écologiste de la fin du 19è siècle et du début du 20e siècle.

Muir avait tenu des propos qui avaient été considérés comme méprisants à l’égard des Afro-américains et des populations indigènes, décrivant, par exemple, les autres groupes raciaux comme des populations « sales » et « paresseuses ». D’autres personnalités de l’ONG Sierra Club, dans le passé, avaient été racistes, a reconnu le groupe.

« Sierra Club est un groupe âgé de 129 ans dont l’histoire est complexe, et dont une partie de l’histoire a contribué et très certainement reflété les systèmes d’oppression qui étaient alors en vigueur dans la société », avait dit le groupe.

« Alors que nous avons fait des progrès majeurs au cours de la dernière décennie pour nous attaquer à ces questions et pour trouver des solutions, le chemin que nous avons à parcourir reste encore long pour que nous devenions l’organisation anti-raciste que nous devons absolument être dorénavant », a-t-elle continué.

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