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L’ONG Sierra Club annule ses voyages en Israël suite à des pressions

L'organisation environnementale américaine a été accusée de greenwashing -"d'écoblanchiment" - du conflit israélo-palestinien par certains groupes progressistes et antisionistes

Des gens assis près de l'eau sur la plage de Hamei Zohar sur les rives de la mer Morte, le 10 novembre 2015 (Nati Shohat / Flash90)
Des gens assis près de l'eau sur la plage de Hamei Zohar sur les rives de la mer Morte, le 10 novembre 2015 (Nati Shohat / Flash90)

J. The Jewish News of Northern California via JTA — L’organisation à but non-lucratif de défense de l’environnement du Sierra Club a annulé ses déplacements prévus en Israël suite aux pressions exercées par certains groupes progressistes et antisionistes.

Cette décision a été prise après que les activistes ont accusé le Sierra Club « d’écoblanchiment » – ou greenwashing – du conflit israélo-palestinien et « d’apporter une légitimité à l’État d’Israël, qui pratique l’apartheid à l’égard des Palestiniens », a résumé dans un courriel envoyé cette semaine l’une des dirigeantes en charge des voyages, qui œuvre aux côtés des bénévoles qui travaillent au sein de l’organisation.

Le greenwashing, comme le pinkwashing (qui renvoie aux droits des membres de la communauté LGBTQ), est un terme utilisé par les critiques d’Israël qui se réfère au fait de se focaliser sur une valeur ou une politique libérale de l’État juif pour mieux détourner le regard du traitement présumé des Palestiniens par Israël.

L’information de la décision prise par le Sierra Club a été livrée par un courriel collectif obtenu par J. qui avait été envoyé par une haute-responsable de l’organisation, Mary Owens, à des centaines de bénévoles qui s’occupent des voyages à la fois récréatifs, éducatifs et consacrés à la conservation de l’environnement dans le monde entier qui sont organisés à l’initiative de l’ONG américaine.

Depuis des années, le Sierra club propose des voyages au sein de l’État juif pour explorer la biodiversité du pays, les migrations des oiseaux, les paysages désertiques et les ruines antiques.

Le voyage de l’année dernière s’appelait « Points forts naturels et historiques d’Israël », un séjour de deux semaines qui était proposé au prix d’environ 5 000 dollars par personne. Au programme de ce « voyage authentique à travers une terre éternelle », comme le notait la publicité, l’observation des oiseaux, de la plongée en apnée, un déplacement à la mer Morte et des soirées passées dans un kibboutz. Les voyages offerts par Sierra Club sont une source de financement majeure pour l’organisation.

Le chef des bénévoles pour ce voyage en Israël, cette année, était Shlomo Waser de Sunnyvale. Waser n’a pas répondu à une demande de commentaire émanant de J.

Des grues grises affluent au lac Agamon Hula dans la vallée de Hula, dans le nord d’Israël, le 7 décembre 2016. (Crédit : AFP / JACK GUEZ)

Sur le site du Sierra Club, plus de 250 voyages à venir sont enregistrés – plus de 200 dans des régions des États-Unis et d’autres dans des pays comme la Malaisie, le Népal, et l’Antarctique. Un déplacement pour la Chine est prévu au mois d’octobre.

Pour autant, il n’y a plus aucune trace du voyage en Israël et un certain nombre de pages du site contenant des informations sur les séjours des années passées au sein de l’État juif avaient disparu vendredi après-midi. Une note publiée en haut de la page consacrée aux destinations du Moyen-Orientprécise qu’aucun séjour dans la région n’est prévu pour le moment.

Le courriel écrit par Owens, qui a précisé ne pas être autorisée à parler aux médias, explique que la décision prise par le Sierra Club d’annuler les voyages – deux étaient prévus ce mois-ci et un autre au mois de mars 2023 – résulte d’une campagne de pressions exercées par un activiste juif américain et par des groupes progressistes et antisionistes, notamment l’organisation propalestinienne Adalah Justice Project ; le groupe de défense des droits des indigènes NDN Collective; le groupe Campaign for the Boycott of Israel et les organisations Jewish Voice for Peace ; Sunrise Movement et Movement for Black Lives.

Un employé du NDN Collective a confirmé qu’il avait connaissance des efforts livrés par son organisation mais qu’il n’était pas autorisé à en dire davantage. Une demande de commentaire adressée à JVP, groupe juif antisioniste, est par ailleurs restée sans réponse.

« Le 20 janvier, le conseil d’administration a reçu un courriel d’un activiste juif américain nous exhortant à annuler nos prochains voyages en Israël (prévus le 15 et le 29 mars 2022 et au mois de mars 2023), nous accusant ‘d’écoblanchiment’ au détriment du conflit israélo-palestinien de d’apporter une légitimité à l’État d’Israël, pays qui pratique l’apartheid à l’encontre des Palestiniens », stipulait le courriel d’Owens.

De jeunes membres de Jewish Voice for Peace manifestent contre Birthright. (Autorisation : Jewish Voice for Peace via JTA)

Le conseil d’administration a informé Owens et l’équipe chargée des voyages du courrier. Cette dernière « a envoyé notre réponse standard qui établit que nos destinations de voyage ne sont pas impactées par d’éventuels conflits ou politiques régionales », a ajouté Owens dans son courriel. « L’activiste n’a pas été satisfait et il a indiqué qu’il demanderait à d’autres groupes de s’impliquer à ses côtés dans sa démarche ».

« Le 22 février, le conseil d’administration a reçu un courriel d’une coalition d’organisations… qui a émis des menaces à notre encontre en nous disant que si les prochains séjours n’étaient pas annulés dans la semaine suivante, ils diffuseraient publiquement l’information que l’organisation avait contrevenu aux valeurs organisationnelles que le Sierra Club a récemment fait siennes ».

Le courriel a ajouté que le directeur exécutif Dan Chu « a alors nommé un groupe chargé de mettre en place une réponse » et a fait part de la controverse aux responsables des voyages en Israël.

Le groupe spécial désigné par Chu a rencontré les activistes progressistes, a continué le courriel, « qui ont insisté sur le fait que tout compromis était impossible et qui ont répété leur demande que nous annulions les voyages à l’horizon du 7 mars ».

Le groupe « a passé plusieurs jours à examiner les avantages et les inconvénients » de la situation, a écrit Owens, qui a ajouté que « l’équipe chargée des voyages n’était pas favorable à l’annulation des séjours ».

En fin de compte, deux membres du groupe nommé par Chu ont recommandé l’annulation des voyages « et ce dernier a accepté », a écrit Owens.

Le service de presse national du Sierra Club n’a pas répondu à une liste détaillée de questions transmises par The Jewish News of Northern California.

Cette décision survient alors que le Sierra Club, qui est l’une des organisations de défense de l’environnement les plus anciennes et les plus influentes aux États-Unis, a pris une initiative visant à promouvoir plus ouvertement dans ses missions les valeurs et le langage progressistes, notamment la rhétorique utilisée dans les luttes en faveur de la justice sociale et de l’antiracisme.

Dans le courrier d’Owens, un lien vers une page internet qui renvoyait à un guide de « la pratique de l’antiracisme au Sierra Club », avec la nécessité « d’actions ciblées et durables », de « la promotion de la transparence » et du « rejet de l’oppression raciale intériorisée », entre autres principes.

En date du 17 juin, l’année dernière, le groupe avait annoncé pour la toute première fois soutenir le principe des réparations offertes aux Afro-américains. « Il est impossible de créer une planète saine, sûre et durable sans reconnaître et sans s’attaquer matériellement aux impacts du racisme passé et présent sur les plans économique, culturel, psychologique et spirituel », avait indiqué un communiqué émis à ce moment-là.

Certains membres de longue date du groupe considèrent cette adoption des concepts propres à la justice sociale comme un tournant idéologique vers la gauche dans une organisation qui a été considérée dans toute l’histoire comme inclusive de toutes les sensibilités politiques. La décision prise sur Israël vient aujourd’hui renforcer ce point de vue.

« C’est comme un balancier qui vient de partir très à gauche du côté progressiste », dit David Neumann, membre Juif du Sierra Club depuis 1968 qui dirige les escapades organisées par l’organisation en Californie et dans l’état de l’Oregon où il réside.

« Mais manifestement, les gens qui se préoccupent de l’environnement ne sont pas nécessairement progressistes », continue-t-il. « On peut s’inquiéter de l’environnement et nourrir un point de vue différent au niveau politique. Nous comptons des républicains parmi nous ».

Neumann déclare s’opposer avec force à l’annulation des voyages en Israël, affirmant qu’elle a été le résultat d’un « test de pureté » idéologique et qu’elle représente une capitulation devant les groupes progressistes qui ont « resserré les vis » autour des dirigeants du Sierra Club.

« Je sais bien qu’il luttent pour l’équité et la justice – moi aussi, d’ailleurs, pas de problème là-dessus », poursuit-il. « Mais ces groupes qui qualifient Israël d’État d’apartheid – ça va beaucoup trop loin », estime-t-il. « C’est fou ».

Owens, la présidente, a écrit dans son courriel qu’elle et les autres responsables des séjours avaient été « très déçus par cette décision ».

« C’est un précédent terrible qui a été établi », a-t-elle écrit, un précédent « qui peut potentiellement mettre en danger d’autres voyages internationaux et nationaux, qui peuvent être dorénavant amenés à subir le même sort ».

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