Les EAU et Bahreïn sont-ils devenus moins pro-palestiniens que l’Europe ?
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Analyse

Les EAU et Bahreïn sont-ils devenus moins pro-palestiniens que l’Europe ?

Les accords signés par Abou Dhabi et Manama appellent vaguement à une "solution au conflit israélo-palestinien" sans mentionner explicitement deux Etats ou les implantations

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre des Affaires étrangères   Abdullah bin Zayed al-Nahyan et son homologue du Bahreïn Abdullatif al-Zayani au cours de la cérémonie des Accords d'Abraham, le 15 septembre 2020 (Crédit  : AP Photo/Alex Brandon)
Le ministre des Affaires étrangères Abdullah bin Zayed al-Nahyan et son homologue du Bahreïn Abdullatif al-Zayani au cours de la cérémonie des Accords d'Abraham, le 15 septembre 2020 (Crédit : AP Photo/Alex Brandon)

C’est officiel : les Emirats arabes unis et Bahreïn sont dorénavant moins pro-palestiniens que les Européens.

Les responsables et les analystes, qui avaient connaissance des relations clandestines entretenues par Jérusalem avec plusieurs Etats arabes, affirment depuis longtemps que ces derniers ne se préoccupent plus véritablement des Palestiniens. Dans leurs déclarations publiques, toutefois, tous les gouvernements arabes restent fidèles au dogme et répètent la nécessité de l’établissement d’un Etat palestinien sur la base des frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale, ainsi que l’obligation de trouver une solution juste à la question des réfugiés.

Mais – de manière difficilement croyable – les accords signés entre l’Etat d’Israël et les Emirats arabes unis et le Bahreïn, dans la journée de mardi, ne reflètent pas de telles inquiétudes.

Ainsi, ils ne contiennent aucune référence à l’Initiative de paix arabe ou à des résolutions antérieures adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies. Pas de lignes pré-1967, pas de capitale à Jérusalem-Est, pas de réfugiés. Même le concept de « solution à deux Etats » – dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu se réclamait dans le passé et auquel l’administration américaine apporte encore son soutien – brille par son absence dans les accords, comme c’est le cas également des entreprises d’implantations israéliennes en Cisjordanie.

Dans le préambule du « Traité de paix, de relations diplomatiques et de pleine normalisation entre les Emirats arabes unis et l’Etat d’Israël », les deux pays font la promesse de « continuer leurs efforts en faveur de la mise en place d’une solution juste, totale, réaliste et durable au conflit israélo-palestinien ».

Jérusalem et Abou Dhabi s’engagent également à œuvrer de concert « à la réalisation d’une solution négociée au conflit israélo-palestinien qui puisse réaliser les besoins et les aspirations légitimes des deux populations, et de prôner la paix, la stabilité et la prospérité au Moyen-Orient ».

Texte de la déclaration de paix entre les Emirats arabes unis et Israël. (Maison Blanche)

Et c’est un langage très similaire qui est utilisé dans la « Déclaration de paix, de coopération et de relations diplomatiques constructives et amicales entre l’Etat d’Israël et le Royaume du Bahreïn ».

« Les parties ont évoqué leur engagement partagé à faire avancer la paix et la sécurité au Moyen-Orient… et à continuer les efforts visant à mettre en place une résolution juste, totale et durable du conflit israélo-palestinien », est-il écrit dans le document.

Cette formulation minutieusement réfléchie permet à toutes les parties de sauver la face : les Emiratis et les Bahreïnis pourront affirmer qu’ils ont défendu leurs frères palestiniens, tandis que Netanyahu pourra dire à sa base de droite, au sein de l’Etat juif, qu’il s’est opposé à l’idée d’un Etat palestinien et qu’il annexera des territoires de la Cisjordanie à l’avenir.

Dans leurs discours respectifs à la Maison Blanche, les ministres des Affaires étrangères ont opté pour des approches différentes. Abdullatif Al-Zayani, pour le Bahreïn, s’est contenté de dire du bout des lèvres que « la paix et la sécurité ne seront possibles qu’à travers un engagement authentique qui saura protéger les droits et les intérêts des pays et des peuples de la région ».

L’Emirati Abdullah bin Zayed al-Nahyan s’est montré plus précis, disant que son pays voulait « défendre les Palestiniens et réaliser leurs espoirs d’un Etat indépendant ».

Le président Donald Trump, à gauche, regarde le ministre des Affaires étrangères émirati Abdullah bin Zayed Al-Nahyan, à droite, lors de la cérémonie de signature des Accords d’Abraham alors que les deux hommes se trouvent sur le balcon Truman de la Maison Blanche à Washington, le 15 septembre 2020. (Crédit : SAUL LOEB / AFP)

Il aurait pu dire qu’il imaginait un Etat fondé sur la base des lignes pré-1967, avec Jérusalem-Est comme capitale, et qu’Abou Dhabi ne reconnaissait l’Etat juif que dans le cadre de ses frontières internationalement admises. Il aurait pu vivement recommander à l’Etat juif de cesser d’élargir les implantations sur les territoires destinés à ce futur Etat. Mais il a choisi de ne pas le faire.

A-contrario, l’Union européenne n’aurait probablement jamais signé un accord avec Israël qui n’aurait pas spécifiquement établi qu’il ne s’appliquerait pas aux implantations. Bruxelles émet rarement – si ce n’est jamais – de communiqués sur Israël qui ne soulignent pas le positionnement de l’Europe dans le conflit.

Même dans son communiqué saluant l’accord entre Israël et les Emirats arabes unis, l’Union européenne explique « rester ferme dans son attachement à une solution à deux Etats viable et négociée construite sur la base du droit et des paramètres internationaux ».

C’est certain, les EAU et Bahreïn ont, ces derniers jours, réaffirmé leur adhésion à l’Initiative arabe de paix qui réclame l’établissement d’un Etat palestinien sur les lignes pré-1967 avec Jérusalem-Est comme capitale. Leur positionnement sur les questions figurant au cœur du conflit – les mêmes auxquelles s’attache l’Union européenne – n’a pas changé, ont insisté les officiels des deux pays.

Mais le fait qu’ils aient convenu de signer des accords – et dans le cas des Emirats, un traité qui devra être ratifié par son parlement – sans aucun des paramètres mentionnés ci-dessus est parlant. Et que les accords ne mentionnent pas la solution à deux Etats – un concept approuvé par les Etats-Unis, qui ont parrainé l’accord – est stupéfiant.

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