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Interview

Les efforts de paix peuvent progresser malgré le désintérêt affiché par les deux parties, dit l’envoyé européen

Sven Koopmans s'est entretenu avec le Times of Israel, évoquant le plan de Conférence de paix préparatoire de Bruxelles - avec des acteurs du monde entier qui soumettront des propositions en vue d'une solution globale au conflit

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

L'envoyé européen pour la paix au Moyen-Orient Sven Koopmans au mois d'août 2022. (Capture d'écran : YouTube ; used in accordance with Clause 27a of the Copyright Law)
L'envoyé européen pour la paix au Moyen-Orient Sven Koopmans au mois d'août 2022. (Capture d'écran : YouTube ; used in accordance with Clause 27a of the Copyright Law)

Un haut-responsable de l’Union européenne a donné de nouveaux détails concernant une initiative lancée par Bruxelles qui se propose d’accueillir « une conférence de paix préparatoire » qui réunira des acteurs régionaux. L’objectif ? Promouvoir une solution à deux États dans le conflit israélo-palestinien.

Un effort qui fait partie de la feuille de route qui a été mise en place par le chef de la politique étrangère de l’UE, Josep Borrell, dans le cadre de la paix entre Israël et les Palestiniens – un plan dont le contenu avait fuité auprès des médias au mois de janvier dernier.

Au cours d’un entretien réalisé cette semaine, l’envoyé spécial au processus de paix israélo-palestinien de l’Union européenne, Sven Koopmans, indique que la conférence qui a été envisagée par son supérieur n’aura pas la portée du sommet international pour la paix que réclame depuis longtemps le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

« La tenue d’une importante conférence où la présence de tous est attendue, au même moment, est actuellement improbable, elle n’atteindrait pas son objectif. Mais ce sur quoi on peut travailler, c’est sur une Conférence de paix préparatoire où tout le monde pourra être rassemblé – peut-être dans des pièces séparées et à des moments différents », explique l’envoyé.

Bruxelles cherche, par le biais de cette Conférence préparatoire, à prolonger l’Initiative de paix arabe de 2002, qui offrait à Israël la normalisation pleine et entière de ses relations avec ses voisins arabes si le pays acceptait une solution à deux États sur les lignes pré-1967, et de poursuivre également les accords d’Abraham qui avaient permis aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et au Maroc de tisser des liens diplomatiques avec Israël.

Selon Koopmans, la Conférence sera aussi une extension du « Peace Day Effort » que l’UE avait accueilli en partenariat avec l’Arabie saoudite et avec la Ligue arabe en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, au mois de septembre dernier.

« Elle ne produira pas son propre accord de paix israélo-palestinien mais elle nous en rapprochera en montrant ce à quoi la paix régionale pourrait ressembler en pratique », déclare Koopmans.

L’officiel de l’Union européenne reconnaît qu’un cessez-le-feu dans la guerre qui oppose actuellement l’État juif au Hamas dans la bande de Gaza et la remise en liberté des otages qui sont actuellement dans les geôles du groupe terroriste sont nécessaires pour que cette conférence puisse être organisée, mais il insiste sur le fait que l’opposition du gouvernement israélien actuel à la solution à deux États ne doit pas non plus empêcher tout effort.

Des Palestiniens inspectent les destructions occasionnées par l’offensive israélienne dans le camp de réfugiés de Jabaliya, dans la bande de Gaza, le 29 février 2024. (Crédit : AP/Mahmoud Essa)

« C’est une approche d’une grande normalité – même si elle paraît vieux jeu – de dire que la paix n’est pas possible en l’absence d’un partenaire, ce qui justifie le fait de ne rien faire », déclare Koopmans.

« Peut-être que le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne le veut pas et que le Hamas ne le veut très certainement pas, mais cela ne signifie pas que le reste du monde ne le veut pas ou que le reste du monde ne peut rien faire pour faire avancer sa cause », affirme-t-il.

Des propos qui font écho à des paroles qui avaient été prononcées par Borrell au mois de janvier lorsqu’il avait suggéré que la solution à deux États devait « être imposée depuis l’extérieur » et sans l’accord d’Israël.

Au cours d’un discours prononcé à l’université de Valladolid, en Espagne, Borrell avait expliqué que sans intervention internationale, « la spirale de la haine continuera, génération après génération », selon les médias espagnols. « L’opposition entre les acteurs est trop forte pour qu’un accord puisse être atteint de façon autonome », avait continué le chef de la politique étrangère de l’Union européenne. « Si tout le monde est favorable à cette solution, alors la communauté internationale devra l’imposer ».

Le chef de la politique étrangère de l’Union européenne, Josep Borrell, assiste à une conférence de presse à Kiev, le 7 février 2024. (Crédit : Efrem Lukatsky/AP)

De son côté, Koopmans fait preuve de plus de retenue en déclarant que « bien sûr, nous ne pouvons pas, en fin de compte, faire la paix sans que les leaders israéliens et palestiniens y consentent mais il nous est possible, en revanche, de préparer le terrain ».

Il reconnaît que l’attaque terroriste meurtrière du 7 octobre et la guerre à Gaza qui a suivi ont compliqué les efforts de paix. Il ajoute néanmoins qu’il est temps dorénavant de poursuivre ces efforts, alors que l’attention portée par le monde au conflit israélo-palestinien n’a jamais été plus grande.

Le diplomate européen admet qu’aucun plan ne pourra être mis en œuvre immédiatement mais, en même temps, il rejette une initiative dont l’objectif serait de résoudre le conflit et qui porterait sur des années.

« L’UE n’est pas intéressée par une feuille de route qui nous renverrait dans cinq ans alors que nous savons très bien qu’une telle feuille de route n’aboutira jamais », dit Koopmans.

Il indique que les deux parties au conflit seront invitées à la conférence préparatoire mais qu’il ne faudra pas considérer leur éventuelle absence comme un échec dans la mesure où les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, du Moyen-Orient et d’autres pays désireux d’offrir des incitations en faveur de la solution à deux États seront pour leur part bien présents, faisant avancer les choses.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’une conférence de presse télévisée en soirée, le 29 février 2024. (Crédit : Capture d’écran)

« Dans ce genre de conférence, vous vous efforcez d’adopter un plan de travail qui permettra, par la suite, de développer toutes les composantes d’une paix régionale authentique. Ce qui diffère de l’ancien modèle – le modèle de Camp David – où vous aviez le dirigeant israélien et le dirigeant palestinien qui s’étaient réunis autour du président américain », maintient Koopmans.

Les personnes qui viendront à la conférence commenceront à travailler sur des projets de coopération régionaux dans une grande variété de domaines – autant de plans qui pourront être adoptés et mis en place après la signature de la paix entre les Israéliens et les Palestiniens.

Koopmans souligne l’enveloppe d’incitations politique, économiques et sécuritaires qui avait été dévoilée par Bruxelles en 2013 pour aider à soutenir les négociations qui étaient alors menées par le secrétaire d’État américain John Kerry. « J’ai aujourd’hui le mandat nécessaire pour continuer à développer cette enveloppe en explorant ce qu’il est possible de faire avec la Jordanie, avec le Liban et avec d’autres acteurs régionaux de premier plan, » note-t-il.

Au cours de l’interview, Koopmans accuse également Israël de soumettre l’aide humanitaire à destination des civils de Gaza à des négociations d’ordre politique.

« C’est une violation du droit international d’utiliser l’assistance humanitaire comme variable, de la même manière que ça l’est d’utiliser les otages comme un instrument politique. Cela va à l’encontre de tout ce que nous défendons », explique-t-il.

Israël insiste sur le fait que l’aide qui est préparée pour les civils gazaouis n’est pas limitée et le pays attribue la responsabilité de la lenteur de l’acheminement de l’assistance, qui est inspectée par l’État juif aux postes-frontières, aux équipes des Nations unies.

Les soldats de Tsahal mènent une opération dans la bande de Gaza sur une photo non-datée diffusée le 2 mars 2024. (Crédit : Armée israélienne)

Les Nations unies ont fait savoir qu’il était de plus en plus difficile de distribuer les aides face à l’effondrement de la sécurité. De leur côté, les organisations humanitaires affirment que les restrictions mises en place par Israël limitent considérablement le volume de l’assistance autorisée à pénétrer dans la bande. Même après l’entrée des camions dans l’enclave, une grande partie des cargaisons ne sont pas distribuées à cause de l’absence totale d’ordre à Gaza. La police du Hamas a refusé de sécuriser les convois après la mort d’une dizaine de ses agents qui ont été tués par les soldats israéliens, qui les considéraient comme des cibles légitimes.

Israël aurait offert d’augmenter les aides distribuées dans le nord de la bande dans le cadre de l’accord sur les otages qui est actuellement en cours de négociation.

Des Palestiniens déplacés se rassemblent pour acheter de la nourriture à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 28 février 2024, au milieu des combats en cours entre Israël et le Hamas (Photo par AFP).

Koopmans estime que « l’assistance humanitaire, qui sauve la vie des civils innocents, ne peut pas faire l’objet de négociations politiques [Israël acceptant l’entrée d’une plus grande quantité de produits alimentaires si le Hamas accepte certaines conditions de son côté] et c’est d’autant plus le cas quand l’autre partie, comme c’est le cas ici, est une organisation terroriste ».

« Comment peut-on dire : ‘On ne va pas donner à manger à ces enfants affamés à moins que l’organisation terroriste consente à quelque chose ?’ Ce n’est pas seulement une question d’humanité et de valeurs – même si c’est très important. C’est aussi une question de droit international ».

Quelques heures après cet entretien, des dizaines de Palestiniens ont perdu la vie alors qu’ils se ruaient sur des camions qui transportaient des aides humanitaires. Les autorités du Hamas ont fait état de 115 morts, affirmant qu’ils ont été abattus par les soldats israéliens pendant la livraison de cette assistance.

L’armée a nié avec véhémence cette accusation, disant que la plus grande partie des victimes a été tuée dans un mouvement de foule causé par la prise d’assaut des camions. Plusieurs personnes auraient été écrasées par les poids-lourds. Des hommes armés ont aussi ouvert le feu alors qu’ils pillaient les approvisionnements, a ajouté Tsahal.

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