Les évêques de France signent une déclaration contre l’antisémitisme
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Les évêques de France signent une déclaration contre l’antisémitisme

Dans le texte, les évêques s’engagent à "lutter énergiquement contre toute forme d’antisémitisme politique et religieux"

Haïm Korsia, grand rabbin de France, reçoit de la part des évêques de France une déclaration contre l’antisémitisme, le 1er février 2020. (Crédit : Twitter)
Haïm Korsia, grand rabbin de France, reçoit de la part des évêques de France une déclaration contre l’antisémitisme, le 1er février 2020. (Crédit : Twitter)

Les évêques de France ont signé ce lundi 1er février une déclaration s’engageant à lutter contre l’antisémitisme et l’antijudaïsme et exhortant les fidèles catholiques à la suivre.

La déclaration, voulue après les attentats d’octobre dernier à Conflans-Sainte-Honorine et à Nice, est intitulée « Lutter ensemble contre l’antisémitisme et l’antijudaïsme sera la pierre de touche de toute fraternité réelle ».

Elle a été signée par Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France ; des vice-présidents Mgr Dominique Blanchet et Mgr Olivier Leborgne ; de Mgr Didier Berthet, président du Conseil pour l’unité des chrétiens et les relations avec le judaïsme, accompagné de Mgr Thibault Verny, membre du Conseil pour l’unité des chrétiens et les relations avec le judaïsme.

Elle a été remise à Haim Korsia, grand rabbin de France, Joel Mergui, président du Consistoire, et Francis Kalifat lors d’une cérémonie organisée au siège parisien de la CEF. Elle doit désormais être transmise dans les diocèses de France.

Dans le texte, les évêques s’engagent à « lutter énergiquement contre toute forme d’antisémitisme politique et religieux ».

« La lutte contre l’antisémitisme doit être l’affaire de tous », est-il écrit. « Pour nous catholiques, cette préoccupation trouve son origine dans notre ‘lien spirituel’ unique avec le judaïsme. Plus que jamais, il faut rappeler l’importance des racines juives du christianisme. »

« Si la foi en Jésus nous distingue et nous sépare, elle nous oblige aussi, dans la mémoire des heures terriblement sombres de l’histoire et en gardant le souvenir des victimes de la Shoah et des assassinats antisémites de ces dernières décennies, à reconnaître ceci : guérir de l’antisémitisme et de l’antijudaïsme est le fondement indispensable d’une véritable fraternité à l’échelle universelle. Cette guérison est un chemin exigeant dans lequel tous les humains doivent s’entraider. Elle commence par la ‘résistance spirituelle à l’antisémitisme’. »

« L’expression antisémite a en effet retrouvé une vigueur inattendue », a déclaré Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France dans son discours lors de la cérémonie. « Elle n’avait jamais disparu, nous le savons ; elle trouve dans les réseaux sociaux des vases d’expansion que rien ne limite vraiment. Notre pays est un pays divisé, fracturé. Certains ont le sentiment d’être privés de leur destin. La tentation de chercher une cause est grande. Désigner un bouc émissaire est une grande tentation et l’Église catholique, de sa longue et dramatique histoire, a appris que le peuple juif, le peuple élu, le peuple aîné de l’Alliance, celui qui porte l’Alliance au nom de tous les autres et en faveur d’eux tous, est facilement désigné pour ce rôle. »

Auprès de La Croix, Mgr Thibault Verny, évêque auxiliaire de Paris et membre du Conseil pour l’unité des chrétiens et les relations avec le judaïsme de la CEF, a expliqué que la « déclaration est motivée par une actualité générale très préoccupante ».

« Il y a d’une part un antisémitisme sanglant avec des attentats et des meurtres, mais il y a également un antisémitisme rampant, fait d’insultes sur les réseaux sociaux et nourri de préjugés qui reviennent en force », a-t-il expliqué.

Le grand-rabbin de France Haim Korsia, en 2014. (Crédit : Facebook)

Haïm Korsia a salué cette « belle démarche » face aux « tentations » antisémites.

En 1997, les évêques de France avaient signé la déclaration de repentance de Drancy, reconnaissant officiellement et publiquement que « devant l’ampleur du drame et le caractère inouï [de la Shoah], trop de pasteurs de l’Église ont, par leur silence, offensé l’Église elle-même et sa mission. Aujourd’hui, nous confessons que ce silence fut une faute. (…) Nous confessons cette faute. Nous implorons le pardon de Dieu et demandons au peuple juif d’entendre cette parole de repentance ».

En 2020, le nombre d’incidents antisémites enregistrés en France en 2020 a chuté de 50 % par rapport à 2019, mais le nombre d’agressions physiques est resté pratiquement inchangé malgré le confinement dû à la COVID-19, a rapporté le service de sécurité de la communauté juive française (SPCJ).

Le service du SPCJ a enregistré 339 incidents l’année dernière contre 687 cas en 2019. Parmi ceux-ci, 44 et 45 cas, respectivement, étaient des agressions physiques, selon le rapport annuel de l’organisation. En 2017 et en 2016, le SPCJ a enregistré moins d’incidents qu’en 2020, année marquée par les mesures d’urgence destinées à freiner la propagation du coronavirus ont fortement limité l’activité en extérieur sur l’ensemble du territoire français.

Les théories conspirationnistes sur la COVID-19 sont à l’origine d’une grande partie des cas en ligne recensés, a écrit le SPCJ.

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