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Les Juifs ukrainiens, marqués par une histoire sanglante, à nouveau réfugiés

Des Juifs d'Odessa se dirigent vers la Moldavie, dont la capitale a été le théâtre d'un pogrom devenu le symbole de la fuite des Juifs d'Europe de l'Est au début du 20e siècle

  • Des réfugiés ukrainiens marchent le long de véhicules faisant la queue pour traverser la frontière entre l'Ukraine et la Moldavie, au poste frontière de Mayaky-Udobne près de Mayaky-Udobne, en Ukraine, samedi 26 février 2022. (Crédit : AP Photo/Sergei Grits)
    Des réfugiés ukrainiens marchent le long de véhicules faisant la queue pour traverser la frontière entre l'Ukraine et la Moldavie, au poste frontière de Mayaky-Udobne près de Mayaky-Udobne, en Ukraine, samedi 26 février 2022. (Crédit : AP Photo/Sergei Grits)
  • Un enfant ukrainien dort dans une tente faisant partie d'un centre humanitaire pour réfugiés à la frontière moldavo-ukrainienne, à Palalanca, en Moldavie, vendredi 25 février 2022. (Crédit : AP Photo/Aurel Obreja)
    Un enfant ukrainien dort dans une tente faisant partie d'un centre humanitaire pour réfugiés à la frontière moldavo-ukrainienne, à Palalanca, en Moldavie, vendredi 25 février 2022. (Crédit : AP Photo/Aurel Obreja)
  • Des Juifs d'Ukraine arrivent au centre communautaire de juif de Chisinau, en Moldavie, le 25 février 2022. (Crédit : Rabbi Pinchas Salzman/via JTA)
    Des Juifs d'Ukraine arrivent au centre communautaire de juif de Chisinau, en Moldavie, le 25 février 2022. (Crédit : Rabbi Pinchas Salzman/via JTA)
  • Rues tranquilles d'Anatevka, Ukraine, le 14 janvier 2020. (Simona Weinglass/Times of Israel)
    Rues tranquilles d'Anatevka, Ukraine, le 14 janvier 2020. (Simona Weinglass/Times of Israel)

JTA — Partout en Ukraine, les Juifs vivent une expérience historique qui se répète : ils redeviennent des réfugiés.

Des centaines d’entre eux, fuyant Odessa, se sont dirigés vers la nation appauvrie de Moldavie dont la capitale, Chisinau, avait été le site d’un pogrom majeur. Elle était devenue un symbole de l’émigration juive en provenance d’Europe de l’Est au début du XXe siècle.

Alors que les troupes russes envahissent l’Ukraine et bombardent ses villes, de nombreux Ukrainiens se déplacent à l’intérieur du pays et tentent de partir pour d’autres pays. Les passages frontaliers à l’ouest et au sud du pays attirent des milliers d’exilés potentiels, selon le Guardian. Il y a aussi au moins 100 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays.

Certains des 43 000 Juifs qui vivent en Ukraine font partie de cette malheureuse migration.

Le grand rabbin d’Ukraine Moshe Azman, fondateur de la communauté d’Anatevka près de Kiev, en Ukraine, le 29 février 2016. (Crédit : R. Litevsky/autorisation du bureau du rabbin Moshe Azman)

« Nous venons d’apporter de nombreux matelas dans la partie la plus solide du bâtiment. Cela devrait aller pour l’instant », a déclaré Moshé Azman, l’un des nombreux hommes portant le titre de grand rabbin en Ukraine, qui a expliqué à JTA ce qui se passe dans l’enceinte résidentielle près de Kiev qu’Azman et sa communauté ont mis en place en 2014 pour aider les réfugiés juifs qui fuyaient la dernière invasion russe.

Nommé Anatevka — une référence à la ville natale fictive de Tevye le laitier, de la célèbre comédie musicale de Broadway « Un violon sur le toit » et aux légendaires nouvelles de Sholom Aleichem sur lesquelles il était basé — le complexe a vu des dizaines de familles arriver de régions plus densément peuplées, selon Azman.

Bon nombre des déplacés internes viennent de villes qui ont été frappées par les russes au cours des dernières 24 heures, et partent pour des endroits considérés comme moins susceptibles d’être la cible de combats, et éviter d’être dans un immeuble en ruine datant de l’ère soviétique, pendant les bombardements, a expliqué Moshé Azman.

Anatevka, construit à l’époque de l’incursion russe plus limitée de 2014, n’a pas d’abris antiaériens.

Le village juif ukrainien d’Anatevka, le 14 janvier 2020. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israel)

Plus de 100 personnes ont déjà péri dans les bombardements et les hostilités, qui n’ont pourtant pas inclus d’importants combats urbains. Une personne a été tuée et cinq autres ont été blessées lorsqu’un dispositif a explosé près du centre d’Ouman, une ville d’environ 80 000 habitants à mi-chemin entre Odessa et Kiev. Certaines parties de la ville, qui en temps de paix est une destination pour les pèlerins Juifs de l’étranger, ont été évacuées à la suite de l’explosion mortelle.

L’explosion s’est produite à environ 1 500 mètres de la tombe de Rabbi Nahman de Breslev, un éminent érudit du 18ème siècle, fondateur du mouvement hassidique Breslev. Chaque année, pour Nouvel An juif, environ 30 000 Juifs se rassemblent autour de sa tombe. Au fil des ans, des centaines d’adeptes Breslev, principalement originaires d’Israël, se sont installés à Ouman, qui compte aujourd’hui une population juive d’environ 200 personnes toute l’année.

Des dizaines d’entre eux, y compris des femmes et des enfants, sont partis depuis l’invasion, et une vidéo publiée sur Instagram montrait un bus de Juifs orthodoxes à Ouman.

Mais d’autres restent, a déclaré à JTA Chaim Chazin, un résident juif qui a déménagé d’Israël à Ouman. Sa femme et ses filles sont en Israël depuis plusieurs semaines.

Illustration : la ville d’Ouman, dans le centre de l’Ukraine, le 26 janvier 2022. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

« La situation est compliquée en ce moment », a-t-il dit. « Nous tous, tout le monde en Ukraine, devons littéralement garder la tête baissée jusqu’à ce que cela passe. »

Elisha Shlomi, un autre résident israélien d’Ouman, a déclaré à JTA que les membres restants de la communauté ont l’intention de rester, mais qu’ils déménageront dans un autre pays si les combats s’approchent ou éclatent à Ouman. Il a refusé de préciser où il prévoyait aller.

Alors que les tensions entre l’Ukraine et la Russie ont commencé à s’intensifier en novembre, certains responsables israéliens ont déclaré qu’ils se préparaient à une vague d’immigration massive en provenance d’Ukraine, où au moins 200 000 personnes sont admissibles à immigrer en Israël en vertu de la Loi du Retour pour les Juifs et leurs proches, selon une étude démographique de 2020 sur la communauté juive européenne.

Jusqu’à présent, la vague n’a pas eu l’ampleur à laquelle les fonctionnaires s’attendaient. Mais l’ambassade israélienne, qui a déménagé, avec d’autres ambassades étrangères, de Kiev à Lviv à l’ouest du pays, a enregistré ce mois-ci des appels d’environ 3 000 Ukrainiens désireux d’immigrer en Israël.

Photo non datée montrant l’extérieur du JCC Migdal à Odessa, à l’origine une synagogue construite en 1909. (Avec l’aimable autorisation de Kira Verkhovsky)

Selon Ynet, et selon l’ambassade israélienne, quelque 5 000 autres appels provenaient de personnes en Ukraine qui sont déjà citoyens israéliens. La plupart des non-citoyens qui ont communiqué avec l’ambassade sont mariés à des citoyens israéliens.

Vendredi, Yair Lapid, le ministre israélien des Affaires étrangères, a envoyé sur les réseaux sociaux un message pour les Israéliens vivant dans le pays, au sujet des routes praticables pour sortir d’Ukraine, vers la Pologne, la Roumanie et la Hongrie, qui absorbent toutes un afflux de réfugiés.

Ces derniers jours, des dizaines de milliers de personnes ont franchi la frontière ukrainienne pour se rendre en Moldavie, un pays enclavé entre la Roumanie et l’Ukraine, souvent décrit comme étant le plus pauvre d’Europe. Parmi ces réfugiés, se trouvent des centaines de Juifs des environs d’Odessa, dont les résidents jouissent normalement d’un des niveaux de vie les plus élevés de toute l’Ukraine.

Les Juifs qui sont passés en Moldavie ont reçu plus d’aide que les nouveaux arrivants non-Juifs, qui sont pour la plupart venus du sud de l’Ukraine, grâce à la mobilisation de certains Juifs moldaves pour leurs coreligionnaires ukrainiens.

Une vue de la synagogue ‘Habad de Chisinau, dans la capitale de Moldavie. (Crédit : Isabelle Ligner/AFP via Getty Images, JTA)

« Les réfugiés et leurs enfants sont logés dans des motels et reçoivent de la nourriture chaude et des fournitures essentielles » par la communauté locale, en partie grâce au financement de la Nacht Family Foundation, un organisme de bienfaisance mis sur pied par l’entrepreneur israélien Marius Nacht et son épouse Inbar. Le grand rabbin Pinchas Salzman a déclaré vendredi qu’il s’attendait à ce que des centaines d’autres réfugiés juifs arrivent dans les prochains jours.

Ils rencontreront une infrastructure en rapide développement pour accueillir les personnes déplacées par la guerre en Ukraine. IsraAID, une organisation israélienne d’aide humanitaire à but non lucratif, envoie une équipe dans la région pour aider les réfugiés. Il en va de même pour United Hatzalah, le service d’urgence israélien qui intervient fréquemment lors de catastrophes internationales. Le centre Habad de Chisinau se préparait à accueillir pour Shabbat un afflux de réfugiés juifs, bien qu’en l’absence de nourriture casher normalement importée d’Odessa.

« Avec plus de gens, il faut plus de nourriture », a déclaré le rabbin Zushe Abelsky au Los Angeles Times des États-Unis, où il se trouve actuellement. « Nos rabbins là-bas sont aussi en détresse. »

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