Les médecins israéliens face aux patients syriens
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Les médecins israéliens face aux patients syriens

À l'hôpital de Safed, le personnel soigne des blessures peu courantes et les réfugiés tentent de s'adapter au choc culturel

Une médecin soignant un enfant blessé dans un hôpital au plateau du Golan (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)
Une médecin soignant un enfant blessé dans un hôpital au plateau du Golan (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Quand une ambulance de l’armée israélienne a transporté un Syrien blessé à l’hôpital Ziv, situé au nord d’Israël, il y a deux mois, les médecins ne savaient pas d’où il provenait exactement.

Ils ont constaté que sa jambe avait été amputée, et d’après ses indications et les preuves qu’ils avaient devant eux, les médecins en ont déduit qu’il avait été touché par un obus.

Mais ils ignoraient comment il était arrivé là. Et quand il repartira plus tard ce mois-ci, ils ignorent où il ira.

« Je n’ai pas peur, » indique le Syrien, dont le nom n’a pas été indiqué par l’hôpital, car Israël et la Syrie sont en guerre. « Rien de pire ne pourra m’arriver, alors à qui cela importe que je sois en Israël ? »

Malgré les hostilités entre Israël et la Syrie, des centaines de victimes de la guerre civile syrienne qui dure maintenant depuis plus de trois ans, sont traitées dans des hôpitaux israéliens.

Le personnel médical israélien affirme être très heureux de pouvoir soigner des Syriens, mais que leurs blessures constituent parfois des défis uniques en leur genre.

D’abord, leurs blessures sont souvent complexes, en raison de l’artillerie lourde utilisée dans le conflit. Les patients arrivent parfois quelques jours après avoir été blessés, ce qui complique les soins.

Les blessés craignent souvent les Israéliens, qu’ils ont appris à mépriser, ce qui rend la tâche difficile pour Israël, qui veut traiter leur traumatisme émotionnel en plus de leurs blessures physiques.

« En tant qu’infirmiers, c’est assez rare de soigner de tels blessés, » indique Refaat Sharf, une infirmière à Ziv, qui a soigné 162 patients syriens jusqu’à présent. « Nous n’avions pas l’habitude de ces blessures, en termes de conditions et de fréquence. »

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu visite un hôpital de campagne de Ramat ha Golan (Nord d'Israël) géré par l'armée israélienne afin de soigner les victimes syriennes de la guerre civile qui frappe leur pays.  18 février 2014. (Crédit : Kobi Gideon /GPO/FLASH90)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu visite un hôpital de campagne de Ramat Hagolan (nord d’Israël) géré par l’armée israélienne afin de soigner les victimes syriennes de la guerre civile qui frappe leur pays. 18 février 2014. (Crédit : Kobi Gideon /GPO/FLASH90)

Depuis l’année dernière, plus de 700 Syriens blessés sont arrivés dans des hôpitaux israéliens depuis le poste de frontière situé sur le plateau du Golan.

L’armée israélienne y a établi un hôpital de campagne.

Les patients qui ne peuvent y être soignés sont transférés vers des hôpitaux proches. Dans certains cas, un membre de la famille est transporté avec le patient.

Les hôpitaux du nord d’Israël sont expérimentés dans les soins des patients blessés au combat – plus récemment pratiqués lors de la deuxième guerre du Liban en 2006. Mais lors de ce dernier conflit, les blessés recevaient normalement leurs soins rapidement.

Joseph Guilbart, le directeur du département de neurochirurgie pédiatrique à l’hôpital Rambam de Haïfa, se rappelle d’un cas particulièrement complexe.

Un jeune Syrien de 12 ans était arrivé dans un coma profond avec une grave blessure au cerveau. Guilbard l’a opéré plusieurs fois, afin de réduire la pression excessive exercée sur le cerveau, remplaçant des parties de son crâne par de l’acrylique. À son départ, le garçon marchait.

« Si vous vous considérez comme un médecin, un chirurgien et un spécialiste des traumatismes, vous traitez tout le monde de la même manière, » indique Hany Bathoth, le directeur du département des traumatismes à Rambam.

« Dans tous les cas, c’est comme ça. Vous ressentez que vous avez aidé un blessé. C’est ce qui vous donne la force. »

Le personnel de l’hôpital, chargé d’apporter un soutien émotionnel, indique que les Syriens hésitent à se confier à propos de ce qu’ils ont vécu.

En plus du traumatisme causé par la guerre, il y a une peur de se trouver dans l’État ennemi.

Les Arabes israéliens, qui partagent la même langue et certaines coutumes culturelles avec les blessés, sont employés à tous les échelons à Ziv et Rambam.

Ils aident les patients à se repérer dans le choc culturel dans lequel ils se trouvent.

« Si vous voulez parler du respect des hommes et des femmes, [un patient syrien] ne peut pas voir une femme, lui dire bonjour, » explique Johnny Khbeis, un Arabe israélien qui travaille comme clown médical à Ziv. « Des femmes changent leurs draps, et c’est difficile pour eux parce que ça n’arrive pas là-bas. »

Adi Pachter-Alt, le directeur-adjoint de l’assistance sociale à Rambam, affirme que la réticence des patients à parler ouvertement de leurs sentiments vient du traumatisme d’avoir été blessé, et moins de leur crainte vis-à-vis d’Israël.

« C’est dur pour nous de leur apporter un soutien psychologique car ils ne nous font pas confiance, » explique Pachter-Alt. « Ce n’est pas dû à la guerre. C’est parce qu’on est dans un autre Etat après avoir subi un traumatisme. On se sent très seul, très suspicieux. »

Le personnel médical indique que lorsqu’ils quittent l’hôpital, les Syriens sont très reconnaissants pour les soins qu’ils ont reçus. Le patient syrien de Ziv affirme que son opinion d’Israël a totalement changé pendant son séjour là-bas.

« Avant la révolte, les autorités nous disaient qu’Israël était l’ennemi et que nous devons le combattre, » dit-il.

« Mais après les événements récents là-bas, j’ai vu qu’en Israël ils prennent soin des patients. Tous les Israéliens que j’ai rencontrés, les Arabes comme les Juifs, semblent unis. »

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