Les rabbins ukrainiens s’opposent au pèlerinage après l’infection de l’un d’eux
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Les rabbins ukrainiens s’opposent au pèlerinage après l’infection de l’un d’eux

Le rabbin Mendel Cohen, évacué vers Israël pour être soigné d'urgence, prévient d’un "grand danger" ; le rabbin d'Odessa explique que le système de santé local est en faillite

Menachem Mendel Cohen, 10 septembre 2020. (Capture d'écran : Ynet)
Menachem Mendel Cohen, 10 septembre 2020. (Capture d'écran : Ynet)

Les grands rabbins d’Ukraine ont mis en garde contre le pèlerinage dans la ville d’Ouman cette année, des semaines après que l’un d’eux soit tombé gravement malade du coronavirus dans ce pays d’Europe de l’Est.

Mendel Cohen, le rabbin Habad de Marioupol, a finalement été transporté en Israël dans un état critique, par avion dans une nacelle scellée, car les officiels de santé pensaient qu’il avait besoin d’un traitement d’urgence par ECMO, qui n’est pas disponible en Ukraine. Sa situation s’améliore désormais.

« La détérioration a été rapide », a déclaré jeudi Cohen au site d’information Ynet depuis son lit d’hôpital au centre médical Ichilov de Tel Aviv, portant toujours un masque à oxygène. Il a dit qu’après quatre semaines, « ce n’est que maintenant que je commence à ressentir une amélioration ».

« Au moins 150 Juifs sont morts en Ukraine. La situation médicale y est si difficile. Les médecins ne peuvent pas suivre. Il n’y a pas assez de médicaments et de concentrateurs d’oxygène. »

À ceux qui envisagent de voyager, il a déclaré : « Ce n’est pas recommandé. C’est un grand danger. »

Avraham Wolf, grand rabbin d’Odessa, a été encore plus ferme.

« Je suis rabbin en Ukraine depuis 30 ans… Nous assistons à l’effondrement du pays. Le système de santé se délite… La situation ici est catastrophique », a-t-il déclaré à Ynet. Il a raconté que les membres de la communauté juive « implorent d’être hospitalisés dans des établissements médicaux ici à Odessa. Ce n’est pas qu’il n’y a pas de lits vacants, il n’y a pas de chaises vacantes. »

Le grand rabbin d’Odessa, Avraham Wolf, le 10 septembre 2020.

Wolf a admis qu’il ne pouvait pas demander aux fidèles juifs de ne pas se rendre sur la tombe du rabbin Nahman de Bratslav pour la fête de Rosh HaShana, car certains considèrent ce pèlerinage aussi essentiel que mettre les tefilines le matin. Mais il les a presque suppliés de s’abstenir, les exhortant : « Allez voir vos rabbins… et vos chefs spirituels, et demandez-leur, avec le pays en ruines, le système de santé en faillite, et sans aucun moyen de vous aider si vous tombez malade, si vous devez vraiment venir ici. »

Il a ajouté : « Si quelqu’un vient ici et tombe malade, je vous donnerai les dernières pilules que j’ai ici dans le cabinet. Nous vous donnerons nos derniers concentrateurs d’oxygène. Mais il nous reste deux concentrateurs d’oxygène et trois respirateurs. C’est tout. Après cela, Odessa ne pourra plus vous aider. »

Évacuer Cohen a coûté des dizaines de milliers de dollars, a-t-il noté. « Nous ne pourrons pas faire cela pour tout le monde. »

Chaque année, des dizaines de milliers de pèlerins, principalement d’Israël, se rassemblent pour le Nouvel an juif à Ouman, où se trouve la sépulture du rabbin Nahman, une sommité du XVIIIe siècle et fondateur du mouvement hassidique de Bratslav.

Le responsable israélien de la lutte contre le coronavirus, Ronni Gamzu, s’est opposé cette année au pèlerinage, qui attire principalement des Juifs ultra-orthodoxes, et a été largement critiqué par les partenaires ultra-orthodoxes de coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu, certains ayant même cherché à le faire limoger après sa lettre aux dirigeants ukrainiens pour les exhorter d’interdire le rassemblement à Ouman.

À la fin du mois dernier, l’Ukraine a fermé ses frontières aux étrangers durant le mois de septembre pour enrayer la contagion des infections au coronavirus. Les autorités ont également déclaré qu’elles limiteraient les rassemblements à Ouman pour Rosh HaShana. Pourtant, de nombreux pèlerins sont déjà arrivés dans le pays, et bien que les vols entre Israël et l’Ukraine soient suspendus, on craint que certains fidèles ne tentent d’arriver depuis d’autres pays par voie terrestre.

En juillet, Mendel Cohen avait déjà fait la une des journaux lorsqu’un homme armé d’une hache avait fait irruption dans sa synagogue de Marioupol. L’attaquant a été désarmé et mis en fuite par le garde de sécurité. Cohen et plusieurs fidèles se trouvaient à l’intérieur du bâtiment au moment de l’agression.

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