Rechercher

L’intelligence artificielle au service des Rouleaux de la mer Morte

Des ordinateurs ont analysé des détails du rouleau d'Isaïe et repéré des styles différents indiquant que deux scribes sont à l'origine des documents

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Les Rouleaux de la mer Morte sont exposés au musée Israël à Jérusalem, le 4 décembre 2007. (AP Photo/Gregorio Borgia)
Les Rouleaux de la mer Morte sont exposés au musée Israël à Jérusalem, le 4 décembre 2007. (AP Photo/Gregorio Borgia)

De nouvelles recherches ont révélé des indices intéressants concernant la paternité des manuscrits de la mer Morte. Elles ont en effet révélé que deux scribes étaient apparemment à l’origine de l’un des manuscrits les plus célèbres, et non un seul comme on le supposait jusqu’à présent.

Exploitant le sens du détail propre aux techniques de reconnaissance des formes assistée par ordinateur et renforcée par l’intelligence artificielle, des chercheurs en sciences bibliques et en informatique de l’université de Groningue, aux Pays-Bas, ont analysé le grand rouleau d’Isaïe, l’un des premiers d’un ensemble de rouleaux anciens découverts dans les grottes de la région de Qumran, près de la mer Morte, en 1947.

L’étude s’est concentrée sur l’examen d’infimes différences dans la façon dont les lettres étaient écrites. Elle a permis de découvrir des preuves de l’existence de deux moitiés distinctes du parchemin, la rupture se situant au niveau des colonnes 27 à 29, écrites par deux scribes qui essayaient apparemment d’harmoniser leurs styles.

Le fait qu’il y avait deux scribes « jette une nouvelle lumière sur la production de manuscrits bibliques dans la Judée antique », ont écrit les auteurs de l’étude.

Les résultats de l’étude de Mladen Popovic, professeur de Bible hébraïque et de judaïsme ancien, Lambert Schomaker, professeur d’informatique et d’intelligence artificielle, et Maruf Dhali, doctorant en intelligence artificielle, tous de Groningue, ont été publiés mercredi dans la revue archéologique PLOS ONE.

« En démontrant que deux scribes principaux, chacun présentant des modèles d’écriture différents, étaient responsables du grand rouleau d’Isaïe, cette étude jette une nouvelle lumière sur l’ancienne culture des scribes de la Bible en fournissant de nouvelles preuves tangibles que les textes bibliques anciens n’étaient pas copiés par un seul scribe, mais que plusieurs scribes, tout en reflétant soigneusement le style d’écriture d’un autre scribe, pouvaient collaborer étroitement sur un manuscrit particulier », ont-ils déclaré.

Le rouleau d’Isaïe est un manuscrit de 7,34 mètres de long qui contient la quasi-totalité du livre d’Isaïe et qui a été daté d’environ 300-100 avant l’ère commune. Bien qu’elle ait fait l’objet de débats, l’opinion acceptée est que le rouleau entier a été copié par un seul scribe.

Au fil des décennies, des milliers de fragments de parchemins ont été découverts dans la région de la mer Morte, le plus récent en mars de cette année, mais l’auteur – ou les auteurs – n’ont pas signé leur travail ou laissé d’indices quant à leur identité.

« Le meilleur moyen d’identifier les scribes par leur nom est d’identifier les scribes par leur écriture », indique l’étude.

La paléographie traditionnelle, l’étude des méthodes d’écriture anciennes, est mise à mal par la difficulté d’identifier la différence entre les variations de l’écriture d’un seul scribe et celle d’un texte écrit par d’autres dans un style similaire.

« D’une part, les scribes peuvent faire montre d’une variété de formes de lettres individuelles dans un ou plusieurs manuscrits », indique l’étude. « D’autre part, différents scribes peuvent écrire presque de la même manière, ce qui rend difficile l’identification du scribe individuel au-delà des similitudes stylistiques générales. »

Toutefois, en formant des réseaux neuronaux artificiels pour identifier des modèles dans la façon dont les caractères ont été écrits, les chercheurs pourraient permettre aux ordinateurs de comparer un large éventail de lettres d’une manière qui dépasse les capacités de l’œil humain.

Les Rouleaux de la mer Morte au musée d’Israël, le 2 mai 2018. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Les chercheurs ont utilisé des images numériques des parchemins et ont pu identifier des traces d’encre distinctives, propres à chaque scribe.

« C’est important car les anciennes traces d’encre sont directement liées aux mouvements musculaires d’une personne et sont spécifiques à celle-ci », écrivent-ils.

En identifiant les scribes individuels à partir des différences dans leur écriture, les archéologues pourraient être en mesure de reconstituer les liens entre les fragments d’autres parchemins et de mieux comprendre leurs origines. Le même processus pourrait également être appliqué à d’autres manuscrits anciens à l’avenir.

« Le changement de main d’un scribe dans un manuscrit littéraire ou l’identification d’un seul et même scribe dans plusieurs manuscrits peut servir de preuve pour comprendre diverses formes de collaboration scribale qui, autrement, nous resteraient inconnues », indique l’étude.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...