L’interrogatoire d’un journaliste américain, une « erreur » selon Netanyahu
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L’interrogatoire d’un journaliste américain, une « erreur » selon Netanyahu

Un éminent journaliste a été le dernier juif américain en date à être interrogé sur ses affiliations politiques et son soutien aux Palestiniens à son arrivée en Israël

Peter Breinart, journaliste à The Forward. (Crédit : Facebook)
Peter Breinart, journaliste à The Forward. (Crédit : Facebook)

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé lundi que l’interrogatoire auquel a été soumis un journaliste américain à son arrivée en Israël était dû à une « erreur administrative », a indiqué son bureau dans un communiqué.

Peter Beinart, un journaliste de The Forward, a décrit dans un article de ce journal juif américain publié à New York comment il a été interrogé sur ses opinions politiques dimanche pendant une heure par un agent du Shin Beth, le service de sécurité intérieure, à son arrivée à l’aéroport Ben Gourion.

Partisan du boycott des produits en provenance des implantations israéliennes en Cisjordanie, il a raconté avoir été interrogé « encore et encore sur les noms des organisations ‘répréhensibles' » avec lesquelles il était associé.

Le journaliste, qui a affirmé être venu en Israël pour des raisons familiales, a qualifié la conversation de « déprimante, mais pas effrayante ».

« Le Premier ministre a appris que M. Beinart a été questionné à l’aéroport Ben Gourion. Il a immédiatement parlé avec les responsables des forces de sécurité israéliennes pour savoir comment une telle chose avait pu se produire. Il lui a été répondu qu’il s’agissait d’une erreur administrative », indiquent ses services dans leur communiqué.

« Israël est une société ouverte qui accueille aussi bien ceux qui le critiquent que ceux qui le soutiennent », a assuré le Premier ministre.

M. Beinart a réagi sur son compte Twitter en estimant que Benjamin Netanyahu « s’est excusé à moitié (..) ».

« J’accepterai ses excuses lorsqu’il s’excusera auprès de tous les Palestiniens et des Palestino-Américains qui endurent chaque jour des choses bien pire ».

Simone Zimmerman. (Crédit : YouTube)

Beinart est le dernier militant juif américain progressiste à avoir été interrogé à son arrivée en Israël.

Simone Zimmmerman, cofondatrice du groupe progressiste juif IfNotNow ; Abby Kirschbaum, qui travaille pour une société de tourisme israélo-palestinienne et l’écrivaine Moriel Rothman-Zecher, ont récemment été arrêtés et interrogés sur leur activisme.

Au début du mois de juillet, le militant pro-boycott Ariel Gold s’est vu interdire l’entrée en Israël.

En mars 2017, le Parlement israélien a voté une loi interdisant l’entrée en Israël des partisans du mouvement « BDS » (Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre Israël).

« Maintenant, il semblerait que la Knesset veuille que je choisisse », a écrit Beinart dans une chronique en 2017, au sujet de cette loi. « Soit j’arrête de me rendre en Israël, soit j’arrête de m’opposer à l’occupation. De quelque manière que ce soit, c’est ce que le Premier ministre Benjamin Netanyahu propose aux Juifs américains depuis près d’une décennie. Adhérez à Israël au mépris de vos principes, ou adhérez à vos principes au détriment d’Israël. »

L’interrogatoire subi par Beinart a été vivement critiqué par des personnalités de gauche, qui a appelé à l’ouverture d’une enquête sur la politique de blacklisting des juifs américains libéraux.

L’ancien chef de l’opposition et désormais président de l’Agence Juive Isaac Herzog a déclaré qu’il avait demandé à la Knesset d’enquêter sur ces méthodes depuis le mois de mai. « Malheureusement, les dégâts à la réputation d’Israël et des protestations inutiles parmi les Juifs de diaspora ont été causés pour rien », a-t-il-dit.

« A quel point faut-il être idiot pour penser que Peter Beinart représente un quelconque danger pour l’Etat d’Israël ? », a demandé Zehava Galon, ancien cheffe du parti d’opposition du Meretz.

« C’est une histoire de fous », a ajouté Galon. « Il est temps de dévoiler ces listes noires et les critères qui vous y envoient. »

Le groupe libéral juif J Street a également condamné « l’interrogatoire politique », affirmant qu’Israël plongeait dans « un abîme sombre et dangereux ».

Yael Patir, directrice de l’organisation en Israël, a déclaré que « si le gouvernement israélien veut des liens avec l’écrasante majorité des Juifs américains, et préserver la démocratie israélienne, les interrogatoires politiques doivent cesser immédiatement ».

Daniel Sokatch, le PDG du New Israel Fund, qui soutient un large panel d’organisations israéliennes progressistes, a qualifié les interrogatoires de militants de gauche de « moralement inadmissibles et anti-démocratiques ».

« Le gouvernement Netanyahu a montré, une fois de plus, qu’il a fait du passage des frontières une salle d’interrogatoire », a déclaré Sokatch dans un communiqué lundi.

« Le gouvernement a prouvé que le test d’entrée dans le pays est un test politique – êtes-vous d’accord avec la coalition d’ultra-droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu ? Si [la réponse est non], vous êtes soumis à un interrogatoire, une intimidation, un rejet. »

« Déprimante, mais pas effrayante »

Beinart, virulent détracteur de la politique israélienne, a dit être arrivé en Israël dimanche avec son épouse et leurs deux enfants pour assister à la bat-mitzva de sa nièce. Les agents de sécurité à l’aéroport l’ont pris pour des vérification poussées.

Il a été emmené pour être interrogé, et un responsable lui a demandé à maintes reprises s’il était impliqué dans des organisations qui encourageaient la violence, promeuvent l’anarchie ou menacent la démocratie israélienne.

L’interrogateur a également évoqué une manifestation pro-palestinienne à laquelle Beinart a pris part à Hébron lors de son dernier séjour en Israël, selon son article.

Mais Beinart, défenseur du boycott des implantations, a dit ne pas avoir été interrogé sur ce sujet, et aucun cadre juridique n’a été proposé pour son interrogatoire.

Après avoir assuré à l’agent de sécurité qu’il n’avait pas l’intention de prendre part à des manifestations, et avoir téléphoné à Gaby Lasky, un avocat associé au New Israel Fund, il a été libéré et autorisé à entrer dans le pays.

Peter Beinart (Crédit : CC BY-ND Center for American Progress Action Fund, Flickr)

« La conversation était déprimante, mais pas effrayante. Je n’ai jamais eu peur », a écrit Beinart, ajoutant qu’il a joui de « privilèges » comparés à d’autres personnes arrêtées à leur arrivées en Israël.

Il a affirmé que cette épreuve a montré qu’Israël a été « encouragé » par les politiques fermes du président américain Donald Trump sur les frontières, après qu’il a interdit, l’an dernier, aux ressortissants de six pays majoritairement musulmans, d’entrer aux Etats-Unis.

« Un gouvernement israélien dirigé par des hommes qui ne respectent ni la démocratie libérale ni l’état de droit, sait désormais qu’il a une âme soeur à Washington », a-t-il dit, soulignant que l’Etat hébreu allait « de mal en pis ».

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