Loyauté culturelle : Le projet de loi passe sa première lecture à la Knesset
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Loyauté culturelle : Le projet de loi passe sa première lecture à la Knesset

La loi interdirait à l'État de financer des œuvres qui nient le caractère juif et démocratique d'Israël, incitent au racisme, à la violence, portent atteinte aux symboles nationaux

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Des centaines de personnes assistent à une manifestation contre le projet de loi sur la loyauté culturelle, proposé par la ministre de la Culture Miri Regev, devant la Cinémathèque à Tel Aviv, le 27 octobre 2018. (Miriam Alster/Flash90)
Des centaines de personnes assistent à une manifestation contre le projet de loi sur la loyauté culturelle, proposé par la ministre de la Culture Miri Regev, devant la Cinémathèque à Tel Aviv, le 27 octobre 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Un projet de loi qui permettrait au ministre de la Culture de priver de financement public des organismes culturels « qui militent contre les fondements de l’État » a été voté en première lecture par la Knesset lundi soir après un débat parlementaire houleux de plusieurs heures.

Le projet de loi, proposé par la ministre de la Culture Miri Regev (Likud) et soutenu par le ministre des Finances Moshe Kahlon, a été adopté en première lecture par 55 députés pour et 44 contre. Il faut encore deux lectures pour qu’il devienne loi.

La loi baptisée Loi sur la loyauté culturelle permettrait au gouvernement de priver de toute subvention des organismes ou des événements qui portent sur cinq sujets ou thèmes : le déni que l’État d’Israël est un pays juif et démocratique ; l’incitation au racisme, à la violence ou au terrorisme ; la lutte armée ou les actes terroristes contre Israël par un État ennemi ou une organisation terroriste ; marquer la Journée d’indépendance comme un jour de deuil ; et toute action visant la destruction ou la détérioration physique du drapeau ou de tout autre symbole national.

Alors que le ministère des Finances est actuellement celui qui prend les décisions finales sur le refus d’un tel financement public, le projet de loi de Regev lui transférerait le plein pouvoir sur les budgets pour les activités artistiques.

Les adversaires disent que la loi consacre en fait la censure de l’État sur les arts.

La ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, prend la parole lors d’un événement marquant le Nouvel An juif dans la ville de Safed, au nord d’Israël, le 3 septembre 2018. (David Cohen/Flash90)

Dans sa présentation du projet de loi à la Chambre de la Knesset lundi, Regev a insisté sur le fait qu’il ne portait pas atteinte à la liberté d’expression et a qualifié la loi de « justifiée et légitime ».

« Il n’y a aucune atteinte à la liberté d’expression ou artistique. Il n’est pas dans notre intention de museler les gens ou d’étouffer les critiques », a déclaré la ministre de la Culture.

« Une poignée d’artistes, qui n’ont pas vraiment lu la loi et ne la comprennent pas, tentent d’induire le public en erreur et utilisent leur tribune artistique à des fins politiques », a ajouté la ministre.

Le projet de loi a été critiqué par des députés de l’opposition.

Des centaines de personnes participent à une manifestation contre le « projet de loi sur la loyauté culturelle » proposé par la ministre de la Culture Miri Regev, devant la Cinémathèque à Tel Aviv, le 27 octobre 2018. (Miriam Alster/Flash90)

« Il n’y a pas de culture si le gouvernement la contrôle », a déclaré la chef de l’opposition Tzipi Livni. « Au lieu de la culture, on aura de la propagande. »

De nombreux artistes israéliens « aiment l’État, mais veulent parfois exprimer des critiques et c’est ce qui crée la mosaïque israélienne et les différentes parties qui forment ensemble une terre culturelle dont nous pouvons, et devrions, être fiers », a ajouté Livni.

Le dirigeant de Yesh Atid, Yair Lapid, a déclaré qu’Israël avait déjà des lois en vigueur pour atteindre les objectifs de Regev. Il se référait à la loi dite « Nakba », non appliquée, qui permet au gouvernement de refuser de financer des organisations ou des événements qui présentent la création d`Israël comme une « catastrophe », selon le narratif palestinien.

« Nous avons déjà tous les outils pour mettre fin à l’incitation contre l’État d’Israël. Ce qui nous manque, c’est un gouvernement qui fonctionne. Au lieu de tromper tout le monde, levez-vous le matin et allez au travail et il n’y aura pas de problème d’incitation, et arrêtez avec toutes ces inventions », a déclaré Lapid.

Depuis qu’elle a pris ses fonctions de ministre de la Culture à la suite des élections de 2015, Regev a menacé à plusieurs reprises de réduire le financement public des productions et organisations culturelles qu’elle juge déloyales envers l’État juif.

Il y a deux ans, elle a quitté la cérémonie des prix Ophir – l’équivalent israélien des Oscars – quand un poème du poète palestinien Mahmoud Darwish fut lu, car son œuvre conteste l’existence même d’un État juif.

L’Arab-Hebrew Theatre de Jaffa, le 28 octobre 2011. (CC BY-SA Itzuvit, Wikimedia Commons)

L’an dernier, elle a également qualifié le film « Foxtrot », acclamé par la critique, de diffamation d’Israël. L’histoire de parents pleurant la perte de leur fils est allégorique, mais Regev a insisté sur le fait que le film – qui inclut une scène de soldats de Tsahal commettant un crime de guerre – était une « auto-flagellation et une collaboration au discours anti-Israël ».

Après sa sortie, Regev avait demandé aux fonds cinématographiques israéliens de fournir des informations détaillées sur le processus d’approbation des films, afin de mettre un frein au financement public des films qui critiquent la politique gouvernementale israélienne.

Au début du mois, Regev a demandé au ministère des Finances d’examiner le financement du Festival International du Film de Haïfa, en raison de la projection de films « subversifs ».

Le site d’information Walla a rapporté que les deux films qui ont attiré la colère de la ministre étaient « Out », qui raconte l’histoire d’un ancien soldat de l’armée israélienne qui rejoint une organisation de droite qui essaie d’entamer la réputation des défenseurs des droits de l’homme et « Acre Dreams » qui décrit une liaison entre un juif et une arabe sous le mandat britannique.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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