Soutenue par le Trésor, Regev propose d’arrêter de financer l’art « subversif »
Rechercher

Soutenue par le Trésor, Regev propose d’arrêter de financer l’art « subversif »

Le projet de loi priverait de tout financement public les œuvres niant qu'Israël est un pays juif-démocratique, incitant au racisme et à la violence, sapant les symboles de l'État

Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports, assiste à une réunion du comité de la Culture, des Sports et de l'Education à la Knesset, le 2 juillet 2018. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports, assiste à une réunion du comité de la Culture, des Sports et de l'Education à la Knesset, le 2 juillet 2018. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

La ministre de la Culture Miri Regev et le ministre des Finances Moshe Kahlon ont présenté un projet de loi qui permettrait au gouvernement de refuser de financer des « organisations culturelles qui militent contre les principes de l’État ».

Regev cherchait depuis longtemps le soutien de Kahlon pour sanctionner les institutions qui produisent ou présentent ce qu’elle appelle de l’art « subversif », mais ne l’avait pas reçu jusqu’à présent.

La ministre a présenté le projet de loi sous la forme d’un mémoire, qui sera présenté à la Commission des lois à la fin octobre, lorsque la Knesset reprendra après les congés d’été.

Les cinq sujets visés par le projet de loi sont les suivants : nier que l’État d’Israël est un pays juif et démocratique ; inciter au racisme, à la violence ou au terrorisme ; soutenir la lutte armée ou les actes terroristes contre Israël par un État ennemi ou une organisation terroriste ; faire du Jour de l’Indépendance d’Israël un jour de deuil ; tout acte de destruction ou dégradation physique du drapeau ou des symboles de l’État.

Le ministre des Finances Moshe Kahlon lors d’une réunion hebdomadaire du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 10 juillet 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Dans l’Etat d’Israël, il existe une liberté artistique, mais il n’y a pas la liberté de profiter des fonds publics pour attaquer les valeurs de l’Etat ou ses symboles », ont déclaré jeudi les ministres dans une déclaration commune.

« La liberté d’expression est une valeur noble et essentielle, mais une démocratie a le droit de se protéger », ont-ils déclaré. « En Israël, il y a des artistes de premier plan qui font honneur à l’État et nous rendent tous fiers, mais il y a aussi de petits groupes extrémistes qui ne manquent jamais une occasion de faire campagne contre l’État d’Israël et l’armée israélienne. C’est inacceptable et il n’est pas logique que l’Etat apporte son soutien à ces groupes. »

Les députés de l’opposition ont critiqué cette décision et la chef de l’opposition de la Knesset, Tzipi Livni, a déclaré que « l’exigence de loyauté dans l’art est une nouvelle tentative visant à réduire la culture au silence et à faire en sorte qu’elle devienne la voix du gouvernement ».

« Israël est assez fort pour que les arts et la culture soient libres », a ajouté Mme Livni.

Tamar Zandberg, dirigeante du Meretz, un parti de gauche, a qualifié la loi proposée d’antidémocratique.

« Il devient de moins en moins clair de savoir ce que Miri Regev a contre la culture israélienne, une culture populaire et performante que les Israéliens aiment », a-t-elle déclaré. « La ministre de la Culture l’attaque sans cesse, avec un effort du gouvernement visant à éloigner Israël d’une démocratie libérale et à en faire un État qui persécute les artistes et les censure. Cette fois, la victime est notre culture ».

Plus tôt cette semaine, Mme Regev a demandé au ministère des Finances de revoir le financement du Festival international du film de Haïfa en raison de la projection de films « subversifs ». Le site d’information Walla a rapporté que les deux films qui ont provoqué la colère de la ministre étaient « Out », qui raconte l’histoire d’un ancien soldat de Tsahal qui rejoint une organisation de droite cherchant à nuire à la réputation des défenseurs des droits de l’homme et « Acre Dreams » qui décrit une liaison entre un juif et une arabe à l’époque du mandat britannique.

L’année dernière, le Arab-Hebrew Theatre a organisé une soirée en l’honneur de la poétesse arabe israélienne Darine Tatour au cours de laquelle ses poèmes ont été lus, dont un intitulé « Resist My People, Resist ».

Le mois dernier, Tatour a été condamnée à cinq mois de prison pour « incitation au terrorisme » dans ses poèmes. Elle a été libérée en ce mois-ci.

L’année dernière, le théâtre a également organisé un événement intitulé « Notebooks from Prison », mettant en scène des textes de prisonniers de sécurité palestiniens purgeant une peine dans des prisons israéliennes.

Après la lettre de plainte de Regev à Kahlon, les représentants des ministères de la Culture et des Finances ont considéré les représentations offensantes comme des incidents isolés et ont accepté d’imposer une amende au théâtre au lieu d’en interrompre le financement.

L’Arab-Hebrew Theatre de Jaffa, le 28 octobre 2011. (CC BY-SA Itzuvit, Wikimedia Commons)

Mme Regev a menacé à de nombreuses reprises de réduire le financement public des productions et des organismes culturels qu’elle juge déloyaux envers l’État juif depuis qu’elle a accédé au poste de ministre de la Culture après les élections de 2015.

Il y a deux ans, elle a quitté la cérémonie des prix Ophir – l’équivalent israélien des Oscars – quand un poème du poète palestinien Mahmoud Darwish fut lu, car son œuvre conteste l’existence d’un État juif.

L’an dernier, elle a également critiqué le film « Foxtrot », acclamé par la critique, comme étant diffamatoire à l’égard d’Israël. L’histoire de parents pleurant la perte de leur fils est largement allégorique, mais Regev a insisté sur le fait que le film – qui comprend une scène de soldats de Tsahal commettant un crime de guerre – était une  » auto-flagellation et coopération au discours anti-Israël « . Après sa sortie, Regev a demandé aux fonds cinématographiques israéliens de fournir des informations détaillées sur le processus d’approbation des films, dans le but de mettre un frein au financement public des films qui critiquent la politique gouvernementale israélienne.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...