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Mahmoud Abbas accueille Nancy Pelosi pour une réunion exceptionnelle en Cisjordanie

Le dirigeant palestinien a appelé à renforcer les relations bilatérales, alors que la frustration à Ramallah est grande

Le Président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas (à droite) s'entretient avec la Présidente de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi à Ramallah, Cisjordanie, le 17 février 2022. (WAFA)
Le Président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas (à droite) s'entretient avec la Présidente de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi à Ramallah, Cisjordanie, le 17 février 2022. (WAFA)

Le dirigeant de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a rencontré jeudi à Ramallah la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, Nancy Pelosi accompagnée d’une délégation de membres du Congrès, affirmant que les deux parties devaient « surmonter les obstacles sur la voie de l’établissement de relations ».

En Israël cette semaine, à la tête d’une délégation de huit représentants démocrates, Pelosi s’est entretenue avec le Premier ministre Naftali Bennett, jeudi, à Jérusalem.

Il s’agit d’une réunion de haut niveau, assez exceptionnelle entre Abbas et un haut responsable politique américain. L’Autorité Palestinienne n’a reçu que de très rares visites de cette envergure ces dernières années, à la défaveur d’une nette détérioration des relations sous la mandature de l’ancien président Donald Trump.

Abbas a profité de l’occasion pour exhorter le plus haut Démocrate de la Chambre à en faire davantage pour mettre fin à ce qu’il a qualifié d’« actions unilatérales israéliennes » qui hypothèquent la création d’un État palestinien, à savoir les implantations israéliennes, la violence de leurs résidents ou encore les expulsions et démolitions de maisons palestiniennes par Israël.

Selon l’agence de presse officielle WAFA de l’AP, Pelosi a rappelé son « engagement en faveur de la paix sur la base d’une solution à deux États ».

L’AP avait effectivement rompu les relations avec Washington en 2017, en réaction à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par Trump.

Pendant les années Trump, le gouvernement américain avait également gelé la quasi totalité de son aide aux Palestiniens, et fermé la mission palestinienne à Washington ainsi que le consulat américain à Jérusalem, bureau de représentation de facto des Palestiniens.

Depuis l’entrée en fonction du président Joe Biden l’an dernier, les relations se sont lentement améliorées. Biden s’est entretenu avec Abbas par téléphone et a réactivé une partie de l’aide aux instituions des Nations unies qui soutiennent les Palestiniens. Le secrétaire d’État américain Anthony Blinken s’est, quant-à lui, rendu à Ramallah en mai 2021 à la suite de la guerre entre Israël et le Hamas.

La présidente de la Chambre américaine, Nancy Pelosi, à la Knesset à Jérusalem, le 16 février 2022. (Crédit : Oliver Fitoussi/Flash90

Mais les responsables à Ramallah ont également exprimé leur impatience croissante face à la lenteur avec laquelle l’administration Biden évolue sur certaines questions, dont celle du consulat américain à Jérusalem, éminent sujet de discorde.

Les responsables américains, y compris Biden, s’étaient initialement engagés à rouvrir le consulat de Jérusalem. Mais le projet s’était perdu, du fait des objections israéliennes, avait rapporté le Times of Israel en décembre.

« Même si une année de travail de l’administration Biden s’est écoulée, en plus de notre propre implication pour renforcer nos relations avec eux, nous espérons toujours parvenir à nos fins », a déclaré Abbas lors d’un récent rassemblement de dirigeants palestiniens à Ramallah.

Lors d’un appel téléphonique la semaine dernière, Tawfiq al-Tirawi, haut responsable du Fatah, a qualifié les positions américaines sur les demandes palestiniennes de « peu claires et irréalistes ».

Plus tard à Ramallah mercredi, les représentants démocrates de la Chambre ont participé au lancement d’un projet de l’USAID financé par le Congrès pour investir dans les petites et moyennes entreprises touchées par la pandémie.

Ils ont ensuite participé à une table ronde avec des étudiants palestiniens.

« Notre délégation a entendu leur désir d’opportunités, de sécurité, d’égalité des sexes, d’éducation et de paix ainsi que leur empressement à obtenir l’organisation d’élections démocratiques auxquelles ils pourraient participer pleinement », a déclaré Pelosi dans un communiqué, s’en prenant subtilement à Abbas, responsable de l’annulation des élections prévues au printemps dernier, qui auraient été le premier vote national en 15 ans.

Abbas a déclaré avoir annulé les élections en raison du refus israélien d’autoriser le vote à Jérusalem-Est, mais la plupart des analystes évoquent plutôt les faibles probabilités de remporter le vote comme raison d’annulation.

Lors de sa réunion avec la délégation du Congrès, la ministre de la Santé de l’AP, Mai al-Kaila, a remercié les États-Unis d’avoir offert des vaccins aux Palestiniens dans le cadre de l’initiative COVAX de l’ONU, avant d’évoquer avec ses invités les défis mondiaux actuels posés par la pandémie.

Plus tôt dans la journée, les membres de la délégation avaient eu l’opportunité d’une visite éducative de Jérusalem-Est, accompagnés de Daniel Seidemann, un pacifiste israélien, expert de la ville, qui leur a offert un aperçu « des points chauds clés à surveiller, susceptibles de raviver les tensions et manifestations à Jérusalem-Est », a déclaré le bureau de Pelosi.

Le compte-rendu ne fait état d’aucune mention ou critique spécifique d’Israël concernant l’expulsion programmée de familles palestiniennes du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, qui ont déclenché des tensions ces dernières semaines.

La délégation a également rencontré des autorités civiles palestiniennes à Jérusalem-Est, discutant de « l’importance d’un gouvernement représentatif, du développement économique et des infrastructures, ainsi que d’un accès équitable à l’eau, au transport et au commerce », selon les termes du compte-rendu américain.

« Tous nos entretiens, que ce soit avec le président [de l’AP] et son équipe de direction, avec le Premier ministre, des entrepreneurs de petites entreprises, de jeunes leaders étudiants ou encore l’équipe du ministère de la Santé, se sont tenus sous le sceau de la franchise et de l’amitié, marqués par notre engagement en faveur d’une solution à deux États», a déclaré Pelosi.

La Présidente de la Chambre des représentants avait précédemment rencontré de hauts responsables israéliens – dont Bennett, le ministre de la Défense Benny Gantz et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid – mercredi et jeudi.

« Nous avons réaffirmé à plusieurs reprises l’engagement des États-Unis en faveur d’une solution juste et durable à deux États, qui renforce la stabilité et la sécurité d’Israël, des Palestiniens et de leurs voisins », avait déclaré Pelosi dans un communiqué mercredi.

Selon le bureau du Premier ministre, Pelosi et Bennett ont également discuté « des principaux défis stratégiques auxquels Israël est confronté, en particulier le programme nucléaire iranien ».

Bennett a également remercié Pelosi pour son soutien au financement par les États-Unis du système de défense antimissile israélien, le Dôme de fer, « et a souligné l’importance de parachever le processus au plus tôt ».

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