Marches du retour à Gaza : L’armée autorise des snipers à tirer à balles réelles
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Marches du retour à Gaza : L’armée autorise des snipers à tirer à balles réelles

Gadi Eizenkot a averti que l'armée pourrait utiliser "beaucoup de force" pour conserver les manifestants à l'écart de la frontière

Gadi Eizenkot, chef d'état-major de l'armée israélienne, pendant la conférence de Herzliya, le 20 juin 2017. (Crédit : Hagai Fried/conférence de Herzliya)
Gadi Eizenkot, chef d'état-major de l'armée israélienne, pendant la conférence de Herzliya, le 20 juin 2017. (Crédit : Hagai Fried/conférence de Herzliya)

Israël a déployé plus d’une centaine de snipers pour gérer la manifestation palestinienne qui devrait commencer vendredi et le pays leur permettra d’ouvrir le feu s’il est déterminé que des vies israéliennes sont en danger, a déclaré le chef d’Etat-major de l’armée israélienne Gadi Eizenkot aux médias en hébreu dans une série d’entretiens publiés mercredi à la veille de la fête de Pessah et avant le 70ème anniversaire de l’Etat.

Dans des interviews séparées avec trois des plus importants journaux en hébreu, Eizenkot a également expliqué avoir ordonné plus d’un millier d’opérations sous couverture hors du pays. Il a qualifié l’Etat juif « d’invincible » et ajouté qu’il n’a pas l’intention d’entrer en politique au terme de son mandat, comme l’ont fait plusieurs de ces prédécesseurs.

La question la plus pressante à laquelle il s’est référé a été la « marche du retour » palestinienne qui durera six semaines et qui a été annoncée au début du mois. Les Palestiniens prévoient de construire une ville en tentes à la barrière de sécurité avec Gaza et ils ont appelé des dizaines de milliers d’habitants de l’enclave côtière à participer à ce qu’ils ont qualifié de « mouvement pacifique de protestation ».

« Si les Palestiniens pensent qu’ils organiseront une marche, qu’ils franchiront la clôture [frontalière] et qu’ils entreront sur notre territoire, ils ont tort », a averti Eizenkot dans des propos repris par le quotidien Israel Hayom.

La « marche du retour » doit commencer vendredi avec la « journée de la terre », qui marque l’expropriation par le gouvernement israélien des terres appartenant aux Arabes en Galilée le 30 mars 1976, et les manifestations qui avaient suivi, au cours desquelles six arabes israéliens avaient trouvé la mort. C’est également – une coïncidence – la veille de la fête de Pessah qui dure une semaine.

Les Palestiniens aident à évacuer un manifestant blessé durant des affrontements avec les soldats israéliens près de Khan Yunis le long de la clôture frontalière entre Israël et le sud de la bande de Gaza, le 9 mars 2018 (Crédit : AFP PHOTO / SAID KHATIB)

Les manifestations continueront jusqu’au 15 mai, au lendemain de l’anniversaire de la fondation d’Israël, appelée Nakba, ou catastrophe, par les Palestiniens.

« Une importante portion de l’armée sera investie là-bas », a dit Eizenkot au quotidien Yedioth Ahronoth, ajoutant que plus d’une centaine de snipers, issus dans leur majorité « d’unités spéciales », seront stationnés dans le secteur.

« Si des vies sont en danger, ils seront autorisés à tirer à balles réelles », a-t-il déclaré. « Les ordres sont de beaucoup utiliser la force ».

Le Hamas, le groupe terroriste qui gouverne la bande de Gaza, a mis en garde Israël contre la prise pour cible de manifestants. Ismail Radwan, un responsable du Hamas, a déclaré que « l’occupation ne doit pas commettre de bêtises lorsqu’elle se confrontera aux foules palestiniennes. Quand nous marcherons vers la frontière, les organisateurs décideront alors de ce qu’il faut faire ».

Tout en reconnaissant que la plus grande menace pour Israël provient de l’Iran, le chef d’Etat-major a indiqué qu’il y avait de grands risques qu’éclate un conflit militaire avec les Palestiniens cette année.

Un soldat israélien surveille la frontière entre Israël et Gaza dans le sud de la bande de Gaza, le 2 mars 2018. (Abed Rahim Khatib/Flash90)

Israël fait de grands efforts pour empêcher que survienne une telle guerre cette année, a dit Eizenkot au Yedioth. Il a toutefois évalué que les chances d’un tel conflit « sont plus élevées que cela n’a été le cas durant mes trois premières années de chef d’Etat-major ».

Il y a de nombreux facteurs différents qui se sont combinés pour former une « réalité très compliquée » sur le front avec Gaza, a dit Eizenkot à Haaretz, notamment « la journée de la Terre, la journée de la Nakba, les fêtes de notre journée de l’Indépendance, la relocalisation de l’ambassade américaine à Jérusalem, la fin proche de l’ère du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, l’accord de réconciliation [intra-Palestinien] dans l’impasse et le fait que le Hamas traverse une crise grave ».

Eizenkot a qualifié la situation dans la bande de Gaza comme étant très difficile mais pas encore à un niveau de crise humanitaire proprement dit.

« Nous investissons d’importants efforts pour améliorer cela », a-t-il confié à Haaretz. « Il y a clairement un intérêt israélien à ne pas les voir s’effondrer ».

Il a ajouté que le coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires sortant, le général de division Yoav Mordechai, « a voyagé tout autour du globe le mois dernier pour trouver des ressources » pour la bande.

« Il est dans notre intérêt de préserver la réalité sécuritaire actuelle au moins jusqu’à la fin de l’année, de permettre l’achèvement des travaux d’infrastructure de défense pour contrer les tunnels », a-t-il dit à Hayom, se référant aux passages souterrains creusés par le groupe terroriste du Hamas pour pénétrer sur le territoire israélien.

Le chef d’Etat-major a également dit au Yedioth que durant son mandat, les militaires ont réalisé plus d’un millier d’actions sous couverture au-delà des frontières israéliennes, les qualifiant « d’opérations créatives dépassant tout ce qu’on peut imaginer ».

« Dans sa 70ème année, l’Etat d’Israël bénéficie d’un équilibre stratégique amélioré avec de forts avantages sur ses ennemis », a-t-il ajouté. « Israël, à ses 70 ans, est invincible ».

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