Message au président élu Biden sur Israël et la région : d’abord, ne pas nuire
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Opinion

Message au président élu Biden sur Israël et la région : d’abord, ne pas nuire

L'Iran et les Palestiniens se réjouissent de son arrivée, anticipant un retour à la pensée et aux politiques de l'ère Obama ; espérons qu'ils se trompent

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le vice-président américain de l'époque, Joe Biden, lors d'un discours à l'université Tel Aviv, le 11 mars 2010. (David Furst/AFP)
Le vice-président américain de l'époque, Joe Biden, lors d'un discours à l'université Tel Aviv, le 11 mars 2010. (David Furst/AFP)

En mars 2010, au cours d’une visite du vice-président des États-Unis, Israël a annoncé l’approbation initiale de 1 600 nouvelles maisons dans un quartier juif de Jérusalem en dehors des frontières d’avant 1967.

Joe Biden (car c’était lui) était furieux. Le président Barack Obama, sous lequel il servait, avait à plusieurs reprises et publiquement exprimé clairement son opposition à la construction israélienne tant dans les implantations de Cisjordanie que dans les quartiers de Jérusalem au-delà de la ligne verte d’avant 1967. Et voilà que Benjamin Netanyahu (car c’était lui) avait apparemment insulté l’administration en faisant coïncider une annonce de construction majeure avec la visite du vice-président.

Sauf que ce n’était pas le cas. L’approbation de la construction de nouveaux logements à Ramat Shlomo n’a pas été donnée par le bureau du Premier ministre, mais plutôt par un comité de planification de niveau inférieur supervisé par le ministère de l’Intérieur. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Eli Yishai du Shas, n’a probablement même pas réalisé que Ramat Shlomo franchissait la Ligne verte (je ne plaisante pas). Netanyahu ne savait presque certainement pas que la décision était sur le point d’être annoncée. Il n’avait aucune envie de se battre avec Biden, et avait téléphoné quelques jours plus tôt à Nir Barkat pour dire au maire de Jérusalem de laisser tomber un projet incendiaire de réaménagement du quartier de Silwan en dehors de la Vieille Ville.

Biden a demandé à ses fonctionnaires d’examiner plus en profondeur ce qui s’était passé, et ils lui ont sans doute dit tout cela. Ils lui ont sans doute dit aussi que Ramat Shlomo était un quartier ultra-orthodoxe fondé par le regretté Yitzhak Rabin qui abritait déjà 20 000 personnes, dans une partie de la ville dont le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas savait bien qu’elle ne serait jamais abandonnée par Israël.

Le vice-président américain Joe Biden à son arrivée à l’aéroport Ben Gourion, le 8 mars 2010 (Crédit : Pool/Yariv Katz Flash90)

Dans le principal discours prononcé lors de sa visite, à l’université de Tel-Aviv, M. Biden a condamné les nouveaux projets de construction, soulignant que ce qui était le plus exaspérant était la surprise et l’apparent abus de confiance. Mais il a également indiqué que le Premier ministre s’était excusé à la fois pour le moment choisi et pour ne pas l’avoir prévenu à l’avance, et a affirmé qu’il avait reçu l’assurance que les travaux ne commenceraient pas avant des années, laissant ainsi du temps pour les efforts de l’administration Obama pour négocier des pourparlers de paix. « Je ne peux pas vous dire que la paix viendra facilement », a concédé le vice-président à la fin de son discours. « Vous le savez mieux que moi ».

Par ces paroles, Joe Biden indiquait clairement que l’incident était clos.

Au moins en ce qui le concerne.

Mais il est évident qu’Obama n’était pas apaisé. Ce week-end-là, sur instruction du président, la secrétaire d’État Hillary Clinton a téléphoné à Benjamin Netanyahu et, dans un appel semble-t-il cinglant de 43 minutes, elle a affirmé qu’Israël avait insulté l’Amérique, avait menacé de saper l’essence même de la relation bilatérale et devait démontrer à nouveau son engagement de bonne foi dans ce partenariat. Les retombées de cette colère se sont poursuivies dans les talk-shows politiques américains, où le conseiller de la Maison Blanche David Axelrod est apparu pour formuler d’autres critiques.

Coucher de soleil sur des travaux de construction dans le quartier juif de Ramat Shlomo, à Jérusalem-Est, le 21 novembre 2016. (Crédit : Sebi Berens/Flash90)

Une décennie plus tard. Ces logements de Ramat Shlomo ont été construits depuis longtemps, et c’est maintenant Joe Biden qui aura le dernier mot sur l’orientation des relations américaines avec Israël – un Israël toujours dirigé par Netanyahu. J’espère que la façon dont Biden a géré l’incident de Ramat Shlomo, y compris la prise de conscience déclarée que la paix ne viendra pas facilement, lui servira de guide.

La dernière fois que

Les États-Unis d’Obama se sont heurtés lourdement et sans relâche à Israël sous Netanyahu dans deux domaines centraux : le conflit palestinien et les ambitions de l’Iran en matière d’armes nucléaires.

En ce qui concerne les Palestiniens, l’administration a critiqué toute construction israélienne au-delà de la Ligne verte, y compris dans les quartiers juifs de Jérusalem-Est comme Ramat Shlomo, au lieu de se concentrer sur la prévention de l’expansion des implantations dans les zones de Cisjordanie qu’Israël devrait finalement abandonner afin de se séparer des Palestiniens et de maintenir un État juif et démocratique.

Plus important encore, Obama et son (deuxième) secrétaire d’État John Kerry ont insisté pour sous-estimer l’impact dévastateur sur Israël, physiquement et psychologiquement, de la deuxième Intifada – l’assaut stratégique d’attentats suicides qui ont tué 1 000 Israéliens et ont été lancés depuis les principales villes de Cisjordanie qu’Israël avait abandonnées dans le cadre du processus d’Oslo.

Le président Barack Obama salue le public après s’être adressé à des étudiants israéliens à l’International Convention Center de Jérusalem, le 21 mars 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Tout le monde se souvient que Netanyahu est allé au Congrès américain en 2015 pour faire pression contre l’accord d’Obama sur l’Iran ; la plupart des gens ont oublié qu’Obama est venu au Centre international de conférences de Jérusalem (Binyanei Ha’Uma) en 2013 pour faire pression contre l’approche ultra-sceptique du Premier ministre dans les négociations avec les Palestiniens : « La paix est possible », a assuré le président américain à un public de jeunes Israéliens soigneusement sélectionnés. « Je sais que ça n’en a pas l’air. Il y aura toujours une raison d’éviter le risque, et l’échec a un coût. Il y aura toujours des extrémistes qui fourniront une excuse pour ne pas agir. Et il y a quelque chose d’épuisant dans les discussions sans fin, les controverses quotidiennes, et le statu quo qui s’envenime ».

En ce qui concerne l’Iran, Obama et Kerry ont voulu croire que la promesse d’une réhabilitation internationale contribuerait à dissuader le régime islamiste de tenter d’obtenir la bombe nucléaire. Ils ont donc négocié et approuvé un accord, dont beaucoup de dispositions fondamentales ne s’appliquent que pour une période limitée, qui n’a ni démantelé ni même gelé complètement le programme iranien. Les ayatollahs ont été autorisés à améliorer leur processus d’enrichissement de l’uranium et à perfectionner leurs systèmes de lancement de missiles selon les termes de l’accord de 2015, pour lequel ils ont également été largement récompensés financièrement.

Rapaces sur le plan idéologique et territorial, les islamistes de Téhéran jouent la carte du long-terme. Ils ne veulent pas rejoindre la famille des nations. Ils veulent s’asseoir en tête de table, établir l’ordre du jour et plier le reste du monde à leur volonté. Cette dure vérité semble avoir échappé à la présidence d’Obama.

Le secrétaire d’État américain John Kerry, (à gauche), rencontre le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif au siège des Nations Unies le samedi 26 septembre 2015. (AP/Craig Ruttle)

Pendant qu’il prend ses marques

Si vous avez lu mes récents éditoriaux, vous savez ce que je pense du comportement du président américain Donald Trump lors des élections présidentielles de la semaine dernière. Mais cela ne change rien au fait que 70 % des juifs israéliens ont déclaré peu avant le vote qu’ils considéraient Trump comme le candidat « préférable », en ce qui concerne les intérêts d’Israël, pour des raisons claires, solides et raisonnablement intéressées.

Le président américain Donald Trump s’exprime dans la salle de briefing Brady de la Maison Blanche à Washington, DC, le 5 novembre 2020. Il prétend avoir remporté l’élection mais qu’on lui a volé la victoire. (Brendan Smialowski / AFP)

Ces raisons incluent notamment la gestion par son administration des questions palestiniennes et iraniennes. Sur la première, tout en bloquant finalement les projets d’annexion de la Cisjordanie de Netanyahu, la Maison Blanche de Trump a clairement fait savoir aux Palestiniens qu’ils devaient faire des compromis sur leurs exigences maximalistes, cesser de jouer le jeu de la victime et mettre fin à leur diabolisation d’Israël. Et dans le second cas, elle a augmenté la pression financière sur Téhéran et demandé un nouvel accord qui, cette fois, exigerait vraiment du régime qu’il abandonne ses objectifs nucléaires.

En conséquence de ces grandes stratégies, les Palestiniens sont marginalisés par d’anciens partisans inébranlables du monde arabe, qui au contraire normalisent les relations et s’associent à Israël pour faire face à l’Iran. Et les ayatollahs ressentent la pression financière.

Maintenant, place à Biden.

Le nouveau président des États-Unis devra faire face à un vaste éventail de priorités nationales. Mais il est déjà beaucoup question qu’il rejoigne l’accord sur l’Iran de 2015, qui a été négocié sous sa direction et dont le président sortant s’est retiré.

Et les dirigeants palestiniens de Cisjordanie, qui ont rompu toute relation avec l’administration Trump pour sa témérité à reconnaître Jérusalem comme la capitale historique et moderne d’Israël, et qui ont rejeté son plan de paix par anticipation, envisagent avec joie le retour d’une administration américaine qu’ils croient plus empathique à leurs ambitions, plus encline à céder à leur diabolisation continue d’Israël, plus disposée à leur apporter une aide financière même si elle est détournée pour payer les familles des terroristes, et plus indulgente envers leur obstination.

Le vice-président américain Joseph Biden, (à gauche), et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas saluent la presse avant leur rencontre à Ramallah, en Cisjordanie, le 10 mars 2010. (AP Photo/Tara Todras-Whitehill)

Biden héritera d’une Amérique amèrement divisée, succédant à un président qui, à ce stade, semble déterminé à résister à la volonté du peuple. À l’étranger, en ce qui concerne Israël et cette région, l’administration Trump lui lègue cependant une approche bien plus réaliste que celle dont elle a hérité.

Je ne m’attends pas à ce que Biden – le nouveau président le plus expérimenté depuis George H.W. Bush en 1989, et aucunement novice en ce qui concerne cette région – soit guidé par cette remarque « vous le savez mieux que moi » à la fin de son discours de Tel-Aviv il y a dix ans. Mais, au moins pendant qu’il s’installe, il pourrait envisager une application diplomatique du serment d’Hippocrate au Moyen-Orient : premièrement, ne pas nuire.

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