Mort à Vichy du négationniste Robert Faurisson à l’âge de 89 ans
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Mort à Vichy du négationniste Robert Faurisson à l’âge de 89 ans

Obsédé jusqu'à la fin par la négation de la Shoah, Robert Faurisson est mort en rentrant d'une conférence consacrée à la question, perturbée par des militants anti-négationnistes

Robert Faurisson. (Crédit : capture d'écran Youtube)
Robert Faurisson. (Crédit : capture d'écran Youtube)

Robert Faurisson, négationniste tristement connu pour ses articles niant l’extermination des Juifs par les nazis est mort le 21 octobre à Vichy à l’âge de 89 ans en rentrant d’une conférence donnée à Sheperton, sa ville de naissance en Angleterre.

Cette dernière conférence, à laquelle participait également Vincent Reynouard, un autre négationniste français, a été perturbée par des contestataires. Couvertes par les cris et la sirène d’alarme, la conférence a due être interrompue avant son terme.

La nouvelle a été annoncée le 22 octobre au matin par le collectif Pratique de l’Histoire, dévoiement du négationnisme (PHDN) constitué d’historiens en pointe dans la lutte contre le négationnisme, et confirmée au site Conspiracy Watch, par René Schleiter, beau-frère de Faurisson.

Comme le rappelle PHDN, Robert Faurisson « avait construit sa notoriété sur la négation de la réalité du génocide des Juifs, par des mensonges, des falsifications et l’ignorance totale du corpus documentaire sur l’extermination des Juifs ». Il a été condamné à plusieurs reprises pour « incitation à la haine raciale » et pour « contestation de crimes contre l’humanité ».

Cet homme pour qui les fours crématoires d’Auschwitz et de Birkenau sont « une tromperie » et le « plus gros mensonge du XXe siècle » était la dernière figure du négationnisme connue du grand public après le décès de Roger Garaudy en 2012.

Celui qui avait été qualifié de « faussaire de l’Histoire » par l’ancien garde des Sceaux Robert Badinter, commence dès le début des années 1960 à se pencher sur l’histoire du génocide des Juifs.

Jusqu’à la fin de sa vie, il n’a eu de cesse de poursuivre la défense de sa doctrine négationniste notamment à travers son blog.

Extrait "Les Faussaires de l’Histoire" – Robert Badinter face à Robert Faurisson from Talweg production on Vimeo.

L’universitaire, qui avait « soif de reconnaissance », savait « qu’en s’attaquant à ce sujet historique, un des plus tragiques du XXe siècle », il pouvait « satisfaire son goût de la provocation » et de « s’installer comme un homme public », analyse l’historienne Valérie Igounet dans « Robert Faurisson, portrait d’un négationniste » (Denoël).

« Antisémite falsificateur, (…), avide de scandales », il « n’a cessé d’adopter des méthodes de lecture, d’interprétation de documents historiques aux antipodes de la méthode scientifique », alors même qu’il n’était pas historien de formation, souligne-t-elle.

La thèse de Robert Faurisson est d’affirmer que les chambres à gaz n’ont jamais été utilisées pour gazer les hommes mais qu’elles servaient d’épouillage en temps de guerre.

Condamné à de nombreuses reprises en France entre 1981 et 2007, notamment pour contestation de crime contre l’humanité et provocation à la discrimination, Robert Faurisson a été le premier justiciable français condamné en vertu de la loi Gayssot de 1990 visant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe.

Il a ensuite enseigné à l’université Paris III puis à partir de 1973 à l’université Lyon II. Celui qui se voulait « le maître à penser du négationnisme mondial », commence alors à diffuser ses idées dans les cercles universitaires puis dans les médias.

Un de ces cours donnés à Lyon en 1978 était intitulé : « Le journal d’Anne Frank est-il authentique ? », preuve d’une obsession profonde pour la négation du génocide juif.

Il doit le début de sa notoriété à une tribune parue dans Le Monde, intitulée « Le problème des chambres à gaz » parue le 29 décembre 1978. Il deviendra ensuite une figure emblématique du négationnisme dans les milieux d’ultra-gauche et néo-nazis.

Un mois avant cette interview qui le lança médiatiquement, L’Express publiait 15 pages d’interview exclusive de Louis Draquier de Pellepoix, un des organisateurs de la Rafle du Vel’ d’Hiv’ qui affirmait : « A Auschwitz, on n’a gazé que des poux ». Les temps sont à la contestation des crimes contre l’humanité envers les Juifs et les historiens ont alors un train de retard.

C’est dans ces années, qu’émergent plusieurs auteurs négationnistes prônant que l’histoire de la Shoah est une « invention juive » créée de toutes pièces pour aider à la création d’Israël, comme Maurice Bardèche.

De son côté, « un ancien déporté politique, Paul Rassinier, raconte, depuis quelques années, qu’il n’y pas eu ‘tant qu’on le croit’ de chambres à gaz, pas ‘tant qu’on le dit’ de juifs exterminés ».

Au début des années 1980, le discours négationniste de Faurisson prend un tournant politique. Il attire autour de lui une nébuleuse d’anciens écologistes, de militants d’extrême-gauche ou d’extrême-droite.

Il se proclame anti-sioniste : une position qui lui vaudra le soutien de l’Iran, où il devient une figure intellectuelle. En 2012, il reçoit du président radical Mahmoud Ahmadinejad le premier prix honorant « le courage, la résistance et la combativité ».

Dieudonné M’bala M’bala à la sortie du théâtre de Marens à Nyon en Suisse, le 3 février 2014 (Crédit : AFP/Archives Boris Heger)

Cette consécration le rapprochera également de Dieudonné, condamné à maintes reprises pour insultes et incitation à la haine. Ce dernier suscite la polémique en l’accueillant en décembre 2008 sur la scène du Zénith de Paris pour lui remettre un « prix de l’infréquentabilité et de l’insolence » par une personne déguisée en déporté juif.

En mars 2011, la cour d’appel de Paris a condamné Dieudonné à 10 000 euros d’amende pour « injures » à caractère raciste suite aux propos tenus lors de ce spectacle.

Dans un tweet, l’ancien humoriste a salué la « soif de vérité » de Robert Faurisson et son « oeuvre incomparable ». Ce qui lui a valu aussitôt l’annonce d’une plainte à son encontre de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) pour apologie du négationnisme.

« Le négationniste Robert Faurisson est mort mais ses ‘thèses’ immondes vivent encore. Le combat pour la vérité historique continue face aux faussaires de l’Histoire », a réagi la Fondation pour la mémoire de la Shoah sur Twitter.

« L’apparition de Faurisson au Zénith coïncide avec le renouveau de l’antisémitisme arabe et un contexte tendu autour d’Israël », explique l’historienne Valérie Igounet.

« Le négationnisme ne va pas mourir avec Faurisson et ses héritiers veulent porter son discours, comme on le voit sur les réseaux sociaux » et dans les discours antisionistes et antisémites de personnages médiatiques comme Dieudonné.

Robert Faurisson, précise-t-elle à l’AFP, a repris des thèses d’extrême droite fascistes qui circulaient dans l’après-guerre mais qui n’étaient pas audibles, en se prévalant de sa qualité de professeur de littérature. Il y a trouvé un moyen à la fin des années 70 pour acquérir une notoriété médiatique. Sans être affilié à un parti d’extrême-droite, il faisait partie de plusieurs amicales.

Se rendant en 1976 à Auschwitz, Robert Faurisson avait prétendu, après avoir consulté certaines archives, pouvoir prouver que les chambres à gaz ne pouvaient avoir fonctionné comme cela était établi par les historiens.

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