Mort de Simone Veil, la grande dame de l’histoire de l’Europe : (multiples) Réactions et Panthéon ?
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'La République est en deuil'

Mort de Simone Veil, la grande dame de l’histoire de l’Europe : (multiples) Réactions et Panthéon ?

Un conseiller régional FN avait d'abord écrit : "Qu'elle repose en paix. Et contemple les millions de victimes que sa Loi a généré" avant de "regretter"

Simone Veil après son entrée à l'Académie française, le 18 mars 2010. (Crédit : François Guillot/AFP)
Simone Veil après son entrée à l'Académie française, le 18 mars 2010. (Crédit : François Guillot/AFP)

Une « cérémonie d’obsèques officielles » sera organisée mercredi après-midi dans la cour des Invalides pour rendre hommage à Simone Veil, en présence du chef de l’État Emmanuel Macron qui prononcera un discours, a-t-on appris auprès de l’Élysée.

« Tous les corps constitués seront invités », a-t-on précisé de même source. « Le jour de la cérémonie, les drapeaux européens seront mis en berne tandis que les drapeaux français seront parés d’un crêpe noir » sur les bâtiments officiels, a-t-on ajouté.

Le chef de l’Etat français avait exprimé ses « très vives condoléances » après le décès de Simone Veil. « Puisse son exemple inspirer nos compatriotes, qui y trouveront le meilleur de la France », avait-il écrit sur Twitter.

« En Simone Veil, la France perd une de ses plus éminentes figures », avait également souligné M. Macron dans un communiqué de l’Elysée.

« Marquée par la douleur ineffaçable de la déportation, à laquelle elle survécut, mais où elle perdit ses parents et son frère, elle consacra sa vie aux plus nobles causes de la République », ajoutait-il, en rappelant son combat pour les femmes « quand elle porta avec un courage inlassable la loi sur l’interruption volontaire de grossesse, qui mit un terme à tant de situations inhumaines ».

Il citait aussi sa défense du sort des prisonniers, et de la santé et de la protection sociale, sous les septennats de Valéry Giscard d’Estaing et de François Mitterrand.

Emmanuel Macron rappelait aussi qu’elle « défendit avec une énergie inépuisable l’Europe ».

Il saluait enfin « son humanisme intransigeant forgé par l’horreur des camps » qui fit d’elle « l’ennemie résolue de la moindre compromission politique avec l’extrême-droite ».

« L’esprit de la nation se nourrit de vies exemplaires. La vie de Simone Veil fut de celles-ci », avait-il ajouté. « La France en deuil exprime à Madame Simone Veil sa gratitude ».

L’ancienne ministre et rescapée de la Shoah est décédée vendredi, à l’âge de 89 ans.

Les dirigeants de de France et de l’Union européenne, notamment la chancelière allemande Angela Merkel et le président du parlement européen, Antonio Tajani, lui ont rendu hommage vendredi, saluant son apport à la construction européenne, après l’annonce du décès de cette grande figure de la vie politique française.

– Gérard Larcher, président LR du Sénat : « Simone Veil nous a quitté. Nous retiendrons son courage et la force de ses convictions. Son parcours restera un exemple pour l’histoire » (Twitter)

– Rachida Dati, ancienne garde des Sceaux : « Une partie de moi-même part avec cette femme qui a marqué ma vie, qui m’a portée, consolée et sauvée tant de fois. Ces combats de vie et bien au-delà ont sauvé tant de femmes, ont sauvé plus d’une fois l’humanité. Simone Veil a été l’honneur de la France, elle incarnait nos valeurs universelles, ces valeurs tous les jours menacées. Elle a fait face avec courage et dignité à tous les obscurantismes, à toutes les barbaries » (communiqué)

– Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics : « La République est en deuil. Simone Veil incarnait une certaine idée de la France et de l’Homme. Tristesse et recueillement. » (Twitter)

– Harlem Désir, ex-Premier secrétaire du PS : « Hommage à #Simone Veil, l’immense combattante du droit des femmes, de l’Europe, de la mémoire, à son courage sans égal » (Twitter)

– Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur : « Simone Veil conjuguait ses combats au féminin. Son destin épousa la République. Son œuvre nous éclairera à jamais. Immense émotion. » (Twitter)

Gérard Collomb, au centre, ministre français de l'Intérieur, près des lieux d'une attaque terroriste devant la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 6 juin 2017. (Crédit : Bertrand Guay/AFP)
Gérard Collomb, au centre, ministre français de l’Intérieur, près des lieux d’une attaque terroriste devant la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 6 juin 2017. (Crédit : Bertrand Guay/AFP)

– Martine Aubry, maire PS de Lille : « Nous perdons une grande dame dont la vie a été faite d’engagements et de courage, des camps de concentration dont elle était rescapée jusqu’à la loi Veil sur l’avortement. Engagements et courage reconnus par tous, elle qui fut, en fervente européenne, la première femme élue à la tête du Parlement européen. Sa voix portait. Nous gardons son message. » (communiqué)

– Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes : « Très émue par l’annonce du décès de Simone Veil, grande conscience, grande féministe et grande européenne. Un modèle. » (Twitter)

– Christiane Taubira, ex-ministre de la Justice : « Simone Veil, une si belle solidité ! Respect, affection et gratitude » (Twitter)

– Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement : « Triste. Émotion et profond respect pour Simone Veil, icône de notre histoire républicaine. Puisse son combat éclairer les générations futures. » (Twitter)

– François de Rugy, président de l’Assemblée nationale : « Le courage et les combats de Simone Veil marqueront à jamais l’histoire de l’Assemblée nationale et sont inscrits dans le cœur des Français » (Twitter)

– Christian Jacob, président du groupe LR à l’Assemblée nationale : « Une femme d’exception, de conviction, de combat mais aussi de cœur. (…) Elle incarne ce que la politique représente de plus grand et de plus noble et son parcours exemplaire doit demeurer, pour nous, dans les temps incertains que nous vivons, une référence incontournable, un modèle de courage, de loyauté et de droiture. » (communiqué)

– Pierre Laurent, secrétaire national du PCF : « Simone Veil fut une femme de courage, de conviction essentielle pour la liberté des femmes. Nous honorons sa mémoire » (Twitter)

– Laurence Rossignol, ex-ministre PS des Droits des femmes: « Je tiens à rendre un hommage ému à celle dont la vie incarne l’histoire du XXe siècle. D’abord avec l’horreur de l’holocauste et ensuite avec le combat des femmes pour leur émancipation et en particulier le droit à disposer de leur corps. » (Sur publicsenat.fr)

Voici quelques réactions dans le monde de la culture et de la recherche historique :

– Annette Wieviorka, historienne, spécialiste de la Shoah:

« On a du chagrin (…) Elle a représenté tellement de choses dans nos vies. En tant que femme – la fameuse loi Veil – mais surtout la façon dont elle a incarné la mémoire d’Auschwitz, avec intelligence, dignité, et une justesse qui ne l’a jamais quittée quand elle évoquait ses années de camp et aussi la +Libération+ et les conditions terribles qui ont été celles de l’ouverture du camp de Bergen-Belsen. Elle disait +on était si peu nombreux et on avait l’impression que nos vies comptaient si peu+. » (sur franceinfo)

– Emmanuelle Devos, actrice qui a incarné Simone Veil dans le téléfilm « La loi » (2014):

« C’est un personnage qui m’a toujours inspirée, qui était comme une idole politique mais en même temps une femme, avec ce parcours exceptionnel. (…) Pour moi elle était immortelle et elle le restera dans l’esprit de tous les Français. (…) Cela a été un rôle très très important, vous touchez du doigt ce que doit être un caractère que nous n’atteindrez jamais, que vous ne pouvez pas être, parce qu’il n’y a pas des Simone Veil tous les ans. » (sur RTL)

– Brigitte Bardot, actrice et militante de la cause animale:

« Simone Veil nous a fait un cadeau formidable à nous les femmes. Qu’elle tristesse de voir quelqu’un de valeur et de coeur nous quitter » (sur Twitter)

– Françoise Nyssen, ministre de la Culture :

« Par une vie de combats, à elle seule, Simone Veil a fait avancer l’humanité tout entière. Sa mémoire nous oblige. Pensées pour ses proches. » (sur Twitter)

– Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe (IMA), ancien ministre de l’Education nationale et de la Culture:

« Mère courage des droits des femmes, visionnaire d’une Europe humaniste, Simone Veil aura été l’héroïne de la liberté et de la dignité. » (sur Twitter)

La fondation Chirac, créée par l’ancien président Jacques Chirac, a rendu hommage à Simone Veil, décédée vendredi, en soulignant que « la grande dame de la République s’en est allée » mais que « son message demeure et continuera longtemps à rayonner ».

« Son histoire personnelle s’est confondue avec l’histoire de la France et celle de la construction européenne. Femme de principes et femme d’action, elle incarnait au plus haut les valeurs de justice et de solidarité qu’elle défendait. En elle, nul faux-semblant, nulle hypocrisie. C’était une femme sans complaisance », souligne la fondation.

Jacques Chirac (Crédit :  Creative Commons Attribution 3.0)
Jacques Chirac (Crédit : Creative Commons Attribution 3.0)

« Avec la loi sur l’avortement, votée dans un climat de haine qu’on peine à imaginer aujourd’hui, elle a fait faire un grand pas à la cause des femmes, qui demeura l’un des combats structurants de sa vie. Avec la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, elle œuvrait pour éliminer les germes de la haine », ajoute la fondation Chirac.

Jacques Chirac, qui était Premier ministre au moment du vote de la loi Veil, « avait pour elle de l’affection, du respect et de l’admiration », souligne encore sa fondation pour qui « l’esprit de Simone Veil survivra chez tous ceux qui ont eu le privilège de l’approcher et, au delà, chez tous ceux qui ont à cœur de faire toujours progresser l’idée même d’humanité ».

La présidente du Front national Marine Le Pen a présenté ses « condoléances les plus sincères » après le décès de Simone Veil, « une femme qui aura incontestablement marqué de son empreinte la vie politique française ».

« J’ai aussi une pensée pour sa famille politique, avec qui Simone Veil a défendu ses convictions avec constance », a souligné Mme Le Pen dans une communiqué.

« Je salue enfin le combat pour la Mémoire qui fut celui de toute sa vie », a-t-elle conclu.

Gilbert Collard, député FN du Gard, a lui aussi salué sur Twitter « une figure de la politique française, femme de combat » qui a « symbolisé le droit des femmes et le devoir de mémoire ».

« Hommage à la courageuse Simone Veil. Au-delà des opinions, se battre pour la liberté demeure le plus beau des combats » a aussi écrit Sébastien Chenu, député FN du Nord.

« Une Immortelle, une intelligence est partie. Pensées pour sa famille et ses proches » a salué le vice-président Florian Philippot.

Louis Aliot, vice-président du FN, a lui rediffusé un message demandant de ne pas « instrumentaliser » Simone Veil, accompagné de la citation : « Personne n’a jamais contesté, et la ministre de la Santé moins que quiconque, que l’avortement soit un échec quand il n’est pas un drame ».

Nicolas Bay, secrétaire général du parti, n’avait lui pas réagi en fin d’après-midi.

Le FN a été pendant longtemps radicalement anti-avortement. Dans les années suivant sa fondation en 1972, le FN avait ainsi publié une affiche représentant Mme Veil avec comme slogan « Simone veille sur la dénatalité ». Jean-Marie Le Pen s’en prenait régulièrement à celle qui avait aussi été appelée « Mme Avortement », tandis que l’IVG était considérée comme un « suicide forcé ».

J-M Le Pen proposait encore en 2002 dans son programme présidentiel d' »abroger les lois sur l’avortement », qualifiées de « barbarie totalitaire ».

En 2011, Mme Le Pen avait redit son souhait de dérembourser l’IVG, mais elle prône désormais le statu quo sur le sujet, en se présentant comme la première défenseure des droits des femmes.

Un conseiller régional FN en Pays-de-la-Loire, Samuel Potier, a pourtant été largement critiqué vendredi sur Twitter pour avoir écrit : « Qu’elle repose en paix. Et contemple les millions de victimes que sa Loi a généré ». Il a ensuite expliqué avoir retiré ce tweet, « une erreur que je regrette ».

En Europe :

Angela Merkel a salué la mémoire de Simone Veil qui « s’est engagée pendant plusieurs décennies et avec beaucoup d’énergie dans le processus d’unification européenne ».

« Nous garderons également en mémoire son engagement infatigable et profondément humain pour les survivants de l’Holocauste, dont elle a partagé le destin », a souligné la chancelière dans un message de condoléances à la famille de Simone Veil.

La chancelière allemande Angela Merkel pendant une conférence de presse à Berlin après l'attaque au camion bélier contre un marché de Noël de la ville qui a fait au moins 12 morts, le 20 décembre 2016. (Crédit : John MacDougall/AFP)
La chancelière allemande Angela Merkel pendant une conférence de presse à Berlin après l’attaque au camion bélier contre un marché de Noël de la ville qui a fait au moins 12 morts, le 20 décembre 2016. (Crédit : John MacDougall/AFP)

Dans un message adressé à son homologue français Emmanuel Macron, le président allemand Frank-Walter Steinmeier a également rendu hommage à Mme Veil, dont la vie « embrasse à la fois l’horreur et la construction pleine d’espoir de l’Europe du XXe siècle (…) Nous disons adieu à une grande Européenne. Nous autres Allemands, nous la garderons dans nos souvenirs reconnaissants ».

Le message de Simone Veil sur les femmes et l’antisémitisme reste « vivant », a déclaré à l’AFP le président du Parlement européen, Antonio Tajani.

« Son message est vivant aussi bien en ce qui concerne le droit et le rôle des femmes en Europe, qu’en ce qui concerne l’antisémitisme », a commenté M. Tajani à propos de la première femme présidente du Parlement européen.

« Sa vie est un exemple à suivre. Après le chancelier allemand Helmut Kohl (mort le 16 juin, ndlr), nous perdons une grande Européenne », a-t-il ajouté.

« Elle avait vécu dans sa chair les déchirements tragiques de l’Europe et avait su, par son engagement politique, contribuer à bâtir une paix durable en Europe », a renchéri de son côté le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, dans une lettre adressée au président Macron.

« Elle fut une combattante infatigable des causes les plus nobles, une femme de grand discernement, confiante dans l’avenir car elle était convaincue qu’avec le temps, le progrès l’emporte toujours », écrit M. Juncker.

Simone Veil fut la première femme à être ministre d’Etat en France ainsi que présidente du premier Parlement européen élu au suffrage universel direct en 1979.

« C’est une grande perte pour nous tous, ce fut une protagoniste du renforcement de la démocratie en Europe, une femme qui s’est beaucoup battue contre l’oubli de ce qui s’est passé pendant la Seconde Guerre mondiale, de la Shoah », a estimé M. Tajani.

« Demain, nous aurons les funérailles de M. Kohl, dans le même temps, il faudra se rappeler de Simone Veil, la grande dame de l’histoire de l’Europe d’aujourd’hui », a conclu l’Italien.

Le groupe du Parti populaire européen (PPE, conservateur) au Parlement a également rendu hommage à « cette immense femme politique européenne dont les innombrables combats en France et au Parlement européen ont fait progresser les droits de tous les citoyens ».

« Son parcours est un exemple à suivre pour tous les Européens. Son souvenir et son héritage doivent rester des sources d’inspiration pour les prochaines générations », ont déclaré dans un communiqué conjoint Manfred Weber, le président du groupe PPE, et Franck Proust, le chef de la délégation française du PPE.

A gauche, les eurodéputés socialistes et radicaux ont salué la mémoire de Simone Veil et proposé son entrée au Panthéon à Paris « qui honorerait notre pays ».

« Simone Veil, dans sa chair, incarne la construction européenne : déportée à l’âge de 16 ans à Auschwitz, elle verra sa famille décimée pendant la Shoah. C’est avec l’énergie d’une survivante qu’elle a marqué l’Histoire de la France, de la construction européenne et des droits des femmes », ont-ils rappelé dans un communiqué.

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