Moscovici « espère » que la loi controversée sur la Shoah ne sera pas promulguée
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"Les nouveaux monstres font écho aux monstres du passé"

Moscovici « espère » que la loi controversée sur la Shoah ne sera pas promulguée

"Je pense qu'un pays qui en vient à nier son histoire par la loi est un pays qui se trouve dans le déni, et du déni à la négation il n'y a qu'un pas", a dit le commissaire européen

Pierre Moscovici (Crédit : Aron Urb (EU2017EE/CC 2.0)
Pierre Moscovici (Crédit : Aron Urb (EU2017EE/CC 2.0)

Le commissaire européen Pierre Moscovici a déclaré dimanche espérer que le président polonais Andrzej Duda « aurait la sagesse » de « ne pas promulguer » une loi polonaise controversée concernant la Shoah, promue par le chef des conservateurs au pouvoir en Pologne, Jaroslaw Kaczinski.

« Je considère que ce projet de loi est un projet de loi qu’il faut condamner et j’espère, contrairement à M. Kaczynski, que le président de la République aura la sagesse de ne pas la promulguer, car cela contribue à donner l’impression que la Pologne tourne le dos à l’état de droit », a réagi M. Moscovici lors d’une émission de radio.

Si elle était promulguée, la loi votée la semaine dernière par le Sénat polonais, interdirait l’utilisation de l’expression de « camps de la mort polonais » à propos de ceux installés par les nazis en Pologne durant la deuxième guerre mondiale.

Le texte a irrité Israël et les Etats-Unis ont exprimé leur « inquiétude » quant aux conséquences d’un texte qui punit par des amendes ou jusqu’à trois ans d’emprisonnement ceux qui attribuent « à la nation ou à l’Etat polonais » des crimes commis par les nazis allemands en Pologne occupée.

« La Commission européenne considère que l’Etat de droit est une cause sacrée, qu’on ne peut pas perdre son âme au nom de l’unité, et qu’il faut que les valeurs européennes soient respectées », a déclaré M. Moscovici.

« Je pense que cette loi est une loi qui vient confirmer que la priorité des autorités polonaises aujourd’hui n’est pas le respect de ces valeurs. Parce que dans ces valeurs il y a notre histoire, et au cœur de notre histoire, il y a ce drame de la Shoah. Les nouveaux monstres font écho aux monstres du passé. Il faut tout faire, et c’est le sens de la construction européenne aujourd’hui, tout faire pour que la Shoah ne puisse jamais se reproduire ».

L’UE a déjà lancé une procédure de sanction contre la Pologne après sa réforme du système judiciaire.

« Je pense qu’un pays qui en vient à nier son histoire par la loi est un pays qui se trouve dans le déni, et du déni à la négation il n’y a qu’un pas », a conclu le commissaire européen.

Le nouveau projet de loi prévoit des sanctions judiciaires pour les individus ou les organisations qui calomnieraient la « nation polonaise » en assignant une responsabilité aux Polonais pour les crimes commis sur leur sol.

L’utilisation des phrases comme « camps de la mort polonais » pour se référer aux sites d’extermination que l’Allemagne nazie avait installés dans la Pologne occupée pendant la guerre ferait encourir trois ans de prison ou une amende aux individus ou aux organisations, selon le projet de loi. Ce dernier a voulu partiellement répondre à des cas, ces dernières années, où les médias étrangers ont utilisé l’expression « camps de la mort polonais » pour qualifier Auschwitz et d’autres camps dirigés par les nazis.

Le projet de législation rend également illégal le fait de « réduire délibérément la responsabilité des ‘vrais coupables’ de ces crimes », en référence au meurtre d’environ 100 000 Polonais par des unités de l’armée des insurgés ukrainiens durant la Seconde Guerre mondiale.

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