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Netanyahu refuse toute grâce impliquant une culpabilité et dit vouloir se représenter

Dans une interview fleuve, le Premier ministre dit pouvoir avancer avec Sharaa si le Golan est démilitarisé et les Druzes protégés, et que les États-Unis n’ont pas interrompu trop tôt les frappes contre l’Iran

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) s'adresse à la présentatrice australienne Erin Molan, dans une interview diffusée le 13 novembre 2025. (Crédit : Capture d'écran/YouTube)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) s'adresse à la présentatrice australienne Erin Molan, dans une interview diffusée le 13 novembre 2025. (Crédit : Capture d'écran/YouTube)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé qu’il ne solliciterait pas la grâce dans le cadre de son procès pour corruption si une telle démarche impliquait de reconnaître sa culpabilité, lors d’une interview diffusée jeudi par une présentatrice de télévision australienne.

Face à l’animatrice Erin Molan dans un entretien très étendu, Netanyahu a exprimé sa gratitude envers le président américain Donald Trump pour avoir été « si franc » dans la lettre qu’il a adressée mercredi au président Isaac Herzog, dans laquelle il sollicitait une grâce pour le Premier ministre.

« Ce procès est tellement absurde », a déclaré Netanyahu. « Je passe trois jours par semaine au tribunal – imaginez : mener une guerre et, à présent, tenter d’élargir la paix. »

Dans les faits, Netanyahu a à plusieurs reprises demandé – et obtenu – que ses audiences soient écourtées en raison de ses obligations gouvernementales ou de son état de santé.

« Cela nuit aux intérêts américains et israéliens, ce que Trump a d’ailleurs lui-même reconnu », a ajouté Netanyahu, évoquant son procès pour corruption. « Je dois disposer de mon temps pour me consacrer aux questions qui détermineront l’avenir d’Israël et celui de la paix au Moyen-Orient. »

Netanyahu est accusé d’un chef de corruption, ainsi que de trois chefs de fraude et d’abus de confiance, dans trois affaires distinctes liées à des allégations de corruption à son encontre. Son procès a débuté en 2020 et est loin d’être terminé.

Le Premier ministre a nié toute malversation et affirme que l’ensemble des charges a été fabriqué de toutes pièces dans le cadre d’une tentative de coup d’État politique orchestrée, selon lui, par la police et le parquet.

Il a insisté sur le fait qu’il ne déposerait pas de demande officielle de grâce si cela devait revenir à reconnaître sa culpabilité. « Cela n’arrivera pas. Personne ne suggère que je pourrais le faire, et je ne le ferai certainement pas. »

Lorsqu’on lui a demandé s’il prévoyait de se présenter pour un nouveau mandat, Netanyahu, âgé de 76 ans, a répondu : « La réponse est oui, mais ce sont les citoyens qui en décideront. »

« Je fais face à une opposition considérable, même si elle n’est pas très large, mais qui est financée à hauteur de plusieurs milliards de dollars par des organisations non gouvernementales étrangères, des gouvernements étrangers, et d’autres. Je continue d’enregistrer des victoires. Mais je gagne parce que ce sont les citoyens qui décident », a-t-il ajouté.

Les prochaines élections israéliennes doivent se tenir avant octobre 2026. Les sondages indiquent régulièrement que la coalition actuelle de droite et religieuse de Netanyahu peine à conserver sa majorité.

Syrie

Interrogé sur la rencontre entre le président syrien Ahmed al-Sharaa et Trump à Washington en début de semaine, Netanyahu a répondu qu’il jugerait le nouveau dirigeant syrien « à ce qui se passe sur le terrain ».

« La Syrie deviendra-t-elle un pays pacifique ? », a-t-il demandé. « Va-t-il éliminer les djihadistes de sa propre armée ? Va-t-il travailler avec moi pour instaurer une zone démilitarisée dans le sud-ouest de la Syrie, à la frontière du plateau du Golan ? »

Le président américain Donald Trump, à droite, s’entretient avec le président syrien Ahmad al-Sharaa, à la Maison Blanche à Washington, le 10 novembre 2025. (Crédit : Service de presse de la présidence syrienne/AP)

« Que faisons-nous pour protéger nos frères druzes, ces Druzes syriens proches d’Israël, qui ont été mutilés, massacrés, presque aussi gravement que lors du pogrom du 7 octobre perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza ? », a-t-il demandé.

Il a précisé que si le sud-ouest de la Syrie était démilitarisé et que les Druzes y bénéficiaient d’une protection permanente, « nous pourrions aller de l’avant ».

« Je jugerai al-Sharaa à ses actes : à ce qui sera vraiment fait, vraiment réalisé. »

Les États-Unis négocient actuellement un éventuel pacte de sécurité entre la Syrie et Israël. L’État hébreu reste méfiant en raison des anciens liens de Sharaa avec des organisations terroristes et critique le traitement réservé aux minorités par son gouvernement. Après la chute d’Assad, des troupes israéliennes ont également pris plusieurs positions dans le sud-ouest de la Syrie, dans le cadre de ce que le gouvernement a qualifié de mesure de sécurité temporaire.

Iran

Netanyahu a également nié, au cours de l’entretien, que Washington avait empêché Israël d’aller au bout de ses objectifs lors de la guerre de juin contre l’Iran.

« Nous avions des objectifs très clairs », a-t-il déclaré. « Nous voulions frapper les sites nucléaires, les sites de production de missiles, ainsi que quelques autres cibles. Nous l’avons clairement indiqué. Une fois ces objectifs atteints, la guerre a pris fin. »

« Il restait une frappe possible, et c’était tout », a-t-il déclaré. « Ce n’est pas quelque chose qui nous a été interdit ni quelque chose que nous n’avions pas prévu dans nos plans de guerre. »

Il a indiqué qu’Israël et les États-Unis suivaient attentivement les efforts déployés par l’Iran pour réparer ce qui avait été détruit pendant la guerre.

Une femme passe devant un immeuble résidentiel touché par une frappe israélienne et recouvert d’un grand drapeau iranien, à Téhéran, le 25 juin 2025. (Crédit : ATTA KENARE / AFP)

Israël a souligné que son offensive de grande envergure menée en juin contre les principaux dirigeants militaires iraniens, les scientifiques nucléaires, les sites d’enrichissement d’uranium et le programme de missiles balistiques était nécessaire pour empêcher la République islamique de concrétiser son projet déclaré de détruire l’État juif.

Gaza

Abordant l’avenir de Gaza, Netanyahu a déclaré qu’Israël « conserverait la responsabilité première en matière de sécurité, car nous ne confions notre sécurité à personne d’autre, ni à Gaza ni sur aucun autre front ».

Les propos du Premier ministre sur Gaza interviennent alors que les États-Unis soumettent au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution visant à établir une force internationale de stabilisation dans la bande de Gaza. Selon le dernier projet de résolution consulté mercredi par le Times of Israel, cette force pourrait être chargée de désarmer le Hamas.

New York

Interrogé sur les menaces du maire élu de New York, Zohran Mamdani, qui a affirmé qu’il ferait arrêter Netanyahu s’il se rendait dans la ville, le Premier ministre a répondu : « Ai-je peur d’y aller ? Bien sûr que non ».

Il s’est dit disposé à parler avec Mamdani si celui-ci accepte de s’informer sérieusement sur le sujet. « C’est bien d’être un jeune dirigeant, mais ce n’est pas bien d’être un jeune dirigeant sans éducation, qui ne connaît rien à l’économie, qui ne sait pas ce qu’est l’antisémitisme, qui ne sait pas qui sont les méchants. Je pense qu’il devrait se mettre à niveau sur ces sujets. Nous pourrions alors envisager une conversation. »

Lorsque Mamdani prendra ses fonctions le 1er janvier, il deviendra le premier maire musulman de New York et le plus jeune à diriger la ville depuis des générations.

Il reconnaît que de nombreux Juifs désapprouvent ses positions anti-Israël, et s’est engagé à lutter contre l’antisémitisme une fois en fonction.

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