New York: Un chef s’assure qu’aucun survivant de la Shoah n’ait plus jamais faim
Rechercher

New York: Un chef s’assure qu’aucun survivant de la Shoah n’ait plus jamais faim

Lorsque David Teyf s'est retrouvé sans emploi à cause du COVID, il a mis ses talents culinaires au service des personnes âgées en leur livrant des repas de Shabbat

David Teyf, PDG et chef exécutif de Madison and Park, livre des repas à des survivants de la Shoah résidant dans un immeuble du MetCouncil dans le Lower East Side à New York, le 21 août 2020. (Crédit : Benjamin Kanter/JTA)
David Teyf, PDG et chef exécutif de Madison and Park, livre des repas à des survivants de la Shoah résidant dans un immeuble du MetCouncil dans le Lower East Side à New York, le 21 août 2020. (Crédit : Benjamin Kanter/JTA)

JTA – Enfant et adolescent, la Pâque juive a toujours constitué une période de l’année particulière pour David Teyf.

Ce n’était pas seulement la fête en elle-même. C’était également les histoires que sa famille racontait au sujet de l’usine de matsot qu’elle faisait tourner derrière la maison de son grand-père à Minsk, avant de quitter la Biélorussie soviétique en 1979. Teyf, qui est né dans cette maison, avait 5 ans lorsqu’ils ont quitté la capitale biélorusse.

Aujourd’hui devenu un chef cuisinier à succès, Teyf a peu de souvenirs de la fabrique de matsot. Pourtant, il s’est mis à y penser plus souvent ces derniers temps alors qu’il cuisine et livre des repas de Shabbat, et plus récemment des repas de Pessah, aux survivants de la Shoah vivant à New York. Il a commencé à cuisiner ces repas il y a près d’un an, en partie inspiré par ses propres grands-parents, tous les quatre des survivants de la Shoah.

« Si mes grands-parents étaient en vie, qui s’occuperait d’eux ? » s’est demandé Teyf. « Un survivant de la Shoah âgé de 90 ans, qui s’occupe de cette personne ? C’est là que je me suis dit que je devais faire quelque chose ».

Teyf est l’un des nombreux acteurs du secteur de la restauration et de l’événementiel qui se sont retrouvés dans l’impossibilité de travailler lorsque la pandémie a commencé au printemps dernier. Le Musée de Manhattan de l’héritage juif – Une Mémoire vivante de la Shoah, où il dirige LOX au Café Bergson, s’est retrouvé fermé aux visiteurs en mars dernier. Tout comme le Deli 2nd Ave, où Teyf est chef exécutif de la salle du deuxième étage. Peu de temps après, les mariages, les bar et les bat-mitsva et d’autres événements qu’il devait organiser pendant le reste de l’année ont également été annulés.

« J’étais occupé 24/6 », a déclaré Teyf à propos de son programme pré-pandémique. « Puis, lorsque la pandémie a commencé, je suis passé de l’état d’être occupé 24 heures sur 24 à rien du tout, absolument rien ».

C’est au cours de l’une des longues promenades à travers Central Park avec lesquelles il remplissait ses journées nouvellement vides qu’il a commencé à réfléchir à la façon dont ses grands-parents survivants de la Shoah auraient pu traverser la pandémie.

Teyf a alors contacté le président et chef de la direction du Musée du patrimoine juif, Jack Kliger, et ils ont rouvert la cuisine du café avec quelques employés, peu après Pessah 2020. Avec un soutien financier et des noms de bénéficiaires fournis par des organisations locales qui offrent des services aux survivants de la Shoah, Teyf et son équipe ont commencé à cuisiner et à livrer des repas de Shabbat aux survivants de la Shoah chez eux à travers tout New York.

Teyf s’est concentré sur des préparations traditionnelles comme les halot de Shabbat, le gefilte fish et le kugel, mais a essayé de rendre les aliments un peu plus sains, en utilisant moins de sel, en raison de l’âge des survivants de Shoah.

Ayant grandi en entendant comment ses grands-parents avaient connu la famine pendant la guerre, cela a inspiré un slogan pour son projet : « Aucun survivant de la Shoah ne devrait plus jamais avoir faim ».

Illustration : Soutenus par UJA-Federation of New York, des bénévoles du Met Council emballent de la nourriture pour les personnes âgées, dont des centaines de survivants de la Shoah, en mai 2020 (Crédit : Met Council).

Teyf et son équipe font toutes les livraisons eux-mêmes, se rendant aux domiciles de ces survivants dans les cinq districts de New York. En règle générale, ils appuient sur la sonnette et laissent le repas à la porte afin de limiter tout risque de contamination par la COVID pour le survivant. Mais parfois, un survivant ouvre la porte alors que le livreur est encore là.

« Ils sont très reconnaissants et leurs sourires valent tout l’or du monde pour moi », a déclaré Teyf. « Et ils parlent russe, alors ils me donnent leur bénédiction ».

Leurs sourires valent tout l’or du monde pour moi

Alors que de plus en plus de personnes sont vaccinées et que les risques liés à la pandémie diminuent pour les personnes âgées vaccinées qui passent du temps hors de chez elles, Teyf n’envisage pas de mettre fin à son projet de sitôt. En réalité, il cherche plus de bénéficiaires, dans l’espoir d’ajouter à sa liste environ 70 survivants de la Shoah de plus dans les cinq arrondissements, où il est estimé que 20 000 d’entre eux vivent.

Les repas et les livraisons de Shabbat rappellent son grand-père et les risques qu’il a pris pour préparer la matsa pour les Juifs de Minsk à Teyf – une récompense qui fait que le temps et le coût investis dans son projet de repas de Shabbat en valent la peine.

« Quand je prépare ces repas et quand nous les cuisinons et les livrons », dit-il, « je vois toujours mon grand-père qui me sourit. Je sens sa présence ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...