Paul Ryan : Israël « notre allié indispensable » dans la guerre contre le terrorisme islamique
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Entretien

Paul Ryan : Israël « notre allié indispensable » dans la guerre contre le terrorisme islamique

Le président de la Chambre des représentants des Etats-Unis appelle à une "stratégie de génération" pour gagner les cœurs et les esprits dans le monde musulman ; il avertit que l'Iran fera maudire le jour où le pays a soutenu l’accord nucléaire à ses partisans ; il ajoute que personne ne devrait essayer de forcer Israël à accepter une "position précaire"

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Paul Ryan (à gauche), lors d'une interview par le rédacteur en chef du Times of Israel, David Horovitz, à Jérusalem, le 3 avril 2016. (Crédit photo : autorisation)
Paul Ryan (à gauche), lors d'une interview par le rédacteur en chef du Times of Israel, David Horovitz, à Jérusalem, le 3 avril 2016. (Crédit photo : autorisation)

Paul Ryan – président de la Chambre des représentants et colistier de Mitt Romney en 2012, également connu comme le « Républicain-qui-n’a-pas-concouru-pour-la-présidence cette fois – tient fortement au principe de ne pas être trop critique envers le gouvernement américain lorsqu’il voyage à l’étranger. Mais sa décision de se rendre en Israël dimanche et lundi – c’est-à-dire sur les premiers jours de son premier voyage à l’étranger depuis sa prise de poste comme président de la Chambre, en octobre dernier – est un reproche implicite au président Barack Obama, et une réaffirmation manifeste de la solidarité américaine avec Israël.

Communiquant avec le Times of Israel depuis le balcon de sa chambre d’hôtel de Jérusalem, l’objectif de Ryan est de faire comprendre clairement qu’il a délibérément choisi de se rendre en Israël, maintenant, afin de « renforcer notre alliance » et de souligner sa conviction que le partenariat Etats-Unis/Israël doit et va se renforcer à l’avenir.

Ce père de trois enfants de 46 ans, originaire du Wisconsin, qui était venu pour la dernière fois en Israël sous le mandat de Premier ministre de feu Ariel Sharon, en 2005, approuve expressément l’avis du Premier ministre Benjamin Netanyahu que le terrorisme palestinien contre Israël n’est finalement pas différent de la terreur islamique qui afflige l’Europe et menace les Etats-Unis, et que le monde civilisé doit s’unir pour le combattre.

« Ils s’en prennent à Israël, mais in fine ils s’en prendront à nous », dit-il. « Nous sommes donc partenaires dans cette guerre contre le terrorisme, le terrorisme islamiste radical. Israël est un allié indispensable à cet égard. Israël est sur la ligne de front à bien des égards par rapport au terrorisme ».

Plutôt que de vouloir éloigner l’extrémisme islamiste, ou de chercher désespérément à éviter de l’appeler par son nom, Ryan établit un agenda pour l’affronter – non seulement sur le plan militaire, quand il resurgit violemment, mais également au niveau local, où le lavage de cerveau et l’endoctrinement ont lieu.

« Nous avons besoin d’une stratégie de génération pour gagner les cœurs et les esprits dans le monde musulman », soutient-il, et de préciser l’impératif de former « une coalition de gouvernements dans les pays modérés » pour empêcher la création de la prochaine génération de tueurs. « Nous ne disposons pas d’une stratégie en cours pour faire face à l’Etat islamique (EI) en ce moment », regrette-t-il, « sans même parler de savoir comment empêcher les enfants de cinq ans au Pakistan de devenir des radicaux ».

Presque tout ce que Ryan dit dans notre interview – sur l’Iran, sur le conflit israélo-palestinien, sur la lutte contre le terrorisme, et sur les liens Etats-Unis/Israël – sera une douce mélodie aux oreilles de Netanyahu

Presque tout ce que Ryan dit dans notre interview – sur l’Iran, sur le conflit israélo-palestinien, sur la lutte contre le terrorisme, et sur les liens Etats-Unis/Israël – sera une douce mélodie aux oreilles de Netanyahu

Il approuve l’objectif d’une solution à deux Etats, mais estime qu’Israël n’a pas de partenaire palestinien à l’heure actuelle, de sorte que « je ne sais pas quels progrès peuvent être faits ».

Il est persuadé que ce n’est pas le rôle des Etats-Unis, ni de tout autre joueur, aussi bien intentionné puisse-t-il être, d’essayer de contraindre Israël à avancer sur le chemin de la réconciliation.

« Je laisserai cette responsabilité à votre gouvernement », dit-il, lorsqu’il est interrogé sur l’appui de l’administration Obama à un compromis territorial israélien. « Nous ne devrions pas essayer de forcer Israël à adopter une position précaire. »

En tant qu’adversaire de premier plan de l’accord nucléaire du président Barack Obama conclu avec l’Iran, il reste de plus inflexible sur le fait que c’était un accord épouvantable, il a l’intention de faire respecter à l’Iran ses (quoique insuffisants) termes, il est déterminé à résister à toute nouvelle concession, et reste convaincu que le régime en Iran va exposer la folie de ceux qui le soutenaient.

« Je pense que les essais balistiques [étaient une première indication]. Je pense que ce que l’Iran va finir par faire c’est qu’il va faire maudire au gens le jour où ils ont voté cet accord », dit-il amèrement. « Alors que nous avançons, je pense que les gens qui ont soutenu cet accord vont regretter d’avoir apporté ce soutien. »

Et, point encourageant pour Netanyahu, il estime également que le lobbying du Premier ministre contre l’accord, et essentiellement contre Obama, au Congrès en mars 2015, n’a pas isolé les différentes parties du spectre politique américain sur le long terme. Il n’a pas non plus fait d’Israël une question encore plus partiale qu’elle ne l’était déjà aux États-Unis.

« Je ne suis pas un démocrate », confirme-t-il gentiment, mais il précise qu’il pense que l’intensité de cette bataille n’était qu’un « moment » passager. Dans l’ensemble, conseille-t-il, « Si j’étais Israélien, je ne serais pas inquiet pour l’avenir de notre relation. Je pense qu’elle va se renforcer ».

L’alliance avec le Congrès est extrêmement chaleureuse et ferme, élabore-t-il, et les Américains ordinaires comprennent » que nos liens avec Israël sont profonds et solides, et qu’ils sont mutuels… Nous avons besoin d’Israël pour notre propre sécurité nationale. Nous avons besoin d’Israël pour rester nous-mêmes en sécurité également ».

Paul Ryan (deuxième à gauche) et sa délégation rencontrent le président de la Knesset, Yuli Edelstein (deuxième à droite), à la Knesset, le 4 avril 2016. (Crédit photo : Miriam Alster/Flash90)
Paul Ryan (deuxième à gauche) et sa délégation rencontrent le président de la Knesset, Yuli Edelstein (deuxième à droite), à la Knesset, le 4 avril 2016. (Crédit photo : Miriam Alster/Flash90)

Reconnaissant le défi posé par le mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanctions), et l’activisme anti-Israël sur les campus, Ryan reste néanmoins inflexible : « Il y a une souche vicieuse antisémite. Vous avez lu davantage à ce sujet en Europe. Mais (aux États-Unis), c’est infinitésimale. Le soutien à Israël est profond en Amérique ».

Le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan (à gauche) rencontre Benjamin Netanyahu à Jérusalem le 4 avril 2016. (Crédit photo : Kobi Gideon/GPO)
Le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan (à gauche) rencontre Benjamin Netanyahu à Jérusalem le 4 avril 2016. (Crédit photo : Kobi Gideon/GPO)

Dans l’ensemble, il n’y a pas de doute qu’un président Paul Ryan serait un soutien sans faille d’Israël, et un partenaire beaucoup plus confortable à la Maison Blanche pour Netanyahu que le titulaire actuel. Sauf, bien sûr, que Ryan ne s’est pas présenté. Il dit ne pas avoir de regrets à ce sujet, alors même que la course républicaine a tourné à la hargne et à la division. Le parti Républicain avait 17 candidats, un chiffre amplement suffisant, quand la course a commencé. Ryan quant à lui jouissait de sa carrière au Parlement, et voulait avoir assez de temps pour être un bon mari et un père pour sa jeune famille.

Même aujourd’hui, déclare Ryan, même si la campagne républicaine dégénérait dans des combats encore plus vicieux lors d’une convention contestée, il ne serait pas prêt à se présenter comme le sauveur unificateur. « Je l’ai déjà dit, ce n’est pas moi », insiste-t-il. « J’ai décidé de ne pas briguer la présidence. Je pense que vous devriez vous présenter, si vous voulez être président. Je pense que vous devriez commencer dans l’Iowa et donner tout ce que vous avez ».

Benjamin Netanyahu (à droite) rencontre le candidat républicain aux présidentielles américaines, Mitt Romney, dans son bureau à Jérusalem, le 29 juillet 2012. (Crédit photo : Marc Israel Sellem/GPO/Flash90)
Benjamin Netanyahu (à droite) rencontre le candidat républicain aux présidentielles américaines, Mitt Romney, dans son bureau à Jérusalem, le 29 juillet 2012. (Crédit photo : Marc Israel Sellem/GPO/Flash90)

Ryan a rendu visite lundi à son homologue de la Knesset, Yuli Edelstein, et a rencontré Netanyahu en petit comité – le Premier ministre étant vraisemblablement soucieux de ne pas être exposé à des allégations d’ingérence partisane dans la campagne présidentielle américaine. (Aucune pénurie de critiques de la part des milieux démocratiques ne s’est fait ressentir lorsque Netanyahu a accueilli Romney en 2012).

Le Cabinet du Premier ministre, lundi après-midi, a envoyé deux photos et a publié une déclaration de deux phrases sur la visite, qui n’était pas ouverte à la presse : « Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rencontré ce matin une délégation bipartisanne du Congrès, dirigée par le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan. La délégation a exprimé son ferme soutien à Israël ».

Le Président de la Chambre des représentants américaine, Paul Ryan, et d'autres membres de la délégation venue avec lui en Israël rencontrent le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 4 avril 2016. (Crédit photo : Kobi Gideon/GPO)
Le Président de la Chambre des représentants américaine, Paul Ryan, et d’autres membres de la délégation venue avec lui en Israël rencontrent le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 4 avril 2016. (Crédit photo : Kobi Gideon/GPO)

De là, Ryan se dirige vers d’autres parties de la région – visitant plusieurs pays qui sont des partenaires des États-Unis dans la lutte contre l’État islamique.

Notre interview a été réalisée dimanche soir. Ce qui suit en est la transcription légèrement modifiée :

Times of Israel: C’est votre première fois ici depuis 2005.

Paul Ryan : Laissez-moi vous dire pourquoi je suis ici. Il est important pour moi de vous l’expliquer. C’est mon premier voyage en tant que président de la Chambre. Le premier endroit où je voulais venir, le premier jour [du premier voyage] : je voulais venir en Israël. Pour des raisons symboliques très importantes – à savoir promouvoir et renforcer notre alliance et puis pour le fait que je crois à une alliance plus forte entre nos deux pays.

Vous pensiez que ça devait être fait ?

C’est quelque chose qui doit être fait. Elle [l’alliance] doit être étayée. Je pense qu’il y a de la place pour l’amélioration.

Paul Ryan prend la parole lors d'une conférence de l'AIPAC à Washington le 21 mars 2016. (Crédit photo : capture d'écran AIPAC/JLTV)
Paul Ryan prend la parole lors d’une conférence de l’AIPAC à Washington le 21 mars 2016. (Crédit photo : capture d’écran AIPAC/JLTV)

J’étais à l’AIPAC. Je vous ai entendu parler. J’ai entendu certaines de vos réflexions sur l’accord avec l’Iran (le discours complet de Ryan est ici). Vous pensez qu’il est « horrible ». Qu’il leur [aux Iraniens] donne une légitimité comme une puissance sur le point de devenir nucléaire.

Correct.

Mais comment cela fonctionne-t-il désormais ? Il y a des élections aux États-Unis. Il y aura une nouvelle direction aux États-Unis. Peut-il [l’accord avec l’Iran] être inversé ? Sera-t-il annulé ? Quel est votre meilleur scénario ?

Mes opinions sont bien connues sur l’accord Iran. Je me suis battu contre à la Chambre. Nous n’avons pas vaincu à cause de la façon dont le vote était structuré. La question est maintenant quant à son application – faire tenir à l’Iran sa parole.

Et faire en sorte que nous ne revenions pas sur toute autre sanction. Ainsi, appliquer, contrôler et regarder toutes les autres sanctions – faire en sorte qu’il n’y ait pas d’autres sanctions qui soient assouplies. Voilà ce qui fait que je m’inquiète par rapport aux chambres de compensation et à la dollarisation – donner [à l’Iran] un accès à des liquidités, en dollars, et au système financier américain. Ça ne fait pas partie de cet accord, et ça ne devrait pas y figurer. Cela tombe dans la catégorie de mes préoccupations quant aux risques de récidive ou même au fait que l’on donne davantage de concessions et d’allègement des sanctions.

Les essais de missiles balistiques – en fin de compte, ils s’en sont tirés sans problème

Oui, donc c’était une autre résolution de l’ONU (indescriptible).

Un missile balistique longue portée Qadr est lancé depuis la montagne Alborz dans le nord de l'Iran, le 9 mars 2016. (Crédit : AFP / TASNIM NEWS / Mahmood Hosseini)
Un missile balistique longue portée Qadr est lancé depuis la montagne Alborz dans le nord de l’Iran, le 9 mars 2016. (Crédit : AFP / TASNIM NEWS / Mahmood Hosseini)

Mes opinions n’ont pas changé sur le régime iranien. Nous devons avoir une posture plus forte sur notre politique iranienne. C’est une divergence d’opinions que nous avons avec l’administration.

De là, le plus important est de faire en sorte que nous ne revenions pas sur les sanctions. Que nous soyons plus sévères sur les sanctions. Nous envisageons d’autres choses à la Chambre. La dernière chose que nous voulons faire est de repartir en arrière.

Le discours que Donald Trump a donné à l’AIPAC (le mois dernier) inclut une contradiction interne. Il a dit à un moment qu’il allait démanteler l’accord, puis il a parlé de devoir l’appliquer très fortement. Ceux qui pensent qu’il peut être démantelé sont-ils eux-mêmes en pleine illusion] ?

Cela sera déterminé par les circonstances futures par rapport à la conduite de l’Iran. Est-ce qu’ils trichent ? Est-ce que nous les attrapons en train de tricher ? D’autres choses comme ça.

Je n’ai pas entendu son discours. Je parlais avant lui. Je pensais à dire au milieu du discours, est-ce moi ou la pièce est-elle en train de tourner ? (Le Président de la Chambre s’est adressé à 18 000 personnes lors des sessions principales de l’AIPAC, dans un stade de basketball, depuis une scène qui pivotait doucement). J’ai donné beaucoup de discours, mais je n’avais encore jamais fait quelque chose comme cela. (Rires)

Les Israéliens sont incroyablement investis dans la relation avec les États-Unis. Les Israéliens sont vraiment préoccupés par l’Iran, et pensent également que c’est un accord mauvais, mais beaucoup se demandent si peut-être Israël aurait pu le combattre sans être aussi rentre-dedans – du fait du danger qu’Israël ne devienne encore davantage une question partiale (dans la politique américaine).

Je ne le vois pas de cette façon. Je ne pense pas que ça va être un problème.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu donne un discours contre l'accord avec l'Iran alors imminent et soutenu par les Etats-Unis, au Capitole, à Washington DC, le 3 mars 2015. (Crédit photo : Win McNamee/Getty Images/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu donne un discours contre l’accord avec l’Iran alors imminent et soutenu par les Etats-Unis, au Capitole, à Washington DC, le 3 mars 2015. (Crédit photo : Win McNamee/Getty Images/AFP)

Tout d’abord, si vous venez au Congrès, le soutien bipartisan pour Israël est très fort. Avant que je sois à ce poste, je présidais le Comité des voies et moyens. Je remets à l’Autorité de législation de promotion du commerce, qui est ce que vous devez faire pour conclure des accords commerciaux, le langage anti-BDS. Pas de problème. Une victoire bipartisane facile. J’ai eu le soutien des deux côtés.

Je crois donc que notre relation est forte, sera plus forte. Les Républicains sont en désaccord avec la politique de l’administration dans ce domaine. Beaucoup de démocrates ne sont pas d’accord.

Dans ce domaine : vous voulez dire l’accord avec l’Iran ?

Oui.

Si j’étais Israélien, je ne serais pas inquiet pour l’avenir de notre relation. Je pense qu’elle va se renforcer. Parce que je peux parler pour le Congrès, sachant que nous avons une alliance très forte. Encore une fois, voilà pourquoi je suis ici [en Israël].

Et que dire des Américains en général ? Vous mentionnez le BDS. Nous sommes conscients en Israël qu’il y a une bataille sur les campus. Et elle est plus intense qu’elle ne l’a été.

C’est vrai. Il y a une souche vicieuse antisémite. Vous lisez plus à ce sujet en Europe. Mais [aux États-Unis], c’est infinitésimale. Le soutien à Israël est profond en Amérique. Je n’ai pas une grande diaspora juive dans mon district. Mais j’ai de grands partisans pro-Israël dans mon district. Les églises évangéliques. Le citoyen américain ordinaire comprend que nos liens avec Israël sont profonds et solides, et qu’ils sont mutuels. Nous avons besoin d’Israël pour notre propre sécurité nationale. Nous avons besoin d’Israël pour nous garder en sécurité également. C’est important.

Nous avons le terrorisme international qui menace le monde civilisé. Cela nous menace. Ils s’en prennent à Israël mais in fine c’est à nous qu’ils s’en prendront. Donc, nous sommes partenaires dans cette guerre contre le terrorisme, le terrorisme islamiste radical. Israël est un allié indispensable à cet égard. Israël est sur la ligne de front à bien des égards. Donc, [l’alliance est cruciale] ne serait-ce que pour la coopération en matière de sécurité. [De plus], nous partageons les mêmes valeurs. Vous êtes une oasis de démocratie dans un quartier difficile. Et il est très important pour nous de conserver ces alliances.

Et vous ne pensez pas que la bataille sur l’accord avec l’Iran… Vous avez perdu cette bataille à la Chambre ; Netanyahu n’a pas réussi à se rattacher assez de personnes [avec son discours au Congrès]. On se demande ici si peut-être Israël n’aurait pas divisé certaines parties du spectre du Parti démocrate.

Je ne suis pas un Démocrate. Je ne peux forcément pas parler de cela. Je le ne vois pas. Je pense que ce fut un moment [passager].

Je pense que les essais balistiques [étaient une première indication]. Je pense que ce que l’Iran va finir par faire c’est qu’il va faire maudire au gens le jour où ils ont voté cet accord. Alors que nous avançons, je pense que les gens qui ont soutenu cet accord vont regretter d’avoir apporté ce soutien.

Vous pensez que la réalité va forcer…

Oui. Je n’irai pas plus loin. Mais je pense que les gens vont le regretter.

Qu’est-ce que cela révèle sur l’Amérique que la campagne Trump s’en soit aussi bien sortie ? Les candidats anti-establishment ou sans establishment.

Une anxiété profonde. Notre économie stagne depuis la récession. Nous sommes à moins de 2 % de croissance. Nous avons 45 millions de personnes coincées dans la pauvreté. Les salaires sont à plat. Et l’Etat islamique (EI) est à la hausse.

Quand nous avons vu Paris puis San Bernardino, ça a vraiment été une piqûre de rappel. Les gens sont vraiment inquiets à la fois sur la sécurité nationale et sur l’insécurité économique. Ils croient que le gouvernement les néglige. Ce qui est le cas.

Je me retrouve à donner beaucoup de cours d’instruction civique alors que je voyage dans le pays de mes électeurs. Ils pensent, pourquoi n’avez-vous pas arrêté cela ? Ou pourquoi ne pas faire ceci ? Ce qui est la constitution : vous savez, vous devez avoir suffisamment de voix pour passer outre un veto, pour être en mesure de faire passer les choses, pour arriver à une obstruction. [Les gens sont malheureux] que nous n’ayons pas changé ou arrêté ce qui s’est passé au cours des quatre dernières années.

Qu’est-ce qu’ils auraient voulu voir faire ?

Abrogation de l’Obamacare et que l’on s’occupe de la sécurité nationale.

Dites-nous en davantage sur la sécurité nationale. C’est un sujet qui nous est familier.

Je vais vous donner un exemple. Nous avons adopté le Defense Authorization Act. Le gars qui l’a écrit est ici avec moi. Mac Thornberry, président de la Commission des forces armées. Nous l’avons adopté en exigeant un plan global pour vaincre l’EI. Nous n’en avons encore pas encore vu un seul. Cela a rendu les gens vraiment anxieux. Nous y compris. Le pouvoir exécutif exécute la politique étrangère. Nous la finançons. Mais nous ne pensons pas que nous avons une stratégie globale pour vaincre l’EI et pour nous garder en sécurité.

Cela, plus le fait que notre frontière est poreuse. Et nous avons ces préoccupations. Cela combine la préoccupation des gens que le gouvernement ne garantit pas leur sécurité et qu’il ne fait pas ce qu’il devrait faire.

Est-ce que l’Amérique a cherché à se détacher du Moyen-Orient dans l’espoir que cela ne vous suivrait pas jusque chez vous ?

La forteresse Amérique ?

Ne pas intervenir en Syrie, par exemple. Je ne sais pas comment résoudre le conflit en Syrie. Mais ne soyez pas surpris quelques années plus tard quand les gens essaient de fuir parce qu’ils sont massacrés par centaines de milliers.

Le président américain Barack Obama, le 13 février 2016 (Crédit : AFP / Mandel Ngan)
Le président américain Barack Obama, le 13 février 2016 (Crédit : AFP / Mandel Ngan)

Bien sûr, si l’on considère le problème des réfugiés. J’ai été assez clair dans ma critique de la politique de l’administration sur l’ensemble de ces questions. La Syrie, bien sûr – la ligne rouge [que le président Assad a franchie en gazant son peuple en 2013, mais que le président Obama a permis de passer sans la réponse punitive promise].

Ce à quoi nous assistons à certains égards – pas tous, mais bien des égards – ce sont les [conséquences de la] politique étrangère de l’administration, dont je suis un grand adversaire. Leur politique étrangère est mauvaise. Normalement, le Congrès ne gère pas la politique étrangère. Mais nous pensons que nous sommes arrivés à un stade où notre attention est requise.

C’est l’un des cinq points que nous allons exécuter sur cette année : la croissance économique ; la réforme du droit des soins de santé ; la réforme de l’aide sociale ; la politique étrangère ; et le rétablissement de la constitution. Sur la politique étrangère, nous voulons avoir une doctrine de politique étrangère et militaire équipée pour mener à bien cette doctrine, pour assurer notre sécurité. Nous ne pensons pas que nous ayons actuellement la politique étrangère appropriée pour faire avancer les intérêts de l’Amérique.

Avez-vous des suggestions spécifiques sur la lutte contre le terrorisme islamiste – des choses qui doivent être faites ; qui auraient dû être faites ?

Je ne pense pas que nous ayons une stratégie globale. Nous avons besoin d’une stratégie de génération pour gagner les cœurs et les esprits dans le monde musulman. Comment pouvons-nous mettre cela en place ? Tony Blair a fait un excellent travail dans ce domaine : comment embrassons-nous les modérés. Comment menons-nous une coalition de gouvernements dans les pays modérés pour gagner les cœurs et les esprits. Et pour faire face à l’extrémisme, alors que nous avons une politique de sécurité nationale beaucoup plus efficace, et des forces militaires qui ne sont pas épuisées. Je peux continuer sur le budget militaire. Nous devons améliorer notre force militaire; nous avons besoin de plus de navires, nous avons besoin de plus de brigades, nous avons besoin de plus de brigades prêtes au combat.

Un adolescent kamikaze de l'Etat islamique dans une vidéo de propagande avant d'aller mener sa mission. (Crédit : capture d'écran VideoPress)
Un adolescent kamikaze de l’Etat islamique dans une vidéo de propagande avant d’aller mener sa mission. (Crédit : capture d’écran VideoPress)

[Nous avons besoin] d’une doctrine de politique étrangère – une véritable stratégie pour vaincre l’EI qui est le problème actuel, et une stratégie à long terme pour faire face à l’extrémisme, et un plan d’engagement avec les Musulmans eux-mêmes et les pays musulmans modérés. Nos alliés en Israël sont nos partenaires.

L’antisémitisme est en hausse. L’anti-américanisme est en hausse. Le terrorisme est en hausse. Ils touchent des générations de jeunes enfants – regardez l’intifada des couteaux que vous avez ici.

Notre Premier ministre dirait que tout cela fait partie de la même affaire – que nous avons affaire à des extrémistes ; nous avons affaire à des gens qui sont en cours de lavage de cerveau. C’est bonnet blanc, blanc bonnet.

Oui, je le vois de cette façon. Je vois que nous devons avoir une stratégie à long terme. Mes enfants vont travailler sur ce point – leur génération. [Nous avons besoin] d’une stratégie à long terme pour faire face à cela. Et ce n’est pas ce que nous faisons. Nous ne disposons pas d’une stratégie actuellement pour faire face à l’EI, et encore moins pour empêcher les enfants de cinq ans au Pakistan de devenir des radicaux.

Qu’avez-vous à dire sur le conflit israélo-palestinien – un domaine où l’administration Obama a fait beaucoup d’efforts et a finalement échoué à réaliser toute sorte de progrès substantiels – pas par manque de bonnes intentions, je suis sûr ?

Chaque administration fait des efforts très importants. Nous sommes d’accord avec la solution à deux Etats – nous sommes d’accord avec l’objectif. Mais cela requiert un type de situation de sécurité qu’il faut mettre en place et pour le moment vous ne l’avez pas. Ce n’est pas à moi de le dire, mais vous devez avoir un genre de partenariat afin d’avoir une paix durable, et vous n’avez pas cela. Donc, jusqu’à ce que vous l’ayez, je ne sais pas quels progrès peuvent être réalisés.

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry (à gauche) sert la main du Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à Amman, Jordanie, le 21 février 2016. (Crédit photo : Département d'Etat des Etats-Unis)
Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry (à gauche) sert la main du Président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à Amman, Jordanie, le 21 février 2016. (Crédit photo : Département d’Etat des Etats-Unis)

Considérant que l’administration actuelle a cherché à dire à Israël, nous pensons que vous pouvez vous permettre de prendre plus de risques.

J’en laisse le soin à votre gouvernement. Ce que nous ne devrions pas faire c’est élaborer des résolutions prématurées à l’ONU. Nous ne devrions pas essayer de forcer Israël à adopter une position précaire.

Voyez-vous une possibilité réaliste que dans les derniers mois de cette administration quelque chose de mauvais passe à l’ONU auquel les Etats-Unis n’apposeraient pas leur veto ?

Non … Je prie pour que cela n’arrive pas. Je n’ai pas de raison de croire que ça puisse se produire. Et je sais que le Congrès, le lendemain, ferait quelque chose à ce sujet. Nous ferions tout notre possible pour empêcher une telle chose de se produire. Je ne peux imaginer que l’administration ferait cela. Enfin, sait-on jamais…

Vous avez eu tort dans le passé? … Il y a une préoccupation ici. Il y a tellement de méfiance mutuelle, que personne n’est complètement sûr.

C’est justifiable. J’ai compris.

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