Primaires travaillistes : des gagnants jeunes et progressistes, un nouvel élan ?
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Reportage

Primaires travaillistes : des gagnants jeunes et progressistes, un nouvel élan ?

Alors que les leaders des manifestations sociales Itzik Shmuli et Stav Shaffir sont arrivés en tête, les membres du parti se remettent à rêver de victoires

Raoul Wootliff

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Les militants du parti Travailliste lors de l'annonce des résultats des Primaires à Tel Aviv, le 11 février 2019 (Crédit : Gili Yaari/Flash90)
Les militants du parti Travailliste lors de l'annonce des résultats des Primaires à Tel Aviv, le 11 février 2019 (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

En 2011, il aura fallu seulement trois semaines à Itzik Shmuli et à Stav Shaffir pour métamorphoser un modeste mouvement de protestation impromptu en mouvement national de masse composé de protestataires et de camps de tentes, et qui aura connu son apogée en organisant les plus grandes marches revendicatives de toute l’histoire du pays.

Sept ans et demi plus tard, après que les deux personnalités se sont hissées à la première et à la deuxième place lors des primaires du parti travailliste, lundi soir, nombreux sont ceux qui attendent de ce duo gagnant qu’il génère la même impulsion, la même dynamique au cours des 57 prochains jours en faveur du vénérable parti israélien de centre-gauche – alors même qu’il affronte l’un des plus grands défis à sa survie.

« C’est une victoire pour le parti. C’est là que nous allons changer la donne », a commenté Yael Bigman lorsque les applaudissements se sont calmés, après l’apparition des premiers résultats des primaires sur grand écran, dans l’une des salles du centre de conférences de Tel Aviv.

« Ils sont jeunes, nouveaux et dynamiques. Ils représentent ce que peut incarner ce parti », a dit Bigman, 22 ans, bénévole pour le parti. « J’ai toujours soutenu Stav et Shmuli. »

Itzik Shmuli réagit après l’annonce des résultats des Primaires du parti Travailliste à Tel Aviv, le 11 février 2019 (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Le parti travailliste a n’a pas eu le vent en poupe ces dernières années, touché par un glissement des électeurs à la droite de l’échiquier politique, des querelles internes et l’émergence de nouveaux acteurs politiques qui ont entamé sa base.

Alors que les sondages donnent au parti – au mieux – entre 5 et 7 sièges seulement à la Knesset, les Primaires ont été considérées par certains comme la dernière chance d’empêcher la formation de sombrer dans l’oubli. Avec la nouvelle que Shmuli, 38 ans, et Shaffir, 33 ans, se sont emparés des deux premières places, les jeunes militants – largement nombreux – ont applaudi avec tapage, traduisant l’espoir qu’une formation plus jeune, plus progressiste puisse l’emporter.

« On a été trop rapides à nous enterrer », a déclaré Eran Hermoni, directeur du parti qui occupe automatiquement la 11e place sur la liste, juché sur le podium central.

La députée Stav Shaffir remercie les partisans après l’annonce des résultats des primaires du parti Travailliste à Tel Aviv, le 11 février 2019 (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Le scrutin a eu lieu dans 84 bureaux de vote dans tout le pays, qui ont été ouverts dès 10 heures du matin et qui devaient fermer initialement à 21 heures, mais qui sont finalement restés ouverts une demi-heure de plus en raison des « longues files d’attente » dans plusieurs villes.

« Vous avez pu observer l’enthousiasme généré par le parti aujourd’hui. Nous le transmettrons à tout le pays », a poursuivi Hermoni.

S’il est peu probable que Hermoni puisse siéger lui-même à la Knesset, l’assistance, dans la salle, a toutefois voulu partager son optimisme.

« Je sais qu’il reste beaucoup de travail à faire », a dit Yoni Erlich, membre de la branche des jeunes travaillistes, « mais ce qu’il se passe pourrait vraiment marquer le début d’un changement de direction. »

Erlich a expliqué penser que les résultats – qui ont placé les anciens leaders Shelly Yachimovich et Amir Peretz à la quatrième et à la cinquième places derrière le duo en tête – représente « un mélange réel d’expérience et de jeunesse » susceptible d’interpeller les électeurs.

Avi Gabbay, au centre, chef du parti travailliste aux côtés de membres de la formation et de députés après l’annonce des résultats des Primaires à Tel Aviv, le 11 février 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

« Mais par dessus-tout, voir que nous avons de jeunes leaders dévoués au changement attirera un grand nombre », a-t-il continué.

Shmuli et Shaffir étaient entrés à la Knesset après s’être fait un nom en tant que dirigeants du mouvement de protestation sociales, en 2011. Ils ont tous deux ont utilisé leur campagne pour les primaires pour offrir l’espoir juvénile de rendre à la formation sa gloire passée.

Itzik Shmuli, à gauche, et Avi Gabbay, à droite, s’embrassent après l’annonce des résultats des primaires du parti Travailliste (Autorisation)

Ancien président de l’Union nationale des étudiants israéliens, Shmuli, 38 ans, s’est récemment élevé au sein de la formation en s’alignant sur les positionnements de Gabbay, malgré les vives critiques du chef actuel au sein du parti. Après que Gabbay a rompu son partenariat avec la dirigeante de Hatnua, Tzipi Livni, le mois dernier, Shmuli a été désigné leader de la faction travailliste et chef de l’opposition, prenant ce rôle qui était alors assumé par Yoel Hasson, législateur de Hatnua.

En tant que député, et dans le rôle bref qu’il a tenu en tant que leader des factions, Shmuli s’est distingué par sa défense des minorités, des personnes en situation de handicap et des allocations pour les retraités. Après avoir fait son coming-out public lors d’une attaque au couteau meurtrière survenue lors de la Gay Pride de Jérusalem, en 2015, il est également devenu un député déterminant dans la bataille pour la GPA en faveur des homosexuels.

S’exprimant devant les journalistes lundi soir, alors qu’il entrait dans la salle, entouré par ses partisans en liesse, la figure de proue des manifestations à la voix douce et devenu député a estimé que les résultats étaient « le plus grand signe de confiance qui m’ait jamais été accordé ».

Disant qu’il revenait aux électeurs du parti travailliste de définir si la victoire des jeunes et des progressistes aiderait à faire la différence dans la campagne, Shmuli a toutefois estimé avoir la certitude que la formation « va retrouver son dynamisme ».

Après avoir siégé dans le passé à la puissante commission des Finances et actuellement à la tête de la commission sur la transparence au parlement israélien, Shaffir, âgée de 33 ans, s’est imposée comme étant une fervente opposante aux inégalités économiques, ainsi qu’une avocate de la transparence au gouvernement.

Critique des échecs ostensibles du gouvernement à gérer les problèmes d’inégalités sociales, à s’attaquer au destin réservé à des dizaines de milliers d’immigrants clandestins, à faire avancer un processus diplomatique avec le monde arabe et à prévenir ce qu’elle considère comme un isolement israélien croissant, Shaffir est devenue l’une des voix les plus bruyantes du parti travailliste et une candidate incontournable à sa direction à l’avenir.

Entourée par certains de ses quelque 500 partisans qui, selon elle, ont assuré bénévolement sa campagne, Shaffir a expliqué au Times of Israel qu’elle pensait que le parti travailliste était le plus à même d’apporter un changement social.

« Nous sommes ici pour ceux qui veulent défier le statu-quo et qui veulent le changement », a-t-elle expliqué alors que la musique résonnait avec force dans une salle presque pleine. « Nous pouvons prendre la tête de la lutte pour l’avenir du pays ».

Les députés Stav Shaffir et Amir Peretz lors de l’annonce des résultats des Primaires du parti travailliste à Tel Aviv, le 11 février 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le parti travailliste israélien a été formé en 1968 à partir de la fusion de trois formations, notamment du Mapai de David Ben Gurion, né en 1930. Dans les années qui avaient mené à la création de l’Etat d’Israël en 1948, Mapai avait été l’autorité de-facto de la communauté juive, jouant un rôle déterminant dans la création de l’Etat.

Mais le parti travailliste n’est pas revenu au pouvoir depuis la défaite d’Ehud Barak, alors Premier ministre, en 2001, suite à une tentative manquée d’un accord de paix avec les Palestiniens. Les 16 années qui se sont écoulées depuis ont marqué une descente aux enfers pour le parti, l’opinion publique perdant peu à peu ses illusions face au message de paix modéré de la formation. Cette dernière a vacillé entre une opposition sans vagues à une série de gouvernements va-t-en-guerre et son service au poste de partenaire mineur du Likud de Netanyahu, que les critiques ont considéré comme une piètre tentative de grimper les échelons du pouvoir.

Faisant allusion au besoin désespéré de changer les choses face au naufrage actuel du parti, Gabbay a estimé de manière peu convaincante qu’il pensait que la nouvelle liste pourrait aider à inverser la tendance.

« C’est un jour d’espoir – à partir de demain, nous allons nous unir et avancer ensemble pour concrétiser cet espoir », a juré Gabbay alors qu’il présentait les 15 premiers candidats à l’assistance. « Ce soir, nous empruntons un nouveau chemin. Un chemin qui mènera au changement de gouvernement ».

Lançant sa campagne électorale lors de l’annonce des résultats, le parti a déclaré, presque piteusement, dans son nouveau slogan de campagne : « Personne ne nous écartera du chemin ».

Les militants du parti Travailliste lors de l’annonce des résultats des Primaires à Tel Aviv, le 11 février 2019 (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

S’exprimant auprès du Times of Israel après s’être assuré la huitième place, Yair Fink, ancien chef de l’ONG de militantisme communautaire « Bon voisin » et ancien chef de personnel de Yachimovich, politicienne chevronnée du parti, a indiqué qu’avec « la liste fantastique que nous avons, en particulier avec ceux qui sont à sa tête », il pensait que le parti pouvait non seulement sortir de sa spirale infernale actuelle, mais également gouverner Israël une fois encore.

« A partir de demain, nous commencerons à remonter dans les sondages », a estimé Fink. « C’est très-certainement le début de quelque chose, ça peut prendre du temps – mais on est sur le bon chemin ».

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