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Reprenant une théorie complotiste, Trump évoque le philantrope George Soros

Vingt-quatre heures après avoir visité la synagogue de Pittsburgh, le président américain a paru soutenir l'affirmation selon laquelle Soros favoriserait l'arrivée de réfugiés

Le président américain Donald Trump parle à la presse alors qu'il quitte la Maison Blanche à Washington, le 31 octobre 2018 (Crédit :  Mandel NGAN / AFP)
Le président américain Donald Trump parle à la presse alors qu'il quitte la Maison Blanche à Washington, le 31 octobre 2018 (Crédit : Mandel NGAN / AFP)

Le président américain Donald Trump a répété son accusation envers le milliardaire libéral juif George Soros, disant qu’il pourrait être à l’origine d’une caravane de migrants qui s’avance actuellement vers la frontière américaine, vingt-quatre heures après s’être rendu sur le site d’une synagogue où 11 personnes ont été tuées par un tireur antisémite furieux du soutien apporté par les juifs aux immigrants.

Interrogé par un journaliste près de la Maison Blanche, qui lui demandait si Soros finançait cette caravane, Trump a répondu : « Je ne sais pas, mais cela ne me surprendrait pas ».

« Beaucoup de gens disent que oui », a-t-il ajouté.

Soros, qui finance des causes progressistes, est une cible constante des critiques de droite, et notamment du président. Certaines déclarations de ce dernier lui ont valu d’être accusé d’antisémitisme.

Dimanche, le milliardaire juif Tom Steyer, un important soutien financier des candidats démocrates, a qualifié d’antisémite un tweet écrit par le leader de la majorité à la Chambre Kevin McCarthy qui l’accusait, aux côtés de Soros et de Michael Bloomberg, de tenter « d’acheter » les élections prochaines en faveur des démocrates.

George Soros au Forum économique mondial à Davos, le 26 janvier 2016. (Crédit :Eric Piermont/AFP)

Soros a été accusé sans preuves par les commentateurs et les politiciens de droite de donner de l’argent aux migrants partis d’Amérique centrale vers les Etats-Unis.

Une campagne d’attaques au colis piégé contre les critiques de Trump, attribuée à un complotiste d’extrême-droite au début du mois, avait commencé par la distribution d’un paquet contenant une bombe artisanale envoyée à Soros, dans la banlieue de New York.

Quelques jours plus tard, un homme armé, Robert Bowers a massacré 11 juifs dans la synagogue Tree of Life de Pittsburgh, en Pennsylvanie, lors de ce qui a été qualifié de pire attaque antisémite de toute l’histoire du pays.

Quelques minutes avant de pénétrer dans le bâtiment, Bowers s’était tourné vers les réseaux sociaux pour condamner avec rage le groupe juif HIAS, qui réinstalle les réfugiés sous contrat avec le gouvernement américain.

« Le HIAS aime amener les envahisseurs qui tuent notre peuple », aurait-il écrit sur Gab.com, un réseau social prisé par les extrémistes de droite. « Je ne peux pas rester à ne rien faire en regardant les nôtres se faire massacrer. Ôtez vos oeillères, j’y vais ».

Le HIAS a récemment fait pression en faveur de la caravane de migrants qui se dirige vers les Etats-Unis, recommandant vivement à l’administration Trump « d’offrir à tous les demandeurs d’asile l’opportunité de présenter leurs demandes, comme la loi l’exige ».

Des migrants d’Amérique centrale allant aux Etats-Unis sous la forme d’une importante caravane dans le véhicule d’un conducteur qui leur a offert un voyage gratuit arrivent à Tapachula, au Mexique, le 21 octobre 2018 (Crédit : AP Photo/Moises Castillo)

Le président a fustigé la caravane et juré d’arrêter les migrants.

Trump s’est rendu à Pittsburgh dans la matinée de mardi pour se rendre à la synagogue Tree of Life où il a allumé des bougies en mémoire des victimes et rencontré le rabbin de la congrégation massortie.

Cette visite a suscité d’importantes protestations du côté des locaux, qui ont pressé Trump de rester à l’écart dans ce moment de deuil communautaire.

« Son langage a encouragé la haine et la peur des immigrants, et c’est en partie pour cela que ces gens ont été assassinés », a dit Marianne Novy, 73 ans, une professeure d’anglais à la retraite qui vit à Squirrel Hill, le quartier juif historique de la ville où a eu lieu le massacre de la synagogue Tree of Life.

Le président américain et son épouse Melania déposent une gerbe de fleurs à Pittsburgh pour rendre hommage aux victimes de la fusillade de la synagogue Tree of Life, en présence du rabbin Jeffrey Myers, le 30 octobre 2018 (Crédit : AP/Keith Srakocic/Andrew Harnik)

Prenant la parole mercredi soir en Floride, Trump a dénoncé l’antisémitisme et affirmé que les protestations venaient des « médias d’extrême-gauche » qui, selon lui, tentent de semer la division.

Toute son attention portée sur le prochain scrutin de mardi, Trump s’est livré à une série de déclarations sur l’immigration assorties de promesses de passage à l’action alors qu’il s’efforce de mobiliser ses soutiens pour garantir le contrôle républicain sur le Congrès. Sa propre campagne, en 2016, s’était concentrée sur les craintes liées aux frontières, sur lesquelles il se focalise aussi aujourd’hui à l’occasion de cette dernière semaine avant le scrutin de la mi-mandat.

Manifestation contre la venue du président Donald Trump alors qu’il visite la congrégation Tree of Life
à Pittsburgh, en Pennsylvanie, le 30 octobre 2018 (Crédit : Brendan SMIALOWSKI / AFP)

Les attaques aux colis piégés et le massacre de Pittsburgh ont ouvert le débat sur la possibilité que l’atmosphère politique corrosive à Washington et ailleurs aient pu contribuer aux violences et sur la potentielle responsabilité de Trump lui-même, en raison de son langage guerrier.

Certains ont accusé Trump d’utiliser des poncifs antisémites et de ne pas avoir formellement condamné le nationalisme blanc.

« Il ne les a pas créés. Il n’a pas écrit leur script. Il ne leur a pas donné lui-même leurs chemises marrons. Mais il les a enhardis. Il leur a apporté la ‘chutzpah’, que tout est OK », a commenté auprès du Times of Israel, cette semaine, l’ancien chef de l’ADL Abraham Foxman.

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