Selon un expert, le fait que l’EI menace Israël est un signe de son revers
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Interview« Israël sait très bien comment gérer le terrorisme »

Selon un expert, le fait que l’EI menace Israël est un signe de son revers

Après que Baghdadi ait promis de faire d'Israël « un cimetière » pour les Juifs, Matthew Levitt interprète ses propos

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le "Calife" Abou Bakr al-Baghdadi dans une mosquée de Mossoul, en Irak. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le "Calife" Abou Bakr al-Baghdadi dans une mosquée de Mossoul, en Irak. (Crédit : capture d'écran YouTube)

WASHINGTON – Malgré un enregistrement audio qui a fait surface la semaine dernière d’Abu Bakr al-Baghdadi, le chef du groupe terroriste Etat islamique, menaçant de transformer Israël en un « cimetière » pour les Juifs, l’un des plus grands experts du contre-terrorisme de Washington ne croit pas qu’une telle rhétorique ne présage un changement de l’ordre du jour de l’organisation.

Actuellement, en pleine vague de revers – y compris les pertes sur le terrain en Irak et la Syrie et un effort international intensifié pour endiguer le flot des combattants étrangers et son financement – le message de Baghdadi survient à un moment où la cellule terroriste islamiste doit inspirer les djihadistes salafistes à « encercler les wagons autour d’un ennemi commun », a déclaré Matthew Levitt, directeur du programme Stein sur le contre-terrorisme et des renseignements à l’Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient.

« Dans un moment comme celui-là, il est important pour un leader de se lever et dire : ‘nous ne sommes pas réellement vaincus et nous ne sommes pas à terre’ », a expliqué Levitt au Times of Israel. « L’une des choses que vous dites aux extrémistes radicaux dans un contexte islamique pour les galvaniser est que vous allez cibler Israël ».

« Tout comme al-Qaïda, qui était important à une époque, un groupe djihadiste sexy doit souvent dire des choses au sujet d’Israël », a-t-il ajouté, « ils vont, dans les faits, faire très peu à ce sujet. Nous sommes maintenant probablement dans une situation similaire avec l’Etat islamique ».

L’invocation de Baghdadi d’Israël, cependant, peut avoir plus de résonance aujourd’hui, dans la mesure où la question palestinienne a de manière continue perdu l’attention de la communauté internationale qui s’est reportée sur d’autres conflits dans la région, y compris la crise des réfugiés syriens, les tentatives de l’Iran d’acquérir des armes nucléaires et de la lutte internationale contre l’EI, selon Levitt.

Alors que la vague d’attaques palestiniennes au couteau se poursuit sans relâche, Levitt a affirmé que les dirigeants de l’EI y voient une ouverture pour prendre le crédit – que cela soir vrai ou pas – pour quelque chose dont ils sont devenus notoirement célèbres : inspirer les autres à mener des attaques de leur propre chef.

« Je ne dis pas que l’Etat islamique est une source d’inspiration de ces attaques, mais vous pouvez les voir en disant que cela est [un phénomène où] plus de gens font le genre de choses qu’ils exhortent à faire » a-t-il souligné.

« Alors que les Palestiniens se sentent désespérés et qu’ils reçoivent un soutien verbal pour organiser les attaques au couteau, l’EI pourrait bien voir que cette tendance qui continue est la continuité de leur propre type d’opération ».

Matthew Levitt (Crédit : Autorisation Washington Institute for Near East Policy)
Matthew Levitt (Crédit : Autorisation Washington Institute for Near East Policy)

Néanmoins, Levitt ne voit aucune raison de croire le noyau dur de l’EI fasse quelque chose au sujet de la question palestinienne ou d’Israël. Au lieu de cela, il voit dans le langage de Baghdadi comme une emphase qui est « la rhétorique attendue qui vient de ce genre de situation, quand ils sont confrontés à des revers », et qu’il est aussi « important pour l’EI de ne pas être considéré comme indifférent à cette question ».

« Ce que Baghdadi a dit devrait certainement être pris avec du recul », a-t-il ajouté. « cela est moins révélateur de leur ordre du jour envers Israël mais il révèle autres chose ».

Les menaces de Baghdadi ont été diffusées le 26 décembre, alors même que les forces irakiennes se dirigeaient pour reprendre le centre-ville de Ramadi, qui est tombée sous leur contrôle en mai 2015. Dès le 30 décembre, un drapeau irakien flottait au-dessus du bâtiment principal du gouvernement, selon le général irakien Yahya Rasoul, signalant ainsi la défaite de l’EI.

Bien qu’il y ait encore des poches de résistance dans la ville assiégée, la perte de ce territoire est un obstacle de taille et un embarras public pour le groupe islamiste qui espère rétablir le califat, selon Levitt.
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Est-ce que l’EI est une menace pour Israël ?

Bien que l’EI soit un « groupe terroriste dangereux et redoutable, et il est [présent] sur deux frontières israéliennes… C’est juste un groupe terroriste et aucun groupe terroriste n’est une menace existentielle pour Israël », a déclaré Levitt. « Israël sait très bien comment gérer le terrorisme ».

Selon Levitt, il y a trois principales questions auxquelles Israël est confronté dans ses efforts dans la lutte contre le terrorisme contre la cellule sunnite djihadiste : l’une d’entre elle est la présence d’un noyau de l’EI dans la bande de Gaza et le Sinaï, des affiliés à l’EI dans la bande de Gaza et le Sinaï, et un défi national, comme les combattants étrangers qui ont quitté Israël pour rejoindre l’EI de Gaza, de la Cisjordanie et d’Israël.

La plus grande préoccupation pour l’establishment de la sécurité israélienne est l’axe Iran-Hezbollah, qui constitue une « menace stratégique bien plus redoutable », a poursuivi Levitt. En effet, l’été dernier, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré qu’un Iran nucléaire était « 1 000 fois plus dangereux » que l’EI.

« Mais ce n’est pas [une question de] et/ou », a tenté de clarifier Levitt. « Les Israéliens peuvent être plus préoccupés par l’Iran et le Hezbollah et encore être pleinement préparé à faire face à l’Etat islamique ».

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