Syrie : raids meurtriers du régime dans le sud malgré un accord
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Syrie : raids meurtriers du régime dans le sud malgré un accord

Au moins quatre civils ont été tués dimanche dans des raids aériens du régime syrien visant des secteurs rebelles de la province de Deraa, frontalière de la Jordanie

Des enfants syriens de la province de Deraa qui ont fui les bombardements de forces pro-gouvernementales attendent de pouvoir franchir la frontière jordanienne, à Nassib, le 1er juillet 2018. (Crédit : AFP / Mohamad ABAZEED)
Des enfants syriens de la province de Deraa qui ont fui les bombardements de forces pro-gouvernementales attendent de pouvoir franchir la frontière jordanienne, à Nassib, le 1er juillet 2018. (Crédit : AFP / Mohamad ABAZEED)

A quelques pas du poste-frontière de Nassib entre la Syrie et la Jordanie, des soldats du régime syrien hilares brûlent un drapeau de la rébellion qu’ils viennent de chasser de ce passage stratégique pour le commerce moyen-oriental.

« L’Etat a mis la main sur une installation économique importante, qui relie la Syrie à d’autres pays, notamment la Jordanie et les pays du Golfe », se réjouit une source militaire syrienne.

D’autres soldats font le V de la victoire près d’un tank décoré d’un portrait du président Bachar al-Assad tandis que des agents de la police militaire russe se tiennent arme à la main, près d’un camion surmonté d’un drapeau aux couleurs de la Russie, allié indéfectible du régime syrien dans sa guerre contre les insurgés.

A l’issue d’un accord, ces derniers leur ont entre autres cédé vendredi le contrôle de ce poste-frontière stratégique avec la Jordanie dont ils s’étaient emparés il y a trois ans.

Autrefois vital pour le transit de marchandises au Moyen-Orient, Nassib, appelé Jaber du côté jordanien, porte les stigmates de la guerre qui ravage la Syrie depuis mars 2011.

Mais dimanche, l’accord a volé en éclats.

Au moins quatre civils ont été tués dimanche dans des raids aériens du régime syrien visant des secteurs rebelles de la province de Deraa, frontalière de la Jordanie, en dépit d’un accord de trêve avec les insurgés, selon une ONG.

Parallèlement, des évacuations de combattants rebelles refusant un retour du régime dans le sud syrien -prévues par l’accord – ont été temporairement reportées en raison des violences, selon un responsable rebelle.

« D’intenses frappes aériennes » ont visé dimanche la localité d’Oum al-Mayazin, au nord du poste-frontière de Nassib, aux portes de la Jordanie, a rapporté le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane qui fait état de trois morts parmi les civils.

Un peu plus tôt, des tirs rebelles sur un convoi du régime empruntant l’autoroute près d’Oum al-Mayazin avaient fait des morts parmi les militaires, a indiqué l’OSDH, sans être en mesure de fournir un bilan.

Un quatrième civil a péri lors de raids du régime sur des quartiers rebelles de Deraa, selon cette ONG.

Ces violences interviennent alors que les rebelles avaient accepté de céder leurs territoires au régime, au terme de deux semaines de bombardements meurtriers.

L’accord dévoilé vendredi soir, négocié avec l’allié russe, prévoit un cessez-le-feu, mais aussi des évacuations pour les insurgés refusant l’initiative.

Par le passé, l’application des accords entre les rebelles et le régime a parfois pu être lente et laborieuse, certains combattants refusant de capituler.

Selon les termes de l’accord annoncé vendredi soir, les combattants rebelles refusant de rester sous contrôle gouvernemental doivent être évacués vers les secteurs insurgés de la province d’Idleb, dans le nord-ouest.

Mais les premiers départs prévus dimanche à bord de cent bus ont été reportés après une reprise des hostilités, a indiqué à l’AFP un dirigeant rebelle.

« Cent bus devaient venir, mais (l’opération) a été reportée à une date ultérieure, dans environ deux jours. Il y a eu des échanges de tirs des deux côtés et la (première) vague a été reportée », a précisé ce dirigeant.

Fort du soutien militaire de la Russie et de l’Iran, le régime syrien a multiplié les victoires face aux rebelles et aux jihadistes, consolidant son pouvoir sur la capitale Damas et ses environs, au point de reprendre le contrôle de plus de 60% du pays en guerre.

Déclenché en 2011 par la répression de manifestations pacifiques par le régime de Bachar al-Assad, le conflit en Syrie a fait plus de 350.000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.

Arche écroulée

Une des arches sous lesquelles passaient les véhicules est en partie écroulée, avec des blocs de béton maintenus précairement dans les airs par des barres de fer désarticulées.

Entravant le passage sur plusieurs voies, deux porte-conteneurs gisent renversés, sous une pancarte sur laquelle on peut lire « douanes » en anglais.

Malgré ces destructions, le régime syrien espère que la reconquête de ce passage frontalier va permettre de relancer les échanges commerciaux et l’économie du pays.

C’est en effet par là que transitaient les marchandises produites dans le secteur gouvernemental syrien, à destination de la Jordanie puis du Golfe.

Avant le conflit, des centaines de camions transitaient quotidiennement via la zone franche de ce poste-frontière, transportant les importations et les exportations de la Jordanie et assurant aussi la connexion entre le royaume hachémite et l’Europe, via la Turquie.

En reprenant Nassib, le régime contrôle désormais près de la moitié des 19 postes-frontières officiels avec les pays voisins: Liban, Irak, Turquie, Jordanie.

Fort du soutien militaire de ses alliés indéfectibles, Russie et Iran en tête, le régime de Damas est plus que jamais déterminé à asseoir son pouvoir sur l’ensemble de la Syrie, ravagée depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 350.000 morts et des millions de réfugiés et déplacés.

Multipliant les victoires face aux rebelles et aux jihadistes à travers un pays morcelé, il contrôle déjà plus de 60% du territoire.

Dans la province méridionale de Deraa, considérée comme le « berceau de la révolte syrienne » contre le pouvoir d’Assad, les bombardements meurtriers ont fini par contraindre les rebelles à accepter un accord négocié par Moscou.

Il instaure un cessez-le-feu, prévoit le désarmement des insurgés de Deraa et le retour des institutions de l’Etat dans la région.

A Nassib, un des soldats apparaît soudain, tongs aux pieds. « Ne me filmez pas, c’est la première fois que je les porte. Je n’avais pas enlevé mes bottes depuis 20 jours ».

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