Un fonctionnaire israélien se suicide après des accusations sur Facebook
Rechercher

Un fonctionnaire israélien se suicide après des accusations sur Facebook

Avant d'attenter à sa vie, Ronis qui a été accusé de racisme sur les médias sociaux dit qu'il a toujours milité pour l'égalité

Ariel Ronis, un fonctionnaire de l'Autorité de l'immigration et des frontières qui s'est suicidé le 23 mai 2015 après avoir été accusé de racisme sur Facebook (Photo: Facebook)
Ariel Ronis, un fonctionnaire de l'Autorité de l'immigration et des frontières qui s'est suicidé le 23 mai 2015 après avoir été accusé de racisme sur Facebook (Photo: Facebook)

Un fonctionnaire de l’autorité de l’immigration et des frontières d’Israël (PIBA) s’est suicidé samedi après qu’un post Facebook qui l’accusait de racisme – une allegation qu’il rejettait – est devenu populaire et a été partagé des milliers de fois.

Peu de temps avant d’attenter à sa vie, Ariel Ronis a écrit dans un post Facebook que les masses lui avaient fait du mal, a relaté sa version de l’histoire, et exhorté les gens à considérer les effets de leurs actions et des mots sur les médias sociaux.

L’incident a mis en relief les effets problématiques, et parfois dévastateurs des « accusations » sur les réseaux sociaux.

Dans un post qui a gagné en popularité la semaine dernière, une femme noire israélienne a décrit son expérience dans un bureau de PIBA à Tel-Aviv, où elle a ressenti que le traitement de son cas avait été teinté de racisme.

Elle a raconté être arrivée au bureau avec ses trois jeunes enfants afin d’obtenir un passeport pour son fils, et qu’il y avait une très longue queue de gens attendant leur tour. Un jeune couple lui a alors dit qu’il y avait une seconde file plus courte pour les parents avec de jeunes enfants. Cependant, quand elle a tenté de se joindre à cette queue, une employée lui a dit de retourner dans la file ordinaire.

La femme l’a fait, mais a alors constaté en état de choc que plusieurs autres mères ayant des enfants – toutes blanches, selon elle – étaient servies par l’employée.

« Je suis revenue au comptoir et ai demandé à Eti (l’employée) ​​comment cela se faisait-il. Sa réponse fut « ‘Ce n’est pas bien ce que vous faites, revenez à la fin de la queue' ».

La femme a alors demandé à parler au directeur, Ronis. « Je lui ai dit exactement ce qui était arrivé, et que je me sentais victime de discrimination en raison de la couleur de ma peau… tout ce que je demande est d’être traitée de façon égale comme toutes les autres mères, ni plus ni moins.

« Il m’a répondu que si je me plaignais de discrimination, je devais « disparaître de sa vue, » a-t-elle dit. La femme a ajouté que l’incident l’a fait pleurer et a déploré ce qu’elle pense être un sentiment permanent d’attitudes racistes dans la société, et maintenant aussi par l’Etat.

Dans son post sur Facebook samedi peu avant sa mort, Ronis, un ancien haut fonctionnaire au service de sécurité interne Shin Bet, a écrit que les accusations de racisme l’avaient profondément blessé.

עד לפני יומיים חיי נראו כלקוחים מתסריט ורוד.בגיל 47 כבר אני גמלאי (שב"כ) אחרי כעשרים שנים של עבודה מרתקת, מאתגרת, מספקת…

Posted by ‎אריאל רוניס‎ on Saturday, 23 May 2015

« Il y a deux jours, une femme est venue au bureau pour obtenir un service, » a-t-il raconté. « A ce moment-là, je m’occupais d’autres personnes. Elle a exigé que je m’occupe d’elle immédiatement et a tout de suite commencé à crier que si elle n’était pas reçue, c’était du racisme ».

Il avait toujours été partisan de traiter toutes les personnes de façon égale, indépendamment de leur religion ou de leur origine, a-t-il ajouté, et avait même publié un livre sur le sujet et créé une association dédiée à « l’égalité entre tous les citoyens, en particulier les minorités, et leur intégration dans une société israélienne homogène ».

« Et voici que cette femme m’accusait de racisme. Je lui ai dit d’arrêter. Je ne souhaitais pas m’engager dans cette voie. Pas dans mon bureau. Il y a une file d’attente pour les mères avec de petits enfants et elle doit se tenir dans cette queue comme toutes les autres mères. Pas à chaque fois que vous n’obtenez pas tout ce que vous réclamez, c’est du racisme », a-t-il écrit.

« A partir de ce moment a commencé un processus qui devrait être étudié dans toutes les écoles de communication, » a poursuivi Ronis.

« Il n’a pas fallu longtemps avant que je reçoive un appel téléphonique de la division des plaintes. En quelques heures un post (Facebook) est apparu ainsi qu’un article sur (le groupe israélien de Facebook) Mamazone, une interview (sur la Dixième chaîne) et tout un cirque médiatique. A peine deux jours plus tard, le post avait plus de 6 000 partages, chacun d’eux étant une flèche aiguisée dans ma chair. Moi ? Un raciste ?, » a-t-il écrit.

« Le travail de toute ma vie a été balayé instantanément, par quelqu’un a qui a été demandé de faire la queue comme tout le monde, » a-t-il dit. « Les gens continuaient à partager… à tirer leurs flèches sur moi, ne s’arrêtant pas un instant pour se questionner (sur eux-mêmes).

« Je peux difficilement les blâmer. Moi aussi, j’aurais été consterné à la vue d’un tel post et peut-être l’aurais-je partagé sans tenir compte des conséquences », a-t-il ajouté.

Ronis a dit qu’il ne pouvait pas supporter le fait que sa réputation ait été entachée, et qu’elle était maintenant « synonyme de la plus terrible désignation imaginable dans mon cas – le racisme ».

Il a conclu qu’il n’était « pas en colère » contre son accusatrice, mais dit que si elle a pu avoir surmonté son épreuve apparente, « moi, je n’en suis pas capable. Au revoir ! »

Former Shin Bet chief Yuval Diskin speaks at the 'Suckers' movement demonstration in Tel Aviv on Saturday (photo credit: Tali Mayer/Flash90)
L’ancien chef du Shin Bet chief Yuval Diskin prend la parole à Tel Aviv en 2012 (Crédit photo : Tali Mayer / Flash90)

Après que Ronis ait été retrouvé mort à son domicile, l’ancien chef du Shin Bet, Yuval Diskin, a écrit sur Facebook qu’il le connaissait bien et que rien ne pourrait lui être plus nuisible que des accusations de racisme.

« Les attaques personnelles et des médias contre lui, sans examen approprié, sont tout simplement horribles », a écrit Diskin. Ronis, a-t-il dit « est tout à fait la mauvaise cible pour une telle attaque sur le web et dans les médias ».

Diskin a exprimé l’espoir que « lorsque les faits seront éclaircis, ces mêmes colporteurs de mauvaise langue vont faire une profonde introspection ».

Quant à la femme, elle a écrit dimanche : « Ce matin je me suis réveillée avec l’une des pires nouvelles dont je n’avais jamais entendu parler. Je suis terriblement désolée pour la disparition. Pendant des années, j’ai vécu la discrimination en Israël. La seule fois où j’ai raconté mon histoire, un homme a été blessé. Il n’y a pas personne de plus désolée que moi. Si je pouvais (revenir en arrière), je resterais silencieuse ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...