Un réalisateur traité de « youpin » et témoin de saluts nazis et autres abjections
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Un réalisateur traité de « youpin » et témoin de saluts nazis et autres abjections

Pour "White Noise", le journaliste juif Daniel Lombroso a passé quatre ans au plus près des personnalités et des partisans de la droite alternative

  • Daniel Lombroso, journaliste juif auteur du documentaire "White Noise", interviewe la YouTubeuse d'extrême droite Lauren Southern en France. (Crédit : Michael Miroshnik/ via JTA)
    Daniel Lombroso, journaliste juif auteur du documentaire "White Noise", interviewe la YouTubeuse d'extrême droite Lauren Southern en France. (Crédit : Michael Miroshnik/ via JTA)
  • Mike Cernovich, un théoricien du complot, dans le documentaire "White Noise" du journaliste Daniel Lombroso. (Autorisation : D. Lombroso/ via JTA)
    Mike Cernovich, un théoricien du complot, dans le documentaire "White Noise" du journaliste Daniel Lombroso. (Autorisation : D. Lombroso/ via JTA)
  • Lauren Southern, YouTubeuse d'extrême droite, évoque le harcèlement qu'elle a subi dans le documentaire "White Noise" du journaliste Daniel Lombroso. (Autorisation : D. Lombroso/ via JTA)
    Lauren Southern, YouTubeuse d'extrême droite, évoque le harcèlement qu'elle a subi dans le documentaire "White Noise" du journaliste Daniel Lombroso. (Autorisation : D. Lombroso/ via JTA)
  • Joey Gibson, fondateur de Patriot Prayer et candidat républicaint au Sénat, s'adresse à des militants d'extrême droite à Portland, le 4 août 2018. (Crédit : AFP/ Thomas Patterson)
    Joey Gibson, fondateur de Patriot Prayer et candidat républicaint au Sénat, s'adresse à des militants d'extrême droite à Portland, le 4 août 2018. (Crédit : AFP/ Thomas Patterson)
  • Le nationaliste blanc Richard Spencer parle au Curtis M. Phillips Center for the Performing Arts le 19 octobre 2017, à Gainesville, en Floride. (Joe Raedle/Getty Images/AFP)
    Le nationaliste blanc Richard Spencer parle au Curtis M. Phillips Center for the Performing Arts le 19 octobre 2017, à Gainesville, en Floride. (Joe Raedle/Getty Images/AFP)
  • Les policiers s'affrontent avec des manifestants alors qu'ils escortent les gens à un discours prononcé par le nationaliste blanc Richard Spencer, qui a popularisé le terme "alt-right", à la Michigan State University le 5 mars 2018 à East Lansing, Michigan. (Scott Olson/Getty Images/AFP)
    Les policiers s'affrontent avec des manifestants alors qu'ils escortent les gens à un discours prononcé par le nationaliste blanc Richard Spencer, qui a popularisé le terme "alt-right", à la Michigan State University le 5 mars 2018 à East Lansing, Michigan. (Scott Olson/Getty Images/AFP)
  • Les nationalistes blancs s'affrontent avec les contre-manifestants avant le début d'un discours du nationaliste blanc Richard Spencer, qui a popularisé le terme "alt-right", à la Michigan State University le 5 mars 2018 à East Lansing, Michigan. (Scott Olson/Getty Images/AFP)
    Les nationalistes blancs s'affrontent avec les contre-manifestants avant le début d'un discours du nationaliste blanc Richard Spencer, qui a popularisé le terme "alt-right", à la Michigan State University le 5 mars 2018 à East Lansing, Michigan. (Scott Olson/Getty Images/AFP)
  • Illustration : Sur cette photo du samedi 27 avril 2016, des partisans du drapeau confédéré participent à un rassemblement au parc de Stone Mountain, à Stone Mountain, en Géorgie. (AP Photo/John Bazemore)
    Illustration : Sur cette photo du samedi 27 avril 2016, des partisans du drapeau confédéré participent à un rassemblement au parc de Stone Mountain, à Stone Mountain, en Géorgie. (AP Photo/John Bazemore)

JTA – Peu après la victoire surprise de Donald Trump aux élections présidentielles américaines de 2016, ont été diffusées des images brutes d’un rassemblement où le suprémaciste blanc Richard B. Spencer a crié : « Heil Trump ! Saluez notre peuple ! Heil victoire ! », ce à quoi la foule a répondu par des saluts nazis.

Le journaliste qui a filmé cette scène s’appelle Daniel Lombroso. Il est descendant de survivants de la Shoah et sa grand-mère l’a averti de ne pas s’approcher de personnes antisémites.

Pendant les quatre années qui ont suivi, ponctuées par les effusions de sang des attaques d’extrême droite perpétrées à Charlottesville, Pittsburgh, El Paso et ailleurs, Lombroso a fait le tour du pays, caméra à l’épaule. Il s’est penché sur le mouvement qui a inspiré ces attaques : la droite alternative (alt-right), un groupe émergent de suprémacistes blancs comme Spencer qui voulait redynamiser l’aile droite et le pays.

Peu après une élection présidentielle qui, pour certains, servait de référendum sur l’influence de l’extrême droite dans la société américaine, le magazine The Atlantic vient de sortir le documentaire réalisé par le journaliste, « White Noise ». Il suit trois des plus grandes figures de l’extrême droite – Spencer, Mike Cernovich et Lauren Southern – au cours des trois premières années de l’administration Trump, alors que leur carrière a décollé avant de s’estomper. Spencer était un idéologue de premier plan et le porte-parole du suprémacisme blanc. Cernovich était un misogyne et un théoricien du complot. Southern était une militante antiféministe et anti-migrants d’extrême droite.

Contrairement à d’autres documentaires sur la politique et les mouvements sociaux, celui-ci n’est pas entrecoupé d’interviews d’experts, d’intermèdes historiques ou de cartes et de graphiques. Il est presque entièrement composé d’interviews intimes et d’images des trois personnages et de leurs compagnons de route.

La JTA s’est entretenue avec le documentariste sur ce qu’il a appris au cours de ces trois années de tournage, sur les raisons pour lesquelles il a choisi de ne pas interviewer d’experts et sur l’antisémitisme auquel il a été confronté pendant la réalisation du documentaire. Cet entretien a été édité pour des raisons de longueur et de clarté.

Daniel Lombroso, journaliste juif auteur du documentaire « White Noise », interviewe la YouTubeuse d’extrême droite Lauren Southern en France. (Crédit : Michael Miroshnik/ via JTA)

JTA : Qu’est-ce qui vous a attiré vers ce sujet ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer trois ans à filmer l’extrême droite ?

Daniel Lombroso : J’ai commencé à couvrir l’extrême droite en tant que reporter pour The Atlantic en 2016. En novembre 2016, une semaine après l’élection de Trump, je me suis retrouvé dans une salle pleine de gens qui faisaient des saluts nazis. C’est ce moment fatidique, vraiment crucial il y a quatre ans, car il a vraiment renforcé le fait que la droite alternative soit fondamentalement un mouvement raciste. C’est fondamentalement un mouvement antisémite. Ce n’était pas une mouvance cool et conservatrice comme ils le prétendaient. C’était raciste jusqu’à l’os.

Je pense que je voulais comprendre ce qui rendait cette idéologie – qui est fondamentalement du suprémacisme blanc, de l’antisémitisme – si attrayante pour tant de gens. C’est ce qui ressort du documentaire, l’ampleur de ces idées et l’attrait qu’elles ont. J’ai découvert que ces idées étaient défendues avec beaucoup d’énergie.

Je voulais me plonger au cœur de cette idéologie et comprendre à un niveau plus psychologique : que croient ces gens ? Comment travaillent-ils ? Il y a eu beaucoup d’excellents reportages sur l’alt-droite et l’extrême droite, mais une grande partie d’entre eux se penchaient dessus depuis l’extérieur. La mission était d’exposer réellement qui ils sont et ce qu’ils croient. Au cours du film, on voit à quel point ils sont vides, narcissiques, et à quel point leur idéologie est vide.

Ce qui est frappant dans ce documentaire, c’est qu’il ne fait pas appel à des voix extérieures et qu’il ne fournit pas beaucoup de contexte historique sur les revendications de la droite. Il s’agit d’une heure et demie d’images et d’entretiens avec eux. Pourquoi avez-vous choisi de faire le film de cette façon ?

La meilleure façon de démanteler leur idéologie est de mettre en lumière les contradictions qui sont au cœur de leur vision du monde. Ainsi, Mike [Cernovich] tweete des choses comme : « La diversité est un nom de code pour génocide blanc » et vous voyez qu’il a une épouse d’origine iranienne et un enfant métisse qui parle le farsi.

En fin de compte, cette approche non vernie doit être faite de manière vraiment responsable. Elle ne doit pas les glorifier. Elle ne doit pas les faire ressembler à des rock-stars. Chaque jour, pendant quatre ans, j’ai cherché à les prendre au sérieux. Si c’est fait de manière responsable, c’est l’approche la plus éclairante qu’on puisse adopter.

Une critique potentielle, bien sûr, est que nous les aidons à recruter, que ça leur sert de plateforme. Je pense que c’est le contraire. Personne ne ressort du film en voulant se joindre à ce mouvement. Les trois sujets méprisent ce documentaire et ne veulent rien avoir à faire avec lui.

Le nationaliste blanc Richard Spencer excitant les étudiants lors d’un discours à l’Université de Floride à Gainesville, le 19 octobre 2017. (AP/Chris O’Meara, Dossier)

Même si leur carrière ne mène nulle part, le film montre clairement que chacun d’eux a rassemblé de nombreux adeptes. Beaucoup de gens sont attirés par cette idéologie. Êtes-vous inquiet que le film les laisse prêcher leur idéologie du début à la fin et que, même s’ils n’en sortent pas sous un jour favorable, leurs idées haineuses se voient accorder un large espace ?

Un rayon de soleil est le meilleur des désinfectants, et le mal s’aggrave véritablement dans l’obscurité. Je sais que c’est un cliché, et cela peut être traité de manière très médiocre – en en faisant un profil de rock-star sous une lumière tamisée, ce que nous avons voulu à tout prix éviter. Ce film parle de sensibilisation. Je pense que les gens ne comprennent pas l’ampleur du mouvement nationaliste blanc, de l’antisémitisme, du racisme au sein de la société contemporaine.

Quand on projette ce film devant un public traditionnel, les gens sont tout simplement sidérés en constatant le pouvoir d’attraction que peuvent avoir ces idées à New York, à Los Angeles, à Paris. Ce sont des villes libérales, qui accueillent la classe moyenne favorisée, et ces idées sont susceptibles de séduire des personnes hautement éduquées issues de cette classe moyenne aisée.

J’espère que le film pourra représenter le bilan historique très clair des forces qu’a pu libérer Trump pendant son mandat. Ces gens vivaient dans l’ombre, cachés, et ils se sentent dorénavant enhardis. Ils avancent, lentement et sûrement, en évoluant sous couvert du mouvement conservateur traditionnel.

Les gens sont tout simplement sidérés en constatant le pouvoir d’attraction que peuvent avoir ces idées à New York, à Los Angeles, à Paris. Ce sont des villes libérales, qui accueillent la classe moyenne favorisée, et ces idées sont susceptibles de séduire des personnes hautement éduquées issues de cette classe moyenne aisée

Mais cela suppose que les gens savent qu’il n’est pas correct d’être un nationaliste blanc. Les lecteurs de The Atlantic le savent probablement, mais nombreux sont ceux qui l’ignorent. Il est ainsi faux, de toute évidence, que les démocrates, par exemple, seraient à l’origine d’un culte satanique et pédophile – mais des millions de personnes en sont aujourd’hui persuadées. Est-ce que vous avez eu le sentiment que vous deviez offrir plus de contexte à ce que les personnalités auxquelles vous vous êtes intéressé pouvaient dire ?

Je pense que le film, à sa propre manière, offre un contexte, à travers le montage, à travers la manière dont sont assemblées les scènes. Je pense qu’il peut y avoir, par moment, une volonté d’être plus sévère, d’apporter des paroles d’experts – mais là, on aurait parlé d’un film très différent.

Ce que fait ce film, c’est permettre de créer une proximité avec le mal, c’est révéler sa banalité et son mode de fonctionnement. Je pense qu’il y a une boussole morale très claire dans le film. Il les démantèle, il démantèle l’idéologie. Je comprends la tendance qui consisterait à vouloir émettre un jugement sur d’où ces gens viennent, et je pense que le film réalise cela de façon très claire, avec la subtilité qui est la sienne.

Je pense que quand quelqu’un parle de ‘lugenpresse’ ou d’extermination, c’est suffisamment mauvais en soi pour les 90 % d’entre nous qui estimons que cela justifie un travail de sensibilisation

Je pense que quand quelqu’un parle de « lugenpresse » [le terme nazi qui désignait la « presse menteuse »] ou d’extermination, c’est suffisamment mauvais en soi pour les 90 % d’entre nous qui estimons que cela justifie un travail de sensibilisation.

Je doute vraiment fortement que dans tous les groupes auxquels je me suis intéressé, chez tous ces gens avec lesquels je me suis entretenu, que quiconque verra ce film en sortira encouragé ou enhardi, ou souhaitant encore graviter autour de ces idées – parce qu’elles se présentent vraiment comme absolument vides de tout contenu.

Quels types de choix avez-vous fait lors du tournage pour éviter de dépeindre ces gens de manière positive ?

Mike Cernovich avait réalisé un long-métrage appelé « Hoax ». Il voulait vraiment se représenter sous les traits de cet important producteur de films rock-star. Nous avons coupé ces scènes, parce que cela aurait été une erreur de présentation de ce qu’il est. Cela l’aurait fait paraître cool.

Nous avons eu des discussions réellement intenses sur toutes les scènes. Un exemple : On voit Lauren [Southern] complètement traumatisée par le harcèlement sexuel, devant prendre en charge des choses absurdes de la part d’hommes de droite, cela la traumatise et elle le raconte pour la toute première fois dans le film. Le plus que nous pouvions nous permettre avec elle à ce moment, c’était une prise alors qu’elle regarde vers l’extérieur depuis un balcon.

Lauren Southern, YouTubeuse d’extrême droite, évoque le harcèlement qu’elle a subi dans le documentaire « White Noise » du journaliste Daniel Lombroso. (Autorisation : D. Lombroso / via JTA)

Comment avez-vous géré émotionnellement votre immersion dans l’univers de ces gens ?

C’était très dur. Je travaille surtout seul. J’ai tout filmé. J’ai fait du bruit. La plupart du temps, j’étais seul dans ces milieux. D’une certaine manière, cela m’a aidé, à la fois en termes d’accès, parce qu’ils me connaissaient et qu’ils n’avaient pas à faire face à une équipe, mais aussi sur le plan émotionnel. J’avais juste trop de choses à penser : Réussir le tournage, réussir le son, mais maintenant, depuis un an et demi que j’ai terminé, parcourir toutes les séquences, donner un sens à ce que j’ai vécu, a été assez dur et assez traumatisant.

Je dirais que cela m’a rendu beaucoup plus fier d’être Juif. Je suis beaucoup plus conscient et je m’exprime beaucoup mieux sur le niveau de l’antisémitisme dans la société américaine et évidemment dans la société européenne. Cela a eu un effet intéressant sur mes opinions politiques, ma psychologie et mon identité, en rencontrant tant de haine pendant la réalisation du film. Et une grande partie de cette haine m’a été adressée, à la fois dans l’espace physique, mais maintenant, tous les jours, je reçois des messages de haine antisémite vraiment grossiers et des messages privés sur Twitter remplis de caricatures nazies les plus dégoûtantes.

Illustration : Un participant à un événement d’extrême droite lève le poing sur le Boston Common, le 18 novembre 2017, à Boston, Massachusetts. (Scott Eisen/Getty Images/AFP)

À quel type d’antisémitisme avez-vous été confronté pendant le tournage ?

Ils utilisent tous les clichés, comme les Rothschild, la « cabale mondiale », le « nouvel ordre mondial » et Soros, et tout cela fait partie du langage courant. Mais il y a aussi eu des incidents antisémites assez agressifs. J’ai été abandonné dans un ranch en Floride, dans le noir absolu, avec une bande de partisans de Richard Spencer. Il se préparait pour un discours à l’université de Floride et il y avait tous ces gamins habillés en blanc dans un ranch, et Richard Spencer est sorti dîner et m’a laissé avec eux, et ils venaient de découvrir récemment que j’étais Juif. Ça a viré à la catastrophe assez rapidement. Beaucoup de « youpin » et de saluts nazis, et des trucs vraiment dégoûtants.

Une fille très ivre lors d’un événement a essayé de flirter avec moi une fois, une fille très bien, et m’a dit : ‘J’aime vraiment les trucs juifs, comme le journalisme.’

[Il y avait] beaucoup de railleries vraiment agressives sur le fait d’être journaliste, que vous publiez des fake news, que vous déclenchez une guerre raciale. Même quand ils parlent de journalisme, c’est toujours imprégné de stéréotypes juifs. Une fille très ivre lors d’un événement a essayé de flirter avec moi une fois, une fille très bien, et a dit : « J’aime vraiment les trucs juifs, comme le journalisme. »

Y avait-il quelque chose que vous aimiez dans vos sujets en tant que personnes, et comment avez-vous géré cela ?

Je pense que « aimé » serait un mot trop fort. Même « humanité » est trop fort, mais vous voyez le quotidien en eux. Ils sont animés par beaucoup de choses semblables, évidemment, aux nôtres. Je ne veux pas exagérer, mais ils veulent trouver un sens à leur vie. Ils se posent des questions existentielles plus larges. Ils sont confrontés à l’insignifiance de la vie moderne à laquelle tout le monde est confronté d’une certaine manière. Le problème est qu’ils remplissent ce manque de sens avec les idées les plus viles possibles.

Un homme réalise un salut nazi à l’université Texas A&M, pendant que le leader de la droite alternative, Richard Spencer, prononce un discours, le 6 décembre 2016. (Crédit : Ricky Ben-David/Times of Israel)

Nous avons mangé et voyagé ensemble, nous avons tout fait, et j’ai appris à tout connaître d’eux. Et je pense que c’est un grand sous-texte dans le film, juste la banalité du mal, que les gens normaux sont capables d’un mal énorme.

C’est en quelque sorte le problème. Mike [Cernovich] peut être très sympathique. Les gens dans le monde de Mike Cernovich l’admirent vraiment. Ils le voient presque comme une sorte de figure paternelle. Ce genre de chose se manifeste quand vous êtes avec lui. Il peut être sympathique. Il est capable de s’identifier à vous, mais il croit aussi aux choses les plus viles.

Mike Cernovich, un théoricien du complot, dans le documentaire « White Noise » du journaliste Daniel Lombroso. (Autorisation : D. Lombroso / via JTA)

Selon vous, sur quoi les journalistes se trompent-ils lorsqu’ils font des reportages sur l’extrême droite ?

Je pense qu’ils ne voient pas à quel point ces idées sont séduisantes. Ce sont des messages très puissants et leurs idées trouvent un écho auprès de milliers de personnes. Si vous êtes un jeune type perdu ou seul, vivant dans un sous-sol chez sa mère, ou même si vous ne savez pas ce que vous voulez faire, vous pouvez trouver un sens à votre vie en suivant ces personnes sur YouTube et avoir l’impression de faire partie d’un tout.

Évidemment, c’est de la foutaise, et un État blanc et sa blancheur ne sont qu’une pensée complètement incohérente sur le plan idéologique pour un million de raisons, mais cela remplit vraiment ce vide que, je pense, beaucoup de gens ressentent. Je pense qu’il faut en tenir compte.

Le soutien à Trump est un élément majeur du film. Dans quelle mesure faites-vous le lien entre Trump et ce que vous avez vu ?

Il n’y a pas d’alt-right sans Trump et je crois en fait qu’il n’y a pas de Trump sans alt-right. L’alt-right telle qu’elle apparaît dans le film est essentiellement morte. Mais le mouvement raciste antisémite d’extrême droite, c’est la base la plus passionnée de Trump.

Il n’y a pas d’alt-right sans Trump et je crois en fait qu’il n’y a pas de Trump sans alt-right

Ils façonnent également ses messages. Ils mettent tous en garde contre une invasion de migrants, et puis vous l’entendez sur Fox, et puis vous entendez Trump crier au sujet des envahisseurs et de l’invasion, et puis vous voyez un nationaliste blanc aller tuer un tas de gens à El Paso et dans une synagogue à Pittsburgh et aussi en Nouvelle-Zélande.

Votre grand-mère, qui est toujours en vie, est une survivante de la Shoah. Qu’a-t-elle pensé du film ?

Elle a tout de suite été sensible à leur opportunisme, et a dit : « Ces types ne sont que des escrocs et des vendeurs de poudre de perlimpinpin. » Au début du projet, elle m’a dit de ne pas le faire. Elle ne voulait pas que je subisse toutes les violences que j’ai subies. Elle m’a beaucoup soutenu et elle a toujours été d’avis que les gens doivent savoir ce qui se passe.

Quel enseignement avez-vous tiré du film ?

Je pense à combien de travail il reste à faire dans ce pays. C’est fou de regarder les articles de 2008, quand Obama a gagné, et que tout le monde parlait d’une Amérique post-raciale. Il est tellement clair pour moi, étant en première ligne pour rapporter cela, à quel point le retranchement des Blancs est sévère, à quel point certaines parties de l’Amérique blanche éprouvent du ressentiment. Même si Trump perd, cela ne veut pas dire que cela va disparaître. C’est toujours une énorme base qui cherche le prochain. Je pense que nous allons devoir faire face aux conséquences de cette situation pendant longtemps.

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