Un rédacteur en chef belge défend un édito évoquant le « nez laid » des Juifs
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Un rédacteur en chef belge défend un édito évoquant le « nez laid » des Juifs

Le rédacteur en chef d'un journal déclare que la chronique "préfigure le tollé actuel, que toute critique d'Israël sera toujours réinterprétée comme de l'antisémitisme"

"Etre juif n'est pas une religion, aucun Dieu n'aurait donné à des créatures un nez aussi laid", a écrit Dimitri Verhulst. (Capture d'écran YouTube via JTA)
"Etre juif n'est pas une religion, aucun Dieu n'aurait donné à des créatures un nez aussi laid", a écrit Dimitri Verhulst. (Capture d'écran YouTube via JTA)

JTA – Le rédacteur en chef d’un prestigieux quotidien belge a défendu un éditorial qualifié d’antisémite, affirmant que ses critiques tentaient de faire taire les critiques à l’égard d’Israël.

La chronique, écrite par Dimitri Verhulst, a été publiée le 27 juillet dans De Morgen et a rapidement suscité l’indignation. Il décrit les Juifs d’Israël comme des voleurs de terre avec un complexe de supériorité religieuse et dit qu’ils ont des « nez laids ».

« Il est clair que nous ne considérons pas le texte comme antisémite. Sinon, nous ne l’aurions pas publié. L’auteur ne le considère pas non plus comme antisémite », a répondu Bart Eeckhout, rédacteur en chef de De Morgen, à la Jewish Telegraphic Agency. « L’éditorial est certainement une critique sévère de la politique d’Israël à l’égard du peuple palestinien. Il est écrit d’une manière dure et sarcastique et préfigure le tollé actuel, déclarant que toute critique sévère à l’égard d’Israël sera toujours réinterprétée comme de l’antisémitisme. L’antisémitisme est une allégation très sérieuse, qui, à notre avis, est utilisée trop facilement dans ce cas-ci, pour faire taire le débat sur les politiques israéliennes ».

Sous le titre « Il n’y a pas de terre promise, seulement une terre volée », l’éditorial accuse par sarcasme que les Juifs israéliens et leurs partisans se considèrent comme « élus » et « chéris » de Dieu, et se servent du concept biblique ambigu pour justifier l’assujettissement des Palestiniens.

« Parce que Dieu a ses préférés et qu’ils ont leurs privilèges, les Palestiniens ont été chassés de leurs maisons en 1948 pour faire place aux préférés de Dieu », écrit Verhulst. « Parler avec les élus est difficile. Dès que vous parlez d’Israël et du sort des Palestiniens, ils vous regardent comme si vous aviez vous-même organisé la Shoah. »

Serge Gainsbourg lors d’une conférence de presse, le 29 avril 1986 à l’hôtel George V à Paris. (AP Photo/Pierre Gleizes)

Il cite en faisant des erreurs Serge Gainsbourg, chanteur juif français décédé, comme ayant dit : « Être juif n’est pas une religion, aucun Dieu ne donnerait aux créatures un nez aussi laid ».

La citation originale de Gainsbourg ne contient ni le mot « Dieu » ni le mot « laid ». On pense plutôt qu’il a dit que « Etre juif n’est pas une religion. Aucune religion ne te fait pousser un tel nez ». Le chanteur semble plaisanter sur le fait d’être juif ethniquement plutôt que religieusement. Verhulst se sert de sa version pour suggérer que Dieu ne considère pas les Juifs comme le peuple « élu » après tout.

Il accuse également Israël d’avoir « assassiné » 10 000 Palestiniens depuis 2002. Cette période comprend trois conflits armés entre Israël et le Hamas à Gaza et la Seconde Intifada.

Le Forum des organisations juives de la Région flamande de Belgique a porté plainte à la police au sujet de présumées incitations à la haine dans la rubrique de Verhulst et a déclaré que l’article ne se limite pas à critiquer Israël, mais insulte les Juifs en tant que peuple.

Le Conseil central juif des Pays-Bas a également condamné l’éditorial comme étant antisémite.

Hans Knoops, un éminent journaliste néerlandais qui s’occupe des questions médiatiques pour le Forum des organisations juives, a déclaré qu’il comprenait comment le journal avait pu publier cet article.

« Les choses passent à travers, je ne le sais que trop bien », a dit Knoop à JTA lundi. « Ça arrive même dans le New York Times à cause d’un manque de jugement ou de contrôle. »

Bien plus troublant pour Knoop, cependant, est le refus de De Morgen de retirer l’article, et l’insistance de son rédacteur en chef sur le fait que les plaintes des Juifs belges et néerlandais concernant le prétendu antisémitisme de la chronique ne visent qu’à protéger Israël de toute critique. La version web comprend maintenant un encadré notant la plainte du Forum juif contre Verhulst.

« Pour la première fois depuis les années 1940, l’antisémitisme pur est diffusé et maintenu dans la section éditoriale d’un grand quotidien belge », explique Knoop, qui dirige la division des infos du quotidien Telegraaf aux Pays-Bas, et est à l’origine de la découverte du criminel de guerre nazi Pieter Menten dans les années 1970.

« Cet été, une limite a été franchie », a-t-il ajouté.

La controverse de lundi s’est propagée aux Pays-Bas lorsque des Juifs locaux ont demandé au NRC Handelsblad, un quotidien néerlandais de gauche, d’abandonner une interview en profondeur avec Verhulst, un auteur primé en néerlandais, ou du moins d’aborder la controverse dans cette interview de 3 500 mots. NRC Handeslblad a refusé, avec un rédacteur en chef adjoint disant aux critiques qu’il n’a pas l’intention de « punir » Verhulst.

Le grand rabbin des Pays-Bas Binyomin Jacobs. (RD/A.Dommerholt/JTA)

Comme Knoop, le grand rabbin des Pays-Bas Binyomin Jacobs a également trouvé des échos de l’antisémitisme rampant qui a caractérisé les médias grand public dans la région dans les années 1940 et les décennies précédentes.

« L’article antisémite de De Morgen me rappelle les années 30 d’hier. Et malheureusement, cela rappelle aussi aujourd’hui », a écrit Jacobs, le fils de survivants de la Shoah, dans une tribune libre. « Je suis inquiet, et je ne sais pas si cela sera compris. »

Verhulst a refusé une demande d’interview de JTA.

La citation de Gainsbourg, a dit M. Eeckhout, « est en train d’être examinée. Il semble y avoir une controverse sur les bons mots. Si les choses doivent être corrigées, nous les corrigerons. »

Eeckhout n’a pas dit quand le processus de vérification serait terminé.

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