Une décennie de séries TV et films israéliens
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Une décennie de séries TV et films israéliens

Une explosion de scénarios "Sabra" sous forme de comédies, de thrillers et de drames a gagné des prix et des fans dans le monde entier

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Sur cette photo du 30 mai 2019, une équipe filme une scène sur le plateau de la célèbre série télévisée israélienne "Fauda", à Tel Aviv, en Israël. (AP Photo/Oded Balilty)
Sur cette photo du 30 mai 2019, une équipe filme une scène sur le plateau de la célèbre série télévisée israélienne "Fauda", à Tel Aviv, en Israël. (AP Photo/Oded Balilty)

Poussez-vous, oranges de Jaffa. Les films et séries télévisées, dont un grand nombre sont désormais les préférés des spectateurs et ont été récompensés dans le monde entier au cours de la dernière décennie, sont rapidement en train de devenir le produit d’exportation phare d’Israël.

En plus de divertir, ces films et divertissements donnent aux fans du monde entier un aperçu des divers aspects de la vie en Israël – en grande partie en rapport avec les différents types de conflits – et mettent en lumière son peuple, ses lieux et ses événements.

1) La liste doit commencer par « Fauda », un thriller à couper le souffle créé par Lior Raz et Avi Issacharoff (qui est également un correspondant du Times of Israel pour les affaires arabes) que Netflix a acheté et qui vient de lancer sa troisième saison, cette fois-ci dans la bande de Gaza. « Fauda », dans un mélange d’hébreu et d’arabe, présente de façon réaliste les tensions et les émotions du conflit israélo-palestinien avec un regard approfondi sur les aventures d’une équipe de commando israélienne sous couverture, immergée au cœur de la société palestinienne.

Comme Avi Issacharoff l’a récemment déclaré au Times of Israel, « la fiction vous permet de transmettre quelque chose que le journalisme est moins capable de faire. Vous ne pouvez pas entrer dans les personnages et leur vie ou comprendre leur prise de décision, savoir ce qui les a fait changer d’avis, quel genre de relations ils entretiennent avec leur femme, leurs enfants, leur mère ou leur père. C’est pourquoi c’est si bon de faire les deux, c’est si bon de plonger dans des personnages et un soldat sous couverture et le fils d’un terroriste en même temps ».

(La dernière série du duo Issacharoff-Raz s’appelle « Hit and Run », un thriller d’espionnage créé pour Netflix à propos d’un homme marié heureux dont la femme est mystérieusement tuée dans un accident avec délit de fuite).

2) En deuxième position se trouve « Les Shtisel : une famille à Jérusalem », une émission primée sur la famille Shtisel, ultra-orthodoxe et vivant à Jérusalem, et sur leurs relations, leurs histoires et leurs drames familiaux.

Les créateurs Yehonatan Indursky et Ori Elon n’ont jamais pensé que leur histoire Haredi trouverait un écho auprès du public israélien, et encore moins auprès du public international via Netflix.

« Nous sommes stupéfaits », a déclaré le réalisateur Alon Zingman au Times of Israel. « Nous ne pensions pas que tant de gens s’y intéresseraient. »

Les téléspectateurs ont été profondément touchés par l’histoire d’Akiva Shtisel, un artiste en herbe, et de son père, Shulem, récemment veuf, ainsi que de leur vaste cercle familial et amical. C’est le souci du détail qui a fait résonner la série si profondément, y compris le fait que les acteurs israéliens s’expriment en hébreu avec un accent yiddish.

Une troisième saison est en préparation, mais n’a pas encore de date de sortie.

3) Autre série révolutionnaire de la dernière décennie consacrée à la vie ultra-orthodoxe est « Shababnikim » (« The New Black ») en anglais. La série 2017, d’Eliran Malka, est une comédie branchée qui déchire qui ressemble à un « Entourage » pour étudiants de yeshiva.

Il s’agit de quatre amis d’une vingtaine d’années qui repoussent les limites des mœurs de la yeshiva en allant à des rendez-vous arrangés et en prenant la mesure de leur place dans la vie israélienne moderne. C’est pointu, drôle et poignant.

Ce n’est pas encore sur Netflix ou Amazon Prime, mais les premiers épisodes sont disponibles – en hébreu – sur YouTube.

4) Une autre série télévisée notable de la dernière décennie est « The Affair », qui n’est pas techniquement israélienne, mais qui a été créée par les Israéliens Hagai Levi et Sarah Treem. Le premier est également l’un des auteurs de « Our Boys », une mini-série de HBO de 2019 sur l’enlèvement et le meurtre de Mohammed Abu Khdeir en 2014, et le créateur de « In Treatment » (BeTipul), l’une des premières séries dramatiques israéliennes – bien que n’étant pas de cette dernière décennie – à être diffusée dans le monde entier.

La série « The Affair » de Showtime était très différente de toutes les autres séries télévisées, avec un scénario qui n’évoluait pas de manière linéaire et qui présentait les perspectives des personnages principaux sur les événements au fur et à mesure de leur déroulement, en montrant comment leurs points de vue différaient radicalement.

(La prochaine série de Levi est « The Public », qui raconte l’histoire d’un détective de police autrefois ultra-orthodoxe qui prétend être religieux afin de retourner dans la communauté de son enfance pour enquêter sur la mystérieuse disparition d’une adolescente. La série se déroule à Tel Aviv, Jérusalem et Brooklyn, et sera en anglais, hébreu et yiddish).

5) Vous savez que la télévision israélienne a finalement délaissé les fictions de guerre, d’armée et de conflit lorsqu’elle produit une émission comme « On the Spectrum », la première – excellente – série de Dana Idisis pour la chaîne satellite YES sur la vie des personnes souffrant de troubles du développement.

« On the Spectrum » s’articule autour de la vie de trois colocataires autistes, vivant de façon indépendante dans un appartement à Ramat Gan, une ville satellite de Tel Aviv où Dana Idisis a grandi.

La série est son introduction intelligente, comique et émotionnelle à la vie de ceux qui souffrent d’un trouble du développement.

« J’aurais pu écrire ça il y a des années. Peut-être que grâce à ma propre conscience, je n’ai jamais eu de réticences sur le sujet », a expliqué la créatrice au Times of Israel. « Mais ce fut quand même un défi d’aller voir YES et de dire ‘Faisons ce genre de série' ».

6) En ce qui concerne le cinéma, commençons par le film « Footnote » du réalisateur israélien Joseph Cedar, nommé aux Oscars en 2012 et lauréat du prix du scénario à Cannes, sur un professeur de Talmud malmené à l’Université hébraïque de Jérusalem qui veut être récompensé pour des décennies de travail, mais qui est éclipsé par son propre fils, un autre professeur de Talmud et lauréat du prestigieux Prix Israël.

Il s’agit d’une comédie noire, tournée dans les couloirs sombres et poussiéreux de l’Université hébraïque, qui met en lumière les détails fastidieux, mais très réels, du monde universitaire.

On trouve également dans l’œuvre de Cedar « Norman : The Moderate Rise and Tragic Fall of a New York Fixer », qui raconte l’histoire d’un Juif new-yorkais grincheux qui accorde des faveurs à un Premier ministre israélien.

Le film met en vedette Richard Gere dans le rôle du malheureux et mal fagoté Norman Oppenheimer, un opérateur has been, ainsi qu’un autre favori de Joseph Cedar, l’acteur israélien Lior Ashkenazi.

7) La liste comprend également des films indépendants, dont le premier long-métrage du réalisateur arabe Maysaloun Hamoud, « Je danserai si je veux » (2017), produit par le cinéaste juif israélien Shlomi Elkabetz, sur trois femmes arabes d’une vingtaine d’années partageant un appartement à Tel Aviv alors qu’elles tentent de comprendre leur vie et de trouver l’équilibre entre leurs origines arabes et le fait d’être israélienne.

Il y a un peu de tout dans ce film, y compris des identités musulmane, arabe chrétienne, lesbienne et laïque, et il a clairement eu un effet, puisqu’il a inspiré la première fatwa palestinienne depuis des décennies.

(Muna Hawa, l’une des actrices du film, a ensuite joué dans la récente série télévisée de Mira Awad « Mouna », diffusée sur Kan au début de 2019. Ses huit épisodes tournent autour d’une jeune photographe arabe vivant à Tel Aviv et de son petit ami juif israélien, de parents qui désapprouvent et d’un collègue de travail et ami arabe qui l’adore.)

8) Il est presque impossible de faire une liste des meilleurs films et séries télévisées israéliens de la dernière décennie sans en mentionner quelques autres qui se concentrent sur les conflits de la région. Nombreux sont ceux qui proposent une vue d’ensemble de ce qui se passe ici, et l’un des meilleurs films a été « Bethléem » (2013), avec Tzahi Halevi (de « Fauda »), qui a remporté six Ophirs. Le film avait également été présélectionné pour représenter Israël pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Avec une distribution juive et arabe, le film se déroule dans la ville de Bethléem en Cisjordanie et suit la relation compliquée entre un agent des services secrets israéliens et son jeune informateur arabe.

9) Autre film sur Israël et l’armée israélienne : la comédie dramatique de 2014 « Zero Motivation », sur une femme soldat, ses collègues et leur ennuyeux service militaire. Ces soldats comptent les jours avant de pouvoir dire shalom à leur travail de bureau ; sa relative légèreté est un répit bienvenu par rapport aux films accablants sur le service militaire israélien.

10) Autre candidat israélien pour le meilleur film en langue étrangère qui n’a pas obtenu l’Oscar, « Tempête de sable » parle d’une famille bédouine qui vit un conflit compliqué entre tradition et modernité dans leur village. Se déroulant dans le Néguev et entièrement en arabe, le film a remporté des Ophirs en Israël, ainsi que les premiers prix des festivals internationaux de Taïwan, de Corée du Sud, de Seattle et de Jérusalem et le World Cinema Grand Jury Prize à Sundance. Pour sa réalisatrice novice Elite Zexer, l’objectif était que chacun se trouve, comme s’efforcent de le faire les protagonistes de ce film inhabituel.

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