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Une étude révèle le relâchement face aux règles officielles sur le travail à Shabbat

Si 70% des autorités locales interdisent d'ouvrir les sites culturels à Shabbat, 58 % des centres culturels et 82 % des musées accueillent néanmoins du public

Un bus public circule pendant le Shabbat à travers Tel Aviv, le 23 novembre 2019. (AP Photo/Tsafrir Abayov)
Un bus public circule pendant le Shabbat à travers Tel Aviv, le 23 novembre 2019. (AP Photo/Tsafrir Abayov)

Il y a actuellement en Israël un écart significatif entre les règles qui limitent certaines activités à Shabbat et la réalité sur le terrain, selon un rapport qui a été publié mardi par l’Institut israélien de la Démocratie (IDI).

C’est le premier rapport statistique de l’Institut sur la question de l’équilibre entre religion et État en Israël.

Le rapport « révèle l’immense écart entre les lois et les règles qui encadrent l’équilibre entre la religion et l’État dans le pays telles qu’elles sont écrites, et la réalité telle qu’elle peut être observée dans les villes et dans les localités israéliennes ».

Concernant le Shabbat, « alors qu’il existe des lois nationales et locales limitant certaines activités publiques, » l’IDI a découvert que « ce sont les actions sur le terrain qui dictent la réalité ».

Le rapport établit que 98 % des cinémas et 82 % des musées ouvrent leurs portes à Shabbat, ainsi que 52 % des centres culturels et des théâtres et 26 % des centres commerciaux. Ce qui correspond à 42 cinémas, 45 musées, 46 centres culturels et théâtres et 62 centres commerciaux et autres galeries marchandes.

Ce qui révèle une augmentation par rapport à 2015 – une année où 65 % des musées et 46 % des centres culturels et des théâtres recevaient du public lors de la journée juive de repos. Depuis 2015, 20 % de centres commerciaux supplémentaires ouvrent leurs portes à Shabbat, tandis que le pourcentage de cinémas accueillant du public est resté le même.

Le bâtiment de Cinema City à Jérusalem quelques jours avant l’ouverture du complexe. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Parmi les autorités locales juives, 74 % autorisent la vente de produits alimentaires à Shabbat sous certaines conditions, 7 % n’imposent aucune restriction et 4 % permettent aux commerçants de vendre ce type de produit sous réserve de l’obtention d’un permis. 15 % interdisent totalement les ventes alimentaires à Shabbat.

89 % des autorités locales interdisent aux entreprises commerciales d’ouvrir à Shabbat, 8 % imposent l’obtention d’un permis spécial et 2,5 % ne restreignent pas les activités de ces firmes.

Dans le secteur culturel, 70 % des autorités juives interdisent l’ouverture des institutions contre 19 % qui la permettent. 5,5 % octroient des autorisations spéciales et 5,5 % laissent toute liberté à ce type d’activité.

« Aujourd’hui, la majorité des institutions culturelles sont ouvertes à Shabbat, même à Jérusalem, une ville avec une importante population religieuse », écrivent les auteurs. « Dans le centre du pays, un système de transport public de facto fonctionne sans interruption tous les week-ends ».

Sur les 2 193 lignes de bus du pays, 284 (10 %) circulent pendant Shabbat. Parmi elles, 2 010 proposent des services fréquents et 74 ne circulent que peu après le début du Shabbat, et peu avant qu’il ne se termine.

13 % des lignes de bus qui circulent à Shabbat traversent des municipalités juives, la majorité d’entre elles étant plus actives dans les villes arabes ou mixtes.

A travers le pays, la mise en œuvre des lois portant sur le Shabbat « est uniformément lâche et elle continue à se relâcher chaque année », remarquent les auteurs.

Ils établissent qu’il y a eu « un recul notable » dans l’application des législations relatives au Shabbat de la part du ministère de l’Économie. En 2018, 360 dossiers ont été ouverts concernant des violations faites aux lois du Shabbat par les entreprises contre seulement 89 en 2021. Durant la même période, le nombre d’avertissements donnés est passé de 168 à 41.

Le rapport a aussi examiné ce que pensent les Juifs israéliens de l’identité juive et de la conversion.

Le maire de Tel Aviv Ron Huldai prend la pose lors du lancement des nouveaux bus de la ville qui circuleront pendant Shabbat, dès ce week-end, le 20 novembre 2019. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Concernant l’identité juive, l’enquête a découvert que 70 % des Juifs israéliens n’acceptaient pas la lignée patrilinéaire et ils ne considèrent pas les enfants nés d’un père juif et d’une mère non-juive comme Juifs. 26 % seulement ont indiqué l’accepter et 4 % ont dit qu’ils n’avaient pas d’opinion sur la question.

Les données indiquent que si les segments laïcs, au sein de la société israélienne, sont plus prêts à accepter la lignée patrilinéaire, la moitié des Juifs non-religieux estiment que les pères ne sont pas en mesure de transmettre leur lignée juive.

Concernant la conversion, 44 % des personnes interrogées ont affirmé ne pas reconnaître comme Juives les personnes ayant suivi une conversion non-orthodoxe, contre 40 % qui ont dit les reconnaître. 16 % ont indiqué qu’ils n’avaient pas d’opinion.

Parmi les Juifs laïcs, une majorité claire de 67 % des personnes sondées reconnaît la conversion non-orthodoxe contre 18 %.

En excluant les ultra-orthodoxes, 69 % des Juifs israéliens estiment que la conversion, au sein de Tsahal, est fiable. Parmi les Haredim, seulement 6 % reconnaissent cette conversion. L’armée offre un programme de conversion pour répondre aux besoins de milliers d’immigrants de l’ex-Union soviétique et de leurs descendants qui ne sont pas reconnus par l’État comme Juifs, mais qui sont tenus de faire leur service militaire en tant que citoyens israéliens.

Etre reconnu en tant que Juif est également nécessaire pour le mariage, qui est placé sous le contrôle du Grand rabbinat, chapeauté par l’État. Le mariage civil n’est pas possible en Israël.

Concernant la confiance portée dans les institutions religieuses, c’est la société de pompes funèbres Hevra Kadisha qui récolte l’adhésion avec 45 %, suivie par les rabbins municipaux (38 %). 34 % seulement des personnes interrogées disent avoir confiance dans le Grand rabbinat et 24 % dans le ministère des Affaires religieuses.

Les données ont été collectées sur la base « des données existantes, d’enquêtes d’opinion approfondies et de recherches menées sur le terrain », a fait savoir l’Institut de la démocratie israélien.

1 016 hommes et femmes ont été interrogées en hébreu et 214 en arabe pour les besoins de l’enquête, qui a été réalisée par téléphone et via internet pendant le mois d’août 2022.

L’IDI a ajouté qu’elle avait l’intention de faire des rapports sur la question de l’équilibre entre la religion et l’État deux fois par an, ce qui fournira « une image d’ensemble des dernières données, des tendances et des changements » affectant cet équilibre délicat tel qu’il est mis en place dans la société israélienne.

« Notre espoir est que ce rapport permettra de baser les décisions politiques sur des faits plutôt que sur des impressions ou des affiliations », écrivent les auteurs.

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